13 septembre 2018
La douleur, c’est Marguerite Duras relatant la pénible attente de son mari déporté Robert Antelme. C’est l’angoisse d’une vie passée sans nouvelles, qu’une auteure jette sur le papier avec des mots aussi justes et précis possibles pour décrire ce temps suspendu, survenu quarante ans plus tôt. Avec cette audacieuse adaptation cinématographique, Finkiel réussit le tour de force de filmer le vide, de donner corps au trou béant créé par le souvenir de l’être manquant. En résulte un récit glaçant, mais non dénué d’émotions, qui dévoile une personnalité obsédée par l’image de la mort, ayant compris bien avant les autres les horreurs des camps de concentration.

Bien que situé à la fin de la guerre et dans les quelques semaines qui suivirent, La douleur par son rappel aux multiples lâchetés des collabos, est une œuvre d’une brûlante actualité. D’un réalisme chirurgical, cet arrière-plan historique fournit un terrain propice au développement d’une rancœur adressée par la résistante Marguerite D. envers la société française de l’époque. Les mots qu’elle utilise sont d’une froideur implacable. Notamment en ce qui a trait à l’oubli général ayant eu cours au sein de la population, trop heureuse de fêter, sitôt que les tocsins de la Libération eurent sonné. Même si tel n’est pas son but, La douleur nous redit les destins tragiques des familles de déportés, dans un devoir de mémoire important qui résonne encore aujourd’hui, dans un contexte totalement différent.
Finkiel (la plupart de sa filmographie est inédite dans les salles québécoises) tisse une toile où les intrigues, les rapprochements avec l’ennemi, les tensions larvées et les rapports d’attraction répulsion sont de mise. À la fois littéraire et visuelle, l’image est contrainte dans un cadre fébrile, montrant de près les longs moments de solitude de Marguerite. Mais aussi l’intensité de ses silences et des cris de désespoir. Certes, avec ses 126 minutes, quelques petites longueurs se font jour et les séquences finales – que nous ne pouvons évidemment pas décrire – ouvrent une brèche sur un ressort dramatique qui nous a semblé trop peu exploité. Mais quoi qu’il en soit, ne serait-ce que pour la performance envoûtante de Mélanie Thierry, au demeurant fort bien épaulée par des partenaires masculins investis dans leur rôle, La douleur est une œuvre rare, qu’il ne faut absolument pas rater.
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Sortie
Vendredi 14 septembre 2018
V.o.
français; s.-t.a.
Memoir of Pain
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Réal.
Emmanuel Finkiel
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Genre
Drame
Origine
France
Année : 2017 – Durée : 2 h 01
Dist.
FunFilm
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Horaires & info. @
Cinéma Beaubien
Cineplex
Classement
Tous publics
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MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Mauvais. 0 Nul
½ [Entre-deux-cotes]
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Sortie
Vendredi 14 septembre 2018
V.o.
anglais
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Réal.
Josephine Decker
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Genre
Drame
Origine
États-Unis
Année : 2018 – Durée : 1 h 30
Dist.
Cinéma du Parc
[Oscilloscope]
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Horaires & info. @
Cinéma du Parc
Classement
NC
(Non classifié)
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De son père, le canada-gréco-italien George Pan Cosmatos, Panos Cosmatos, par défaut et descendance, lui aussi canado-gréco-italien, a retenu le combat solitaire de tous ces héros ou anti-héros qui se battent pour une bonne cause ou idéologie ; la vengeance pour avoir perdu un être cher, une prise de conscience personnelle et aussi, plus que tout, un amour inconditionnel à un certain cinéma populaire où sens de l’image s’unit allègrement au message, quel qu’il soit.
Avec Mandy, c’est le prénom de la femme et non pas de cet anti-héros, Red, non choisi par hasard, mais en relation avec ce qui se passera au cours de cette vendetta faite de bruit et de fureur, le tout dans un espace occulte où la violence de la banalité est son seulement multipliée, mais placée dans un no man’s land cinématographique truffé de mille et une suggestions aussi racoleuses que stupéfiantes. Car c’est ainsi qu’est fait le cinéma, de ce mélange de réalisme et de transcendance, pouvoir magique qu’entretiennent ensemble la direction photo, le montage et la narration, aussi tordue soit-elle.
On retrouvera, narrativement, des symboles religieux et de l’ancien monde qui, une fois envahissant le réel (réel du couple, travail de bûcheron de Red – qui au début du film, annonce les débordements à venir par la façon dont il dépèce les arbres et l’expression de son visage, et autres petits détails que nous vous laissons le soin de découvrir), transperce l’écran pour muter ce travailleur des bois en un héros mythique solitaire, surnaturel, quasi animal.
Car, bel et bien, Mandy est un film pour connaisseurs en la matière. Ce n’est guère surprenant qu’il ait fait partie de la programmation au récent Fantasia, l’incontournable évènement annuel qui s’adresse, côtés asiatique et international confondus, à des experts en la matière.
Et surtout, et une fois n’est pas coutume, absolument à voir, à savourer et à disséquer sur Grand Écran. Lorsque psychotronisme, savoir-faire, références ciné-philosophiques et cultes sacrificiels de la Grèce antique se joignent avec passion, le résultat ne peut être que délirant.
Et puis, pourquoi pas, quel plaisir de revoir Nicolas Cage à l’écran, confirmant une fois de plus qu’il mérite une sincère et chaleureuse reconnaissance du milieu. Hollywood comme le reste de la planète cinéma, semble avoir la mémoire qui flanche.

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Sortie
Vendredi 14 septembre 2018
V.o.
anglais
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Réal.
Panos Cosmatos
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Genre
Épouvante fantastique
Origine
États-Unis
Année : 2017 – Durée : 2 h 01
Dist.
Entract Films
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Horaires & info. @
Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 16 ans
(Violence / Horreur)
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MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Mauvais. 0 Nul
½ [Entre-deux-cotes]
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