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Le dire de Di

24 octobre 2018

CRITIQUE
| SCÈNE |

Élie Castiel

★★★ ½

LE RÉEL IMAGINÉ N’EST PAS SI TERRIBLE QUE ÇA

… et sur scène, il peut même avancer des idées intéressantes sur l’existence et la découverte du corps. Seule sur scène, dans un décor fait de carrés qui s’emboîtent les uns après les autres évitant le parallélisme, Di dévoile son esprit, sa rage, sa pensée. Elle devient femme. Au centre de cet amoncèlement, une chaise qui sert d’accessoire aux divers « dires » de Di. Diane en vérité.

Crédit photo : © Marc Lemyre

Elle a 16 ans, et bientôt 17, comme elle le dit souvent. Comme pour être plus près de l’âge de la maturité. Elle explore sa sexualité, la naissance, l’attrait de l’autre sexe, à travers des paroles d’une extrême poésie, libres, dénudées de tout embarras qu’elles pourraient causer. Michel Ouellette possède sa plume tel un outil de la pensée qui ne cède devant rien, comme un psychanalyste du comportement féminin, dans ses délabrements, ses doutes, ses envies, ses souhaits, faisant face à l’existence présente comme si le demain n’existait pas.

Marie-Ève Fontaine est tout à fait au courant du travail exigeant qui l’attend dans ce solo qui n’a rien d’autre à prouver que son « fait d’être », d’exister, de saisir le geste et la parole pour mieux comprendre le for intérieur de l’âme et encore plus de la raison. La mise en scène de Joel Beddows traverse ce territoire privilégié ou le comédien, ici, bien entendu, la comédienne, doit absolument se détacher du quotidien pour pouvoir offrir quelque chose qui dépasse de loin la réalité. Assumer un rôle.

Avant tout, Le dire de Di est une confession
hautement intellectuelle qui n’a rien
à voir avec l’évidence et la certitude.

Intentionnellement, ça nous paraît embrouillé, justement parce que nous entrons dans l’univers de cette adolescente-femme dont le geste rappelle certaines héroïnes pubères de certains films de Catherine Breillat. Deux mondes différents, certes, que celui de Ouellette et de la cinéaste française mais qui, le temps d’un jeu corporel où la sexualité se découvre, entre en collision, ou mieux encore s’harmonisent pour ne former qu’un, pendant quelques moments, de façon fugitive.

Et je ne sais pour quelles raisons, Di échappe des mots ou des phrases dont la métaphore visuelle qu’on imagine est proche d’Alejandro Jodorowsky, lui aussi cinéaste qui use de la psychanalyse. Comme ces éclats soudains qui, dans la bouche de Di, résonnent comme des explosions qui finissent par s’apaiser et disparaître.

Avant tout, Le dire de Di est une confession hautement intellectuelle qui n’a rien à voir avec l’évidence et la certitude. Car la réalité est constamment déconstruite puisqu’elle n’existe peut-être pas, comme nous le « dit » justement Di au tout début. Nous serions tentés de la croire.

Texte
Michel Ouellette

Mise en scène
Joel Beddows

Assistance à la mise en scène
Jean-Nicolas Masson

Scénographie
Michael Spence

Adjoint à la scénographie
Laird MacDonald

Son
Thomas Sinou

Éclairages
Guillaume Houet

Distribution
Marie-Ève Fontaine 

Production
Théâtre La Catapulte
Théâtre français de Toronto

Durée
1 h 20
(Sans entracte)

Représentations
Jusqu’au 3 novembre 2018

Prospero
[ Salle principale ]

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

 

 

 

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