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Star Wars: The Last Jedi

15 décembre 2017

Semaine du 15 au 21 décembre 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
Dans une galaxie lointaine, le Premier Ordre règne partout, repoussant constamment la Résistance. Mais entrent en jeu Finn et Rey, qui n’ont pas dit leur dernier mot.

CRITIQUE
| PRIMEUR |

★★ ½

DANS UNE GALAXIE PAS SI LOINTAINE
André Caron

Je venais d’avoir 18 ans et j’ai triché. Je devais attendre à samedi pour voir The Empire Strikes Back (TESB) avec des amis à Montréal à Place du Canada en 70 mm, mais je n’ai pas pu me retenir et j’y suis allé le jour de sa sortie, le mercredi 21 mai 1980 à Place Québec. Cette projection standard ne pouvait me préparer au choc de le voir en 70 mm. Il s’agit d’une des expériences cinématographiques les plus saisissantes de toute ma vie de cinéphile (avec Apocalypse Now au York), plus encore que le premier, Star Wars: A New Hope (SWANH). C’était l’époque où George Lucas innovait et entraînait cette saga dans une nouvelle direction, fortement mythologique, avant de lui-même reprendre le modèle dans Return of the Jedi (ROTJ).

Star Wars. The Last Jedi

Trente-sept ans plus tard, j’ai l’impression d’un irrépressible déjà-vu avec The Last Jedi, un immense décalque du film de 1980, mais sans la magnificence visuelle, le sens du récit ou la Force… dramatique. Il est impossible de reproduire ce grand moment de cinéma aujourd’hui. Tout est trop préfabriqué et généré par ordinateur, même le scénario. Pendant que je le regarde, je suis constamment sorti de l’intrigue qui me ramène sans cesse vers les autres films qu’elle plagie : la séquence d’ouverture fusionne celle de TESB avec les fins de SWANH et de ROTJ, la confrontation entre Snoke, Kylo Ren et Rey reprend celle entre l’Empereur, Luke et Vader dans ROTJ, Luke instruit Rey comme Yoda l’a fait avec lui dans TESB, Rey plonge dans la caverne sous-marine comme Luke s’enfonçait dans la grotte dans TESB, et ainsi de suite et ad nauseam. La nostalgie gangrène l’entreprise.

Dans cette galaxie fort lointaine brille toutefois une
étoile qui éclipse toutes les autres. Daisy Ridley semble
la seule à vraiment y croire encore et elle insuffle le
personnage de Rey d’une  vigueur, d’une détermination
et d’une force de  caractère qui lui font honneur. 

Sommes-nous condamnés à revoir sans cesse les mêmes films qui se répètent à l’infini dans un rêve éternel? Même John Williams recycle ses vieux thèmes et ses vieux arrangements dans un copier-coller musical fort lassant. Il y a cent milliards d’étoiles dans notre galaxie et cent milliards de galaxies dans l’univers, mais il semble n’y avoir qu’une seule trame narrative dans l’évangile Star Wars selon Kathleen Kennedy, qui contrôle la destinée de la saga pour des siècles et des siècles, amen. Amène-z-en de l’argent dans les coffres de l’empire commercial Disney, qui est en train de détruire la résistance artistique des créateurs de ce monde. Seule la rébellion indépendante persiste.

Dans cette galaxie fort lointaine brille toutefois une étoile qui éclipse toutes les autres. Daisy Ridley semble la seule à vraiment y croire encore et elle insuffle le personnage de Rey d’une vigueur, d’une détermination et d’une force de caractère qui lui font honneur. Elle semble se battre contre les inepties du scénario pour nous forcer à y croire et à emporter notre adhésion. Son expression est sincère, son regard intense et son sourire, lorsqu’elle peut enfin se le permettre, nous convainc. Mark Hamill, pour sa part, se montre constamment exaspéré, fatigué de jouer dans ce film. Sa présence apparaît d’ailleurs évanescente. Il devient littéralement l’ombre de lui-même à la fin en affrontant Kylo Ren dans une scène qui évoque… Bah, vous verrez bien par vous-même l’allusion. Il est tout de même symptomatique de ce film que les scènes les plus touchantes concernent Leia, interprétée pour la dernière fois par Carrie Fisher, décédée à Noël l’an dernier. Il s’agit du plus grand cadeau nostalgique que The Last Jedi puisse nous offrir : Leia se ramène elle-même à la vie dans la scène la plus invraisemblable du film, mais on dirait une métaphore qui cherche à ramener Carrie Fisher parmi nous. Je vous défie de ne pas verser une larme. Si seulement la saga parvenait aussi à renaître de ses cendres.

