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Rosas. A Love Supreme

30 janvier 2019

CRITIQUE
DANSE

| Élie Castiel |

★★★★

A Love Supreme
FUSIONNEL NOCTURNE

EN TOUT, 50 MINUTES, peut-être un peu plus. Des danseurs masculins seulement. Ainsi décidé pour cette réécriture de A Love Supreme, datant de 2005. Aujourd’hui, elle rejoint les nouveaux codes du mouvement en ce qui a trait à la danse moderne. Jeux qui ressemblent à des casse-têtes que le spectateur, même le moins avisé dans l’art de la danse, peut se permettre d’entreprendre par la voie du dialogue intérieur.

Une première partie dans un espace libre, aucune musique, chacun des membres du quatuor tâte le terrain, explorant cet espace des possibles, attendant le moment opportun pour que le A Love Supreme de John Coltrane prenne le dessus.

Moment attendu avec ferveur. Il arrive à point nommé. Des les premières notes, l’espace nocturne devient évident dans notre esprit. Pour je ne sais quelles raisons, on se met à penser aux Juliette Gréco, aux Miles Davis, à Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle ou au très beau film de Bertrand Tavernier, Round Midnight.

Jason Respilieux, Thomas Vantuycom, Bilal El Had
et José Paulo dos Santos / Crédit photo :  © Anne-Van-Aerschott

Parce que la musique de Coltrane est celles des clubs Jazz et des boîtes de nuit sophistiquées où, à l’époque, même le strip-tease, sous des airs languissants de cette musique est un art en soi. Aujourd’hui, impossible de s’exprimer ainsi. Et puis José Paulo dos Santos, Bilal El Had, Jason Respilieux et Thomas Vantuycom, venus des quatre coins du monde, faisant de la danse une discipline universelle qui donne la chance à tous et n’a qu’une seule exigence : le talent.

Ces quatre musiciens du mouvement en ont à revendre. Ils seront, pendant le trajet, séparés l’un de l’autre (ou presque), évitant le rapprochement comme pour sentir le poids du monde, le rapport à l’espace, la sensation d’être. Les quelques dernières minutes interviennent et le rapprochement est aussi viscéral que physique.

… on assiste au beau, au transcendant, à quelque chose
qu’on ne peut définir en ce moment. La danse reprend son
droit de cité, sa nécessité. Mais le tout dans un atmosphère
nocturne, la seule qui peut s’échapper de ces notes organiques d’un grand musicien.

Les visages, neutres, sans être déplaisants, sont ainsi, voués à un métier exigeant qui demande une concentration afin que les gestes ne soient pas répétitifs. Comme en musique, les notes chorégraphiques suivent une logique difficile à discerner.

Avec A Love Supreme, la danse est technique, et surtout sous le charme et la volupté sensuelle des rythmes de Coltrane ; on assiste au beau, au transcendant, à quelque chose qu’on ne peut définir en ce moment. La danse reprend son droit de cité, sa nécessité. Mais le tout dans un atmosphère nocturne, la seule qui peut s’échapper de ces notes organiques d’un grand musicien.

ÉQUIPE DE CRÉATION

Chorégraphie
Salva Sanchis, Anne Teresa De Keersmaeker

Danseurs
José Paulo dos Santos, Bilal El Had
Jason Respillieux, Thomas Vantuycom

Musique
John Coltrane
(A Love Supreme)

Costumes
Anne-Catherine Kunz

Éclairages
Jan Versweyveld

Production
DanseDanse

Coproduction
La Monnaie (Bruxelles)

Diffusion
DanseDanse

Représentations
Jusqu’au 2 février / 20 h
Cinquième Salle
(Place des Arts)

Durée
55 minutes
(Sans entracte)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul
½ [Entre-deux-cotes]

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