16 octobre 2015

Dans les dernières années avec la diversification des mœurs, le mur entre comédie salace et la comédie romantique est devenu mince. On est très loin des films avec Rock Hudson et Doris Day où les couples dormaient dans des lits jumeaux alors qu’à la même époque, des comédies britanniques style Carry On jouaient de façon peu subtile sur les doubles sens. Judd Apatow et des scénaristes comme Kristen Wiig (Bridesmaids) sont depuis passés par là. Les personnages féminins emploient maintenant un langage aussi cru entre elles que le faisaient les hommes depuis longtemps pour parler de leurs relations amoureuses.
La scénariste et réalisatrice américaine Leslye Headland (Bachelorette) tente ici une fusion de ces deux genres. Les deux protagonistes Jake et Lainey s’étaient rencontrés en 2002 avant de devenir des dépendants sexuels et de se retrouver après s’être perdus de vue dans un New York plutôt bcbg aux allures de When Harry Met Sally. Amis et collègues y sont plus que des comparses. Ils rajoutent leurs grains de sel tout au long de cette aventure. Ils auraient pu devenir même les membres d’un film choral mais là n’est pas le but de Headland. Le charme différent mais complémentaire des deux interprètes principaux, Allison Brie et Jason Sudekis, capte facilement l’intérêt dans ce parcours émotionnel où les détours et les arrière-plans contiennent assez de surprises pour que l’issue prévisible soit dignement retardée jusqu’à un générique final aux allures grivoises.
Genre : Comédie sentimentale – Origine : États-Unis – Année : 2015 – Durée : 1 h 41 – Réal. : Leslye Headland – Int. : Alison Brie, Amanda Peet, Adam Scott, Jason Sudeikis, Jason Mantsoukas, Marc Blucas– Dist. / Contact : V V S.
Horaires : @ Cineplex
CLASSEMENT
Interdit aux moins de 13 ans
(Langage vulgaire)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Genre risqué, la fiction biographique se heurte souvent à des écueils irréversibles pouvant provoquer soit l’indifférence et parfois même l’ennui. Avant d’aller voir Steve Jobs de Danny Boyle, ne sommes-nous pas en droit de nous poser la question sur la pertinence d’un tel sujet, traité quatre ans à peine après la mort de Jobs ? Néanmoins, Aaron Sorkin n’avait-il pas scénarisé The Social Network (2010) portrait saisissant du cofondateur de Facebook, le toujours ascendant Mark Zuckerberg ? Toujours est-il que temps obligent, les personnalités publiques sont devenues des sujets bancables au cinéma, particulièrement à Hollywood. Dans les deux cas, le Fincher et le Boyle sont des adaptations de biographies écrites sur deux icônes de la culture technologique populaire et, par défaut, du système économique capitaliste de plus en plus prisé. Bien plus qu’avant, le public est aujourd’hui incapable de retenir sa curiosité sur la vie privée de ces barons des transformations socio-technologiques. À l’instar du Social Network, la nouveau Danny Boyle est bavard, trop bavard, au point où on se perd parfois dans cet éventail de flashbacks dans le temps, soigneusement juxtaposés au temps réel de la fiction.
C’est un choix de mise en scène, un parti pris esthétique que Boyle manipule avec une dextérité étonnante. Après la projection, nous sommes ébranlés devant cet exercice de haute voltige qui ne cesse de se construire et se déconstruire, pour se créer de nouveau. Boyle invente une nouvelle approche de la biographie en soumettant le sujet à son image. Il est peut-être trop tôt pour le digérer, pour comprendre l’impact que cette approche aura sur les futurs récits biographiques fictionnels.
Les origines germano-syriennes de Steve Jobs auraient-elles eu un impact sur sa personnalité ambitieuse sans limites ou celle-ci n’est-elle pas le résultat d’un capitalisme centrée sur la réussite personnelle ? La réponse à ces questions se cachent dans la mise en scène de Danny Boyle, dans sa tentative de ne prendre qu’une partie de la vie (privée et professionnelle) du cofondateur de Apple. Ses présentations de chacune des nouvelles applications ressemblent à des concerts de musique rock, son auditoire est formé principalent de jeunes (et plus que nous le croyons, de moins jeunes) de la tech-generation qui ne jure que par le virtuel.
Car Steve Jobs, au-delà du portrait d’un personnage énigmatique et complexe, est aussi un regard sur l’Amérique, sur ses doutes et ses folies, ses manques de repères affectifs au profit de la création, de cette incontrôlable impulsion à refaire le monde. Boyle en est conscient et nul doute adhérent. C’est pour cette raison qu’il présente son film comme un accord musical en plusieurs mouvements. C’est grandiose, superlatif, égocentrique, instransigeant, mais visant le monde d’aujourd’hui par le (très) grand bout de la lorgnette.
Quant aux interprètes, tous, sans exceptions, s’avèrent magnifiques. Sans oublier Michael Fassbender, l’un des plus charismatiques et des plus versatiles de sa génération. Son Steve Jobs restera longtemps dans notre mémoire.
Genre : Drame biographique – Origine : États-Unis – Année : 2015 – Durée : 2 h 02 – Réal. : Danny Boyle – Int. : Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogan, Sarah Snook, Jeff Daniels, Katherine Waterston, Michael Stuhlbarg – Dist. / Contact : Universal.
