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Les fantômes d’Ismaël

31 mai 2018

| PRIMEUR |
Semaine 22
du 1er au 7 juin 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
Réalisateur, Ismaël vit heureux en ménage avec Sylvia depuis deux ans et prépare un film inspiré de la vie de son frère. Et sans s’y attendre, il apprend le retour de Carlotta, son ancienne épouse, disparue depuis deux décennies.

CRITIQUE
| Anne-Christine Loranger |

★★★ ½

CAVALCADE SUR LES QUADRIGES DE BEN-HUR

Dans ce film qui a souvent l’air de partir dans tous les sens, Arnaud Desplechin nous mène dans une cavalcade à bride abattue sur les sentiers souvent périlleux de la création, chevauchant les abîmes de la mémoire, de la souffrance et du temps. Comment un réalisateur parvient-il à créer, à se renouveler, après 20 ans de métier? Selon Desplechin, à travers les fantômes familiaux qui le hante tout en le propulsant, mais aussi grâce aux Muses qui rassurent, protègent… et permettent d’achever le film! Dans Les fantômes d’Ismaël, Charlotte Gainsbourg est cette Muse pacificatrice, une astrophysicienne fascinée par le monde troublé d’Ismaël, un réalisateur ayant perdu sa femme vingt ans plus tôt. En effet, Carlotta (Marion Cotillard), fille d’un réalisateur juif très connu, femme d’Ismaël, a disparu à l’âge de vingt-trois ans sans laisser de traces.

Cette femme troublée, mystérieuse, réapparaît en avouant candidement à Sylvia (Charlotte Gainsbourg) qu’elle veut reprendre son homme et en suppliant Ismaël (Mathieu Almaric) de la reprendre. Ces retrouvailles bouleversent Ismaël, qui travaille à un film portant sur un autre de ces fantômes, celui d’Ivan (Louis Garrel) son frère diplomate, exilé depuis vingt ans pour se sauver de lui.

On a souvent l’impression de la course en quadrige de Ben-Hur dans ce film effréné, où des personnages complexes évoluent quasi en parallèle, chacun dans son monde, mais en sautant de temps en temps d’un char à l’autre. Pris entre sa compagne, son ex-femme, son frère et son producteur, Ismaël semble le jouet de lignes de force qui le dépassent largement. La confrontation entre les deux plus excitantes actrices françaises (Gainsbourg et Cotillard), qui semblaient annoncer une alliance genre Simone Signoret et Véra Clouzot dans Les diaboliques (1955), si elle ne tombe heureusement pas dans un remake malencontreux de l’excellent film d’Henri-Georges Clouzot, nous laisse quand même un peu sur notre faim. On en aurait voulu beaucoup, beaucoup plus. Et si la cinématographie d’Irina Lubtchansky met merveilleusement ces deux brillantes actrices en valeur, le montage de Laurence Briaud tend à s’essouffler entre tous ces personnages, surtout ceux du père de Carlotta et du producteur d’Ismaël.

Il reste que Les fantômes d’Ismaël demeure d’un intérêt certain, grâce à sa réflexion sur l’art et la création. Grâce à ses Muses. Charlotte (et Marion), forever!

Dans ce film qui a souvent l’air de partir dans tous les sens,
Arnaud Desplechin nous mène dans une cavalcade à
bride abattue sur les sentiers souvent périlleux de la création,
chevauchant les abîmes de la mémoire, de la souffrance et du temps.

[ Extraits d’entrevue avec Arnaud Desplechin : ici ]

Réalisation
Arnaud Desplechin

Sortie
vendredi 1er juin 2018

Version originale
français ; s.-t.a.
Ismaël’s Ghosts

Genre : Drame
Origine : France
Année : 2017
Durée : 2 h 15
Dist. : Cinéma du Parc
[Unobstructed View]

Horaires & info.
@ Cinéma du Parc

Classement
Interdit aux moins de 13 ans
(Accès autorisé si accompagnés d’un adulte)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais.
½ [Entre-deux-cotes]

Metamorphosis

| PRIMEUR
Semaine 22
du 1er au 7 juin 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
Devant la caméra des documentaristes Velcrow Ripper et Nova Ami, des scientifiques, des intellectuels et des gens ordinaires évoquent divers aspects de l’impact des changements climatiques.

CRITIQUE
| Anne-Christine Loranger |

★★★★

POUR EN FINIR AVEC L’ENGOURDISSEMENT

Dans la veine de la trilogie des Quatsi de Godfrey Reggio (1982, 1988 et 2002) et, plus proche de nous, des films de Ron Fricke (Chronos, Baraka, Samsara), le film canadien Metamorphosis nous amène, par la voie de splendides et terribles images, sur la traces des changements climatiques. Comment les feux de forêts, cyclones, désertification, inondations affectent-ils les personnes et les communautés qui en sont les victimes ? Perdre l’eau qui alimentait la vallée où votre communauté habite depuis des générations pour approvisionner d’eau les piscines de Los Angeles, perdre l’un des gigantesques banyans qui servait de refuge à votre famille durant les cyclones, perdre sa ville, son île parce que l’eau monte… De Venise au Vanuatu, aucun peuple sur la Terre ne peut se considérer comme épargné par cette crise, potentiellement la plus grave de l’histoire humaine connue.

Le film offre, et c’est l’une de ses grâces, des solutions
innovatrices et audacieuses, en plus de poser la question
de « l’engourdissement psychique », c’est-à-dire de
l’empressement à détourner les yeux devant l’immensité de la crise.