Sortie
vendredi 15 décembre 2017
V.o. : anglais / Version française
Star Wars : Les derniers Jedi

Genre : Aventures de science-fiction – Origine : États-Unis – Année : 2017 – Durée : 2 h 32 – Réal. : Rian Johnson – Dist. : Buena Vista Canada.

Horaires/Information
@ Cineplex

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel★★★★ Très Bon★★★ Bon★★ Moyen Mauvais½ [Entre-deux-cotes] –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Séquences_Web

The Shape of Water

Semaine du 15 au 21 décembre 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
Au début des années 60, alors que la guerre froide menace l’équilibre mondial, des expériences de toutes sortes sont menées dans des laboratoires secrets. Elisa Esposito travaille dans l’un de ces lieux dirigés par le gouvernement américain. Muette, mais entendant parfaitement, elle fait partie de l’équipe d’entretien. Une nuit, elle et sa collègue Zelda sont témoins de l’arrivée d’une créature amphibie qui promet de faire le bonheur des scientifiques désireux d’en étudier le comportement.

COUP DE CŒUR
| PRIMEUR |

★★★★

LE FABULEUX DESTIN D’ÉLISA
Julie Vaillancourt

Les premières images du plus récent film du réalisateur mexicain Guillermo del Toro (Pan’s Labyrinth, Pacific Rim, Hellboy), nous transportent dans un univers à la fois chimérique, étrange et réconfortant. De cette séquence d’ouverture à l’animation fantaisiste, présentant une pièce plongée sous l’eau, Élisa émerge de son « rêve », traduisant à merveille l’univers du film. Élisa (Sally Hawkins), muette, travaille à l’entretien ménager dans un laboratoire où est détenue une créature peu commune : un homme amphibien (Doug Jones). Alors que tous s’affairent à l’expérience scientifique, Élisa entretient une communication privilégiée avec la créature, puis développe un sentiment amoureux. Les protagonistes, comme leur histoire d’amour peu commune, évoquent le conte type de La Belle et la Bête. L’esthétique du film, sans compter l’univers d’Élisa (la façon de présenter son personnage, ses habitudes de vie au quotidien) rappellent Le Fabuleux destin d’Amélie Poulin (2001) de Jean-Pierre Jeunet)… qui rencontrerait, Alien. À la fois noir et lumineux, The Shape of Water est une fable chimérique contemporaine sur la différence/marginalité, traduisant l’isolement et la solitude qui en découle, mais aussi la quête qu’elle motive.

Lion d’or
Mostra de Venise 2017

The Shape of Water_En salle

Fable sur la différence, The Shape of Water rend
un vibrant honneur au cinéma et fera sans aucun
doute tourner les têtes en cette saison pré-Oscars.

Si les influences cinématographiques sont nombreuses, on retrouve la signature (et l’univers) du cinéaste de Pan’s Labyrinth 2006). La direction photo est notoire en ce sens et traduit brillamment l’époque de la Guerre froide; les couleurs ternes verdâtres/bleues priment, présentant pratiquement une direction photo monochrome. La direction artistique contribue également à traduire l’atmosphère unique du récit, avec un surprenant souci du détail; la tarte verte à la lime, la « key lime pie », est annoncée comme la « Blue Surprise » au restaurant du coin, deux gouttes d’eau valsent sur la fenêtre du bus au son de la (sublime) musique d’Alexandre Desplat… L’hommage au cinéma, à la télévision et aux comédies musicales est non seulement présent à travers l’esthétique du film, mais intégré à l’univers du récit; Élisa se retrouve chez son voisin Giles (Richard Jenkins), où des séries de l’époque Mr. Ed (Walter R. Brooks) et The Many loves of Dobie Gillis (Max Shulman), sont présentées à la télévision. Ces séries inspirent à Élisa quelques pas de claquettes; elle rêve de pouvoir chanter… Puis, cette scène où l’homme amphibien se trouve face à l’écran, subjugué, fasciné par une présentation en CinémaScope de Land of Pharaohs (1955) de Howard Hawks), suivi de Mardi Gras (1958) d’Edmund Goulding), tel qu’annoncé à l’extérieur du cinéma. Fable sur la différence, The Shape of Water rend un vibrant honneur au cinéma. Récipiendaire du Lion d’or de la Mostra de Venise, ce film fera sans aucun doute tourner les têtes en cette saison pré-Oscars.