Horaires : @ Cineplex
CLASSEMENT
GÉNÉRAL
(Déconseillé aux jeunes enfants)
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Des divers épisodes, le dernier prend le plus de place dans ce récit où la mélancolie se heurte aux hasards du temps (ou des temps) et des genres abordés par Arnaud Desplechin, qui, à l’instar de nombreux cinéastes hexagonaux, demeure un fin observateur des mœurs de ses contemporains. Le réveil à la sexualité et aux liens affectifs sont une composante bien française, présente dans la plupart des productions. Fidèle aux sources littéraires que cette particularité narrative englobe, le cinéaste s’en donne à cœur joie, notamment dans les transpositions d’époque et dans la direction d’acteurs.
Certains spectateurs se sentirons nostalgique d’une France qui sans doute n’existe plus, victime d’une mondialisation parfois néfaste. Desplechin ne semble pas y faire cas, mais ses images, en filigrane, sont assez révélatrices. Émouvant.
Genre : Drame – Origine : France – Année : 2015 – Durée : 2 h 03 – Réal. : Arnaud Desplechins – Int. : Quentin Dolmaire, Lou Roy-Lecollinet, Mathieu Amalric, Dinara Durkarova, Cécile Garcia Fogel, Françoise Lebrun – Dist. / Contact : FunFilm.
Horaires : @ Beaubien – Excentris
CLASSEMENT
En attente
MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. ★ Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.
8 octobre 2015

Surtout connu pour le très sensible Man Push Cart (2005), l’Américain Ramin Bahrani a sans doute retenu le sens critique hérité de ses parents, d’origine irannienne. Caractéristique qui lui permet de jeter un regard acerbe et tout aussi sensible sur les conséquences de la crise économique de 2008, dont l’une d’elle a produit des milliers d’expulsions de chez elles à de nombreuses familles de la classe ouvrière.
Les visites chez les victimes immédiates de ces évictions sont illustrées avec une sensibilité étonnante, à tel point qu’elles en deviennent poignantes. Sans manipuler le regard du spectateur, le jeune cinéaste approfondi son champ de vision en lui attribuant des significations fort considérables : la responsabilité citoyenne, le dérapage de l’individu face aux affres de la perte de l’estime de soi, la corruption de ceux qui ont profité de ce triste épisode pour s’enrichir et finalement la rédemption, unique source de reprendre une vie normale en attendant un meilleur sort.
Ironiquement, le scénario est de Bahrani lui-même et de l’également iranien Amir Naderi, du remarquable Le Coureur/Davandeh (1984), d’après une idée de Bahareh Azimi. Cette complicité persane contribue à donner au film une vision autre de l’Amérique, un regard qui porte en lui des considérations aussi politiques que sociales.
Si la très rare Laura Dern s’en tire agréablement bien, c’est à Andrew Garfield et à Michael Shannon, formidables, qu’en revient la palme, portant, chacun à sa façon, le poids désespéré d’un capitalisme trompeur.
SANS
SANS 
Très actif à la télé et réalisateur, entre autres, de It Might Get Loud (2008) et de Waiting for Superman (2010), Davis Guggenheim signe, avec He Named Me Mamala, un film qui se veut un hommage au Prix Nobel de la paix 2014, mais finit par n’être, en grande partie, qu’une accumulation d’extraits de documentaires déjà montrés ultérieurement dans certaines chaînes spécialisées, dont Aljazeera (chaîne anglophone).
Mamala Yousafzai est présentée comme une jeune fille intelligente, au verbe facile, à la parole directe et parfois même incisive, ne reculant devant rien pour juger sévèrement ceux de son pays, le Pakistan, qui donnent une mauvaise image de l’Islam. Elle refait le monde à sa façon, profite de la popularité mondiale qui l’entoure. Elle parle aussi de son coma, de sa réhabilitation, de son implication dans l’éducation des jeunes filles.
Mais il y aussi son père, Ziauddin Yousafzai, compagnon de toutes les luttes, présent, fière de sa fille et de son idéologie progressiste dans un terrain machiste et conservateur où ne règne que l’esprit rétrograde. La caméra de Guggenheim ne se fait pas envahissante, mais doit parfois céder au comportement parfois inconsciemment égocentrique de cette sorte de Mère Teresa Jr.
La jeune Malala impose subtilement sa pensée, propose un discours sur la liberté d’expression et, plus que tout, réalise que publiquement, sa vie ne sera plus la même. Sans peut-être s’en rendre compte, le géniteur de la nobélisée affiche son image avec une certain narcissisme candide, terriblement à l’aise devant la caméra, s’appuyant sur une idée de la présence à l’écran qui oscille entre le réel et le fictif.
Et puis la mère, Tor Pekai Yousafzi, présente, mais à peine quelques mots prononcés. Devant les deux intervenants, elle prend ses distances, cède à la tentation de s’eclipser subtilement. Est-ce voulu ? Est-ce un parti pris de mise en scène ? La réponse n’est pas donnée, laissant le spectacteur sur sa faim. Les frères y vont de leur commentaire anodins, n’apportant rien à l’histoire de cette famille jetée dans l’arène publique dû à des circonstances dramatiques. Mais tout compte fait, He Named Me Malala est un film sur Malala, pour Malala… et peut-être aussi son paternel. Impossible, par contre, de ne pas reconnaître que sa vision des choses est des plus nobles. Lorsque la notoriété se démocratise, cela peut parfois produire des étincelles radieuses de l’esprit.
Genre : Documentaire – Origine : États-Unis / Émirats arabes unis – Année : 2015 – Durée : 1 h 27 – Réal. : Davis Guggenheim – Avec : Malala Yousafzai, Ziauddin Yousafzai, Toor Pekai Yousafzai, Kushal Yousafzai, Atal Yousafzai – Dist. / Contact : Fox Searchlight.
Horaires : @ Cineplex
CLASSEMENT
Visa GÉNÉRAL
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