Contrairement aux films de Reggio et Fricke, dont l’approche était essentiellement non-narrative et spirituelle1, l’œuvre de Nova Ami et de Velcrow Ripper aborde une réflexion sur les possibilités de transformations intrinsèques à la crise, utilisant pour cela l’image récurrente du papillon monarque. Serons-nous capables, telle la chenille qui pousse des ailes, de changements radicaux dans nos façons de consommer, de construire, de nous nourrir ? Le film offre, et c’est l’une de ses grâces, des solutions innovatrices et audacieuses, en plus de poser la question de « l’engourdissement psychique », c’est-à-dire de l’empressement à détourner les yeux devant l’immensité de la crise.

En 1992, année de la sortie de Baraka, Hubert Reeves publiait L’heure de s’enivrer, ouvrage dans lequel il posait la question du sens de l’Univers. La réponse de Reeves résidait dans l’ivresse vis-à-vis de la beauté du monde. Metamorphosis répond à cette question de façon un peu différente: la vie humaine trouvera son sens à travers sa survivance. Notre existence collective trouvera son but – et donnera sens à l’Univers, dans la mesure où l’être humain parviendra à s’intégrer harmonieusement au sein des écosystèmes terrestres et d’être capable de faire le deuil des pertes inévitables que nous subirons, en faisant l’éloge de ce que nous chérissons. S’enivrer de la beauté du monde, non plus par philosophie, mais pour notre propre survie.

Un film à voir et à faire voir.

1 Le mot berakha est une bénédiction dans le judaïsme, tandis que dans l’islam, le terme baraka, très proche, représente la force divine bénéfique qui traverse les sphères physiques et spirituelles. Et pour les fans de Bob Morane, la baraka, c’est la chance, tout court.

Réalisation
Nova Ami

Velcrow Ripper

Sortie
vendredi 1er juin 2018

Version originale
anglais ; s.-t.f.
Métamorphose

Genre : Drame politique
Origine : Canada
Année : 2018
Durée : 1 h 25
Dist. : Imtiaz Mastan

Horaires & info.
@ ONF
(Office national du film)

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais.
½ [Entre-deux-cotes]

The Seagull

| PRIMEUR |
Semaine 22
du 1er au 7 juin 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
Irina, grande tragédienne à Moscou, séjourne dans la villa familiale comme elle a l’habitude de faire tous les étés. Entre son fils Konstantin, son frère Sorine et d’autres personnages, les rapports affectifs et de pouvoir tournent parfois au drame.

CRITIQUE|
| Élie Castiel |

★★★ ½

LES TRAVERS NÉBULEUX DE LA MÉLANCOLIE

Dans le drame et la comédie russe, encore plus chez Tchekhov, la mélancolie sert de lien entre la réalité, parfois idéalisée, des personnages et leur drame, entre le collectif et l’individualité exacerbée. Autre époque que ce récit dans une Russie tsariste en voie de disparition où tout le monde est à sa place. Histoires d’amour(s), de conquêtes, de jalousie(s), de trahisons. On aime celui ou celle qui ne partage pas les mêmes sentiments à notre égard.

Terreau narratif magnifiquement suprême pour tout récit théâtral ou cinématographique. Pour Michael Mayer, At Home at the End of the World (2004), signe ici une mise en abyme, oscillant entre la célèbre pièce de l’auteur russe et la comédie dramatique sentimentale qu’est le film.

Les hommes, quant à eux, dans tout cet amoncellement de
petits et gros drames du quotidien… des êtres passifs, sans
colonne vertébrale, tout au mieux hédoniste, attendant que
« la maman ou la putain », axiome fort heureusement disparu
de nos jours, lui donne des forces pour continuer à exister.

Les va-et-vient délirants entre ceux qu’on croit aimer et ce qui nous aiment vraiment devient source d’une incroyable direction d’acteurs où chacun et chacune, sans exception, doit construire un personnage.

Telle une Melina Mercouri jouant pour Jules Dassin, Annette Bening prouve jusqu’à quel point l’âge n’a aucune importance dans l’art de l’interprétation. Si elle s’empare de cet environnement bucolique en forme de huis clos, c’est pour mieux saisir l’instant, car chacune des ses prestations est un véritable tour de force. En arrière-plan, mais prouvant qu’elle se dirige vers une carrière plus que prometteuse, Saoirse Ronan, resplendissante d’énergie et d’opportunisme, réussit, elle aussi, son multiple registre dans un rôle à sa mesure.

Dans cet endroit perdu de la campagne russe, tout le beau il est beau, tout le monde il est gentilou méchant. C’est de la nature humaine que Tchekhov parle. Et Michael Mayer en est le digne ambassadeur.

Les hommes, quant à eux, dans tout cet amoncellement de petits et gros drames du quotidien… des êtres passifs, sans colonne vertébrale, tout au mieux hédoniste, attendant que « la maman ou la putain », axiome fort heureusement disparu de nos jours, lui donne des forces pour continuer à exister.

Réalisation
Michael Mayer

Sortie
vendredi 1er juin 2018
Version originale
anglais

Genre : Drame
Origine : États-Unis
Année : 2017
Durée : 1 h 38
Dist. : Métropole Films

Horaires & info.
@ Cineplex

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais.
½ [Entre-deux-cotes]

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