Sortie
vendredi 15 décembre 2017
V.o. : anglais; s.-t.f. / Version française
La forme de l’eau (dès les 22 décembre)

Genre : Drame – Origine : États-Unis – Année : 2017 – Durée : 2 h 03– Réal. : Guillermo del Toro – Dist. : Fox Searchlight.

Horaires/Info.
@ Cineplex Cinéma du Parc (dès le vendredi 22 décembre)

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel★★★★ Très Bon★★★ Bon★★ Moyen Mauvais½  [Entre-deux-cotes] –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Séquences_Web

Wonder Wheel

Semaine du 15 au 21 décembre 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
Ancienne actrice, Ginny travaille maintenant comme serveuse dans un restaurant établi sur le site d’un parc d’attractions à Coney Island où elle habite avec son mari Humpty, un opérateur de manège, et son jeune fils qui lui cause des soucis. À l’approche de la quarantaine, elle est lasse de son quotidien monotone et envisage l’avenir avec une certaine amertume. Cependant, une rencontre fortuite sur la plage vient tout remettre en question. Mickey, un séduisant maître-nageur, suscite un regain d’intérêt chez Ginny qui s’amourache de lui… jusqu’à l’arrivée de la fille de Humpty.

CRITIQUE
| PRIMEUR |

★★ ½

GINNY À LA PLAGE
Élie Castiel

Il semblerait qu’en présentant un couple formé de deux classes sociales, Woody Allen ait perdu le sens de l’analyse des personnages, lui qui est si habitué à montrer ceux de l’intelligentsia, le plus souvent, new-yorkaise. Un trio soi-disant amoureux, une ancienne actrice devenue la femme d’un opérateur de manège et serveuse pour aider son mari, la fille de l’opérateur, d’un ancien mariage, qui se pointe sans crier gare (en fait, elle a bien ses raisons) et le surveillant de plage, que toutes les filles de l’époque, les années 50, admirent. Sans oublier, le fils de l’ex-actrice, pyromane invétéré.

Wonder Wheel

Tous ces ingrédients permettent à Allen, autrefois plus intéressant, de plonger avec une certaine nostalgie dans ce milieu du 20e siècle, où l’après-guerre donnent la possibilité aux gens de plonger dans toutes sortes de débordements.

Tennessee Williams n’est pas loin, mais pudiquement,
comme si Woody Allen ne savait plus où se diriger. Dépassé
ses 80 printemps, le cinéaste de l’inoubliable et mythique
Annie Hall (1977) semble traverser les décennies en se posant
trop de questions, parfois même lorsqu’il n’est pas nécessaire.

Tennessee Williams n’est pas loin, mais pudiquement, comme si Woody Allen ne savait plus où se diriger. Dépassé ses 80 printemps, le cinéaste de l’inoubliable et mythique Annie Hall (1977) semble traverser les décennies en se posant trop de questions, parfois même lorsqu’il n’est pas nécessaire.

On soulignera cependant la luminosité de la photographie signée par le célèbre Vittorio Storaro (entre plusieurs autres, The Sheltering Sky, Café Society) qui, pour la circonstance, livre, comme toujours, un bon travail. Et n’oublions pas de souligner la présence de Justin Timberlake, acteur plus efficace de film en film, ici charismatique et convaincant.

Sortie
vendredi 15 décembre 2017
V.o. : anglais / Version française
Wonder Wheel (dès le 22 décembre)

Genre : Drame – Origine : États-Unis – Année : 2017 – Durée : 1 h 41 – Réal. : Woody Allen – Dist. : Métropole Films.

Horaires/Information
@ Cineplex

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel★★★★ Très Bon★★★ Bon★★ Moyen Mauvais½  [Entre-deux-cotes] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Séquences_Web

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