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51e Festival du Nouveau Cinéma – Quelques suggestions

5 octobre 2022

DANIEL RACINE

Après un 50e anniversaire hybride, en salle et en ligne, le Festival du Nouveau Cinéma se concentre uniquement au grand écran, à notre plus grand bonheur. La pandémie n’est pas encore terminée, mais les assouplissements nous permettent enfin de nous réunir à nouveau pour communier devant les œuvres des cinéastes des quatre coins du globe. Durant les 11 prochains jours, à vous de piger parmi les 291 films provenant de 49 pays. Pour vous aider, voici quelques suggestions de longs métrages que j’ai eu la chance de voir avant la soirée d’ouverture, qui présentera en primeur Falcon Lake de Charlotte Lebon, qui fait la couverture de notre plus récent numéro.

A Piece of Sky (Michael Koch, Compétition internationale, Suisse)

Deuxième long métrage de l’acteur et réalisateur suisse Michael Koch, A Piece of Sky séduit par son rythme qui suit celui des montagnes et de ses éléments. Cette histoire d’amour entre une fille du village et un costaud peu bavard qui vient de l’extérieur profite des majestueux décors pour que nous puissions y croire. Koch ne brusque rien, il fait confiance à ses comédiens, dont plusieurs non-professionnels, pour nous plonger dans le drame à venir. Évitant les clichés et préférant nous surprendre au bon moment, A Piece of Sky s’est mérité une mention spéciale du jury à la dernière Berlinale.

Cette maison (Myriam Charles, Compétition internationale, Québec)

Dans cet hommage à sa cousine morte beaucoup trop tôt, la cinéaste québécoise Myriam Charles poursuit avec succès sa démarche poétique entamée dans ses précédents courts métrages. Partant d’une thématique sombre, Myriam Charles construit un magnifique rêve éveillé où Tessa, 14 ans, reprend vie, interprétée par l’excellente Shelby Jean-Baptiste. Si le cinéma québécois abuse parfois du deuil comme trame narrative, Myriam Charles lui insuffle une force créative peu commune, un désir de vivre pour sublimer la mort.

Dos Estaciones (Juan Pablo González, Panorama international, Mexique)

Il y a des visages au cinéma qui sont de véritables livres ouverts, racontant à eux seuls une bonne partie de l’histoire. C’est le cas de celui de la comédienne Teresa Sánchez, qui porte dans son personnage de Maria, à la fois la réussite passée et l’effondrement à venir de son usine de téquila. Dos Estaciones nous consume lentement, comme la brûlure d’une gorgée de cet alcool à base d’agave bleu. Juan Pablo González impressionne par sa maîtrise et surtout sa retenue, ne cédant jamais par excès. Un nouveau cinéaste à suivre de très près, qui a compris rapidement que tout doit être fait pour nourrir son récit, et non l’inverse.

Klondike (Maryna Er Gorbach, Panorama international, Ukraine)

Le cinéma ukrainien fera sa marque durant ce FNC avec quatre productions présentés en exclusivité. Le seul réalisé par une femme, Klondike frappe fort et ne laissera personne indifférent. En utilisant l’écrasement du vol de la Malaysia Airlines en juillet 2014 au centre de son scénario, la réalisatrice Maryna Er Gorbach critique avec panache les atrocités de la guerre. La région du Donbass devient alors le théâtre d’anticipation des événements actuels du conflit ukraino-russe, menée par une cinéaste qui nous crie sa rage à travers sa caméra.

De Humani Corporis Fabrica (Verena Paravel & Lucien Castaing-Taylor, Les nouveaux alchimistes, France)

Entre le film d’horreur pour certains et de fascination pour d’autres, le duo Paravel/Castaing-Taylor nous en met encore une fois plein la vue avec De Humani Corporis Fabrica. Les cinéastes, qui nous avaient secoué il y a dix ans avec l’impressionnant documentaire Leviathan sur un bateau de pêche, nous amène cette fois-ci littéralement sous la peau humaine. À l’aide de caméras miniatures, nous suivons diverses opérations de l’intérieur du corps, tout en entendant les commentaires des chirurgiens à l’œuvre. Orgie de fluides et de multiples conduits, il faut avoir le cœur solide pour garder les yeux ouverts. Mais les oreilles captent bien l’état du monde dans lequel tout ce « spectacle » se décline.

Women Talking (Sarah Polley, Les incontournables, États-Unis)

Il y a déjà 10 ans, Sarah Polley nous offrait son puissant Stories We Tell, mais l’attente pour Women Talking est récompensée au centuple. La cinéaste canadienne nous confronte aux mots (et maux) de ces femmes meurtries qui vivent isolées dans une communauté religieuse. Cette métaphore, qui dénonce le patriarcat et la culture du viol, résonne fortement aujourd’hui, à travers les paroles des personnages. Menée par les solides performances de Rooney Mara, Claire Foy et Jessie Buckley, Women Talking est déjà l’un des films favoris pour la prochaine cérémonie des Oscars. Un film nécessaire et précieux.

Les nuits de Mashhad (Ali Abbasi, Temps Ø, Danemark)

En 2018, un film a marqué tous ceux et celles qui ont pu le voir, Border, du cinéaste irano-dannois Ali Abbasi. Dans Les nuits de Mashhad, le réalisateur s’intéresse à un tueur en série qui a sévi en 2000 et 2001, un homme voulait purifier les rues de cette ville sainte iranienne, en se débarrassant des prostituées. Nous y suivons une jeune journaliste (jouée avec assurance par Zahra Amir Ebrahimi, prix d’interprétation féminine au dernier Festival de Cannes) qui tente par tous les moyens de coincer ce monstre qui se croit en mission divine. Film frontal et brutal, Ali Abbasi a choisi de n’épargner personne pour mieux révéler un système étatique qui ne protège pas les femmes.

Pour toute la programmation, visitez le nouveaucinema.ca. Bon festival!

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