17 janvier 2018
La rigueur d’écriture du texte de Sarah Berthiaume illumine les personnages de cette pièce axée sur la quadrature d’un 360º rarement vu sur la scène; comme si les spectateurs étaient réunis dans un restaurant japonais avec table centrale où l’on servait du Sushi. Car c’est de cela qu’il s’agit aussi dans Nyotaimori (mot japonais dont vous apprendrez la signification en allant voir ce spectacle surréaliste et pourtant si proche de la réalité).
L’aujourd’hui : le travail, le non-travail, les responsabilités administrative et commerciale, l’égocentrisme… j’oubliais, les relations hommes-femmes. Tous les deux coupables de n’avoir pu consolider leurs forces, prônant plutôt pour une confrontation parfois amère et sans victoire aucune. C’est aussi de cela qu’il est question.
Sarah Berthiaume est une intellectuelle. Mais elle en est consciente avec humilité, car ses mots plongent le spectateur dans un rêve mythique, proche de Dali, grandeur nature, et qui a à voir avec la mise en scène, doublement signée, par Berthiaume, et un complice, Sébastien David. Tous les deux exprimant des démons intérieurs qui ont un seul nom : création.
Le décor, aucun (ou presque, la surprise d’un quatrième personnage inusité vous attend) puisqu’on aborde ici la notion du néant à l’intérieur d’une foule de renseignements, de messages courriels qu’on conserve ou qu’on « ferment » à jamais, du toyotisme (un nom pour signifier la culture chez le géant Toyota), de tout ce qui nous éloigne d’une humanité, avouons-le, disparue.
Oui, Nyotaimori, c’est trippant, fou, coloré, exigeant, allant dans tous les sens et dans aucun. Comment trouve-t-on quelques secondes d’amour (ici, lesbien, rarement vu au théâtre, les hommes s’accaparant ce droit depuis longtemps) pour se donner un semblant de rapport affectif à l’autre, au goût du jour; un jour qui semble sans lendemain et où l’immédiateté est la seule planche de salut. C’est ingrat, mais c’est comme ça!
Christine Beaulieu, serait-elle la nouvelle Anne-Marie Cadieux (Anne-Marie, ta carrière est loin d’être finie, tu seras toujours aussi radieuse et perfectionniste) tant son interprétation naturaliste s’affronte vertigineusement, et pourtant sans coups bas, à celle de la grande Macha Limonchik, d’un perfectionnisme enlevant, soufflant du même coup cette envie d’improviser le geste, avec aplomb, faut-il ajouter.

Macha Limonchik, Christine Beaulieu et Philippe Racine > © Valérie Remise
12 janvier 2018
AVIS AUX CINÉPHILES
Il arrive parfois que certains films ne soient pas présentés toute la semaine, particulièrement dans les salles indépendantes. Consultez les horaires quotidiens, ceux-ci pouvant changer d’un jour à l’autre.
Dû à des facteurs hors de notre contrôle et au nombre insuffisant de participants, les textes critiques, incluant le « coup de cœur », pourraient enregistrer des retards même si nous faisons tous nos efforts pour l’éviter.
Veuillez noter que certaines bandes-annonces de films étrangers ne sont pas sous-titrées.
PHANTOM THREAD11 janvier 2018
RÉSUMÉ SUCCINCT
De 2009 à 2016, le réalisateur suit Bjarke Ingels, célèbre architecte, alors qu’il peine à terminer son plus gros projet jusqu’à présent. Nous sommes ainsi propulsés dans son processus créatif et amenés à comprendre les nombreux compromis que son travail implique.
La relation entre le documentariste Kaspar Astrup Schröder et l’architecte Bjarke Ingels ne date pas d’hier. Dans son film de 2009 My Playground, l’étoile montante de l’architecture danoise philosophait sur les préoccupations que partagent les architectes contemporains et les adeptes du parkour ou du free-running. Big Time reprend en quelque sorte là où My Playground s’est arrêté, c’est-à-dire qu’il s’intéresse à la concrétisation des idées de Bjarke Ingels.
C’est par une caméra intimiste que Schröder détaille les évènements qui ont marqué la vie tumultueuse de l’architecte depuis les sept dernières années. Nous sommes témoins de l’inauguration du surprenant musée maritime danois situé à deux pas du château de Hamlet, de l’ouverture à Manhattan d’un premier bureau satellite de la firme d’architecture d’Ingels (BIG) et de la construction d’un immeuble d’habitation pyramidale dans Hell’s Kitchen. Les moments les plus marquants du documentaire sont certainement ceux qui laissent Ingels expliquer la vision et la démarche derrière ses projets achevés. Malheureusement, ses monologues passionnés se font trop souvent voler la vedette par des scènes de son quotidien, de ses réunions, rendez-vous et déplacements.

Il ne s’agit donc pas d’un documentaire centré principalement sur l’architecture contemporaine, ou les philosophies et tendances qui l’animent, mais bien d’un profil du starchitecte du moment. Si ce parti pris formel permet de révéler les visages humains éclipsés par les façades de ces structures futuristes, le portrait s’en tient à une représentation de surface.
Big Time demeure toutefois une belle introduction au travail d’Ingels, mais sans plus. À moins d’être admirateur absolu, les connaisseurs de son travail y trouveront peu de nouveau à se mettre sous la dent.
Réalisation
Kaspar Astrud Schröder
Genre : Documentaire biographique – Origine : Danemark – Année : 2017 – Durée : 1 h 34 – Dist. : Métropole Films.
Horaires&plus
@ Cinéma du Parc
Classement
Tout public
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes] – Les cotes reflètent uniquement l’avis des signataires.
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