En salle à Montréal

Les oiseaux de passage

28 février 2019

| PRIMEUR |
Semaine 09
Du 1er au 7 mars 2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
Dans les années 1970, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu se retrouve au coeur de la vente florissante de marijuana à la jeunesse américaine.

CRITIQUE
| Jules Couturier |

★★★★

À LA SOURCE DES CARTELS

Après l’exploration de l’Amazonie dans Embrace of the Serpents, le réalisateur Ciro Guerra, cette fois-ci épaulé à la réalisation par sa collègue Cristina Gallego, présente à nouveau la perspective colombienne sur un autre genre de récit trop souvent approprié et exploité par les cultures occidentales. En racontant une ambitieuse saga criminelle de trafic de drogue en partant de sa source folklorique, il pose un regard cinématographique inédit sur un genre aux codes ultra établis. Le résultat est renversant.

Montée puis descente tout aussi fulgurante d’une famille criminelle, la trame narrative est connue. De The Godfather à Scarface, en passant par plusieurs autres, c’est du déjà-vu. Les oiseaux de passage surprend pourtant à chaque scène. Tous les éléments familiaux liés au genre sont systématiquement accompagnés d’une spécificité de la culture Wayuu, un peuple de la région de Guajira, dans le nord de la Colombie, ayant échappé à la conquête espagnole. Une culture méconnue qui surprend.

Au cœur de ces actes de gangstérisme , les traditions Wayuu sont montrées de façon absolument fascinante. On ne peut qu’admirer le rigoureux travail de recherche derrière ces images empreintes d’une grande authenticité. On est cependant devant une étude anthropologique immersive plutôt qu’explicative.

Tous les éléments familiaux liés au genre sont systématiquement accompagnés d’une spécificité de
la culture Wayuu, un peuple de la région de Guajira,
dans le nord de la Colombie, ayant échappé à la conquête
espagnole. Une culture méconnue qui surprend.

On doit la fraîcheur émanant de ce nouveau long métrage également à la présence des héros. Finalement, un film de gangster colombien ne mettant pas en vedette le trop célèbre Pablo Escobar. On est donc loin de l’exploitation du personnage du fameux baron de la drogue que l’on retrouve dans certaines œuvres réalisées par des non-colombiens qui n’hésitent pas à le glorifier.

Dans Les oiseaux de passage, il n’y a d’ailleurs aucune valorisation de la violence ou du gangstérisme, caractéristique de ce genre d’œuvre. Guerra et Gallego laissent la plupart du temps hors du cadre les scènes de violence pour ne montrer, avec sobriété, que les corps gisant au sol, dans leur représentation la plus tragique. Ils confèrent ainsi à ces scènes une force de frappe grandement supérieure.

Bénéficiant du travail impeccable du directeur photo David Gallego, les images frappantes se suivent les unes après les autres. Les décors désertiques du nord de la Colombie, la présentation des rituels Wayuu et du mode de vie indigène, les flamboyants costumes, tout cet univers chargé de beauté et de sens entre en dissonance avec les images associées au banditisme, les voitures, les grandes maisons, le luxe de mauvais goût pour créer une impression surréelle. De cette conjugaison entre les images et le scénario qui exprime le mélange des traditions Wayuu et la modernité décadente, résulte un film unique et puissant.

FICHE TECHNIQUE

Sortie
Vendredi 1er mars 2019

Réal.
CIRO GUERRA
CRITISNA GALLEGO

Origine(s)
Colombie
Danemark
Mexique

Année : 2018 – Durée : 2 h 05

Genre(s)
Drame

Langue(s)
V.o. : multilingue ; s.-t.a. & s.-t.f.

Birds of Passage
Pájaros de verano

Dist. @
The Orchard
[ Cinéma du Parc ]

Classement
Interdit aux moins de 13 ans
[ Violence ]

Info. @
Cinéma du Musée
Cinéma du Parc
Cinéma Moderne

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.   Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

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