Icelander

9 septembre 2018

HORS-CHAMP
| Élie Castiel |

★★★★

L’HOMME QUI VENAIT DU FROID

Il y a d’abord un réalisateur. Singulier, passant du sport au cinéma, manipulant aussi bien le corps que la caméra. Entre les deux, une symbiose qui impose deux disciplines côte à côte. À l’écran, elle s’exprime par la présence de Nils Oliveto, autodidacte et qui n’a point besoin des institutions pour tourner. En quelque sorte, un pro.

Ses origines italo-françaises le placent dans une situation autre, notamment ici où le protectionnisme culturel s’exprime de mille et une façons. Il se débrouille… et cette année, à la 42e édition du Festival des films du monde de Montréal – totalement boudé par les critiques en ce qui a trait à la couverture des films; pourtant de nombreux étaient excellents et signés, pour la grande part, par de jeunes auteurs – Icelander a reçu le Second prix du meilleur documentaire. Et pour cause.

Crédit photos : © Hammerman Films

Thriller, quête identitaire, recherche du père, enquête sur la famille en même temps qu’une sensible et mûre réflexion sur le quotidien et ce qu’il occulte, sur ce que l’on préfère taire. Pour illustrer cette docufiction faite d’images réelles et de home-movies (parfois très émouvant), un savoir-faire qui émane non seulement de l’imagination mais surtout des tripes, autre moyen rare d’exprimer sa relation à l’écran.

Et aussi ce désir intentionnel de se montrer dans la mise en scène, volontairement narcissique, comme le devrait être tout réalisateur et/ou comédien qui se respecte. Les spectateurs sont des voyeurs, oui, dans le sens positif du terme, et les artisans sont de la race de ceux qui étalent leur savoir-faire, leurs différences, leurs identités parallèles, leurs paroles qui sortent de l’ordinaire. Il y a là un rapport entre la caméra et les spectateurs qui laisse aussi songeur que désorienté. Le 7e art comme art de la séduction, comme dans les rapports de force.

De force, néanmoins, poussant l’auditoire à réfléchir sur les images en mouvement qui, elles, appartiennent à une autre dimension. Il suffit de savoir comment y adhérer. Les séquences d’Oliveto sont celles des remises en question de la réalité, de l’illustration expérimentale du quotidien et de l’imaginaire. Onirisme et sublimation s’incarnent autant qu’ils s’échappent.

Avec Icelander, Nils Oliveto octroie au documentaire
d’audacieuses et poignantes lettres de noblesse.

Puis, couché dans une chambre d’hôtel nordique, le visage faisant face à la caméra, Oliveto ne cache pas son indigestion à la suite du repas, la veille, d’un plat islandais. Courte pause pour que quelques secondes plus tard, il reprenne la course dans cette quête paternelle, sensible et pas du tout effrénée qui le relie aux origines. Naissance, filiation, appartenance.

La mère n’est pas absente. Elle est le témoin d’une vie, d’une histoire d’amour, comme celles qui existaient dans les années 60 et 70 et qui sont devenues autre chose aujourd’hui. Dans une langue française exceptionnelle, sans aucune hésitation, elle mime parfaitement bien l’art du jeu, inconsciemment sans doute, racontant une partie du récit dont il est question sans trop dévoiler.

Entre Oliveto et la génitrice, toujours belle, nourrissant la mémoire et le souvenir comme s’il s’agissait d’un cadeau qu’on a toujours caché, un amour partagé entre mère et fils. Et puis… sans rien vous dire, une conclusion. Laquelle? Surtout celle d’un art, le cinéma. Un art qui peut se permettre d’inventer, d’imaginer, d’espionner la vie comme pour la transformer ou mieux encore la transcender en l’illustrant de possibles et multiples vérités.

Avec Icelander, Nils Oliveto octroie au documentaire d’audacieuses et poignantes lettres de noblesse.

Réal.
Nils Oliveto

Scénario
Nils Oliveto

Avec
Nils Oliveto
J. & C. Oliveto
Tom Ansuini
Donald MacLellan

Origine
Canada

Année : 2018 – Durée : 1 h 20

Producteur
Nils Oliveto

Dist.
Hammerman Films


MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul
½
[Entre-deux-cotes]

 

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