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Edmond

1er août 2018

CRITIQUE
| SCÈNE |
Élie Castiel

★★★★ ½

TOURS DE PRESTIDIGITATION

Alexis Michalik, comédien, dramaturge, metteur en scène ; à l’aise aussi bien au cinéma qu’à la télévision et au théâtre. Dans le cadre de Juste pour rire (nouveau régime), Edmond, portrait du créateur de Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand ; pour ce dernier, sans doute son plus grand succès.

Parce que la genèse de sa création, si l’on en juge par la verve et l’imagination de Michalik, gagnant de trois Molières pour cette troisième pièce, est une aventure. Se vendre aux producteurs, aux directeurs de théâtre, tenter par tous les moyens de ne pas succomber aux pièges du compromis. Mais lorsqu’on n’a pas idée du sujet et que chaque acte prend un temps fou à rédiger, c’est d’autant plus frustrant pour tous.

Crédit photo : © Yves Renaud

Mais Michalik, plus que tout, nous montre que la rédaction d’une pièce, c’est avant tout une idée et que les détails se construisent au quotidien, selon les observations recueillies. Un édifice de mots et de phrases qui se bâtit à coups de certitudes, d’hésitations, d’échecs, de frustrations et plus que tout, de foi en son métier.

Résister malgré tout. Croire en son idée. Le Paris de la Belle époque, romantique, troublant, magnifiquement débauché, un lieu où la chair et ses débordements n’ont aucune limite, ou presque, parce qu’on croit encore à l’amour sincère, notamment de la part des femmes. Et les hommes débitent les paroles les plus poétiquement chimériques au nom de la séduction. C’est un début de 20e siècle avant son temps.

La version Juste pour rire 2018 de Edmond est un
spectacle
enivrant, magnétique, féérique, une pièce quasi
tragique sur la
condition pérenne de nos existences. Étrangement,
le film 
éponyme (1990) de Jean-Paul Rappeneau
revient sans cesse dans 
notre mémoire.
Comme si Depardieu se trouvait dans la salle virtuellement
.

Pièce typiquement hexagonale, selon les codes bien précis de la grammaire théâtrale, inventant des personnages hors-norme, plus grands que le commun des mortels. Car c’est cela aussi le théâtre. Pour le spectateur, se voir, l’espace de quelques heures, dans la peau de personnages qui lui ressemblent mais qui cependant, se soumettent aux règles strictes de la représentation.

Ici, c’est le théâtre dans le théâtre, une sublime mise en abyme de la dualité de l’art. Pour l’infatigable Serge Denoncourt, l’occasion de se laisser bercer et séduire par une mise en scène qui le contrôle selon ses humeurs. Et c’est tant mieux. Décors, costumes, éclairages, utilisation de l’espace, changements de décors selon une approche collective, tous ces lieux et arrangements de la production dramaturgique sont autant de tours de prestidigitation que de codes et normes importants qui doivent être suivis à la lettre.

Crédit photo : © Yves Renaud

Jamais contact ne fut aussi bouleversant entre la scène et le public. Pour ceux proches de l’art dramatique, des métaphores sociopolitiques actuelles et quelques mots spirituels sur les rapports entre les comédiens, les producteurs et le responsable de la mise en scène se font sentir par moments. Mais ce que nous, le public (et cela comprend le critique qui se laisse emporter par tous ces jeux de mots imagés), retenons, c’est le produit final.

Pour la simple raison qu’il y a également une distribution solide. Particulièrement, dans le rôle de Rostand, François-Xavier Dufour, épatant, et dans celui jouant Cyrano et autres personnages, l’inimitable Normand Lévesque. La version Juste pour rire 2018 de Edmond est un spectacle enivrant, magnétique, féérique, une pièce quasi tragique sur la condition de nos existences. Étrangement, le film éponyme (1990) de Jean-Paul Rappeneau revient sans cesse dans notre mémoire. Comme si Depardieu se trouvait dans la salle virtuellement.

Texte
Alexis Michalik

à partir de la création de Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand

Assistance à la mise en scène et Régie
Jean Gaudreau

Scénographie
Guillaume Lord

Costumes
Pierre-Guy Lapointe

Concept sonore et musical
Colin Gagné

Concept vidéo
Silent Partners Studio
Isabelle Painchaud
Julia-Maria Daigneault

Éclairages
Erwann Bernard

Distribution
Émilie Barbeau
(Rosemonde, Rosine)
Widemir Normil
(M. Honoré, Le vieux Cabot, un journaliste, Le Bret)
Marie-Pier Labrecque
(Jeanne, Marceline, Adèle)
Normand Lévesque
(Constant Coquelin, Constantin Stanislavski)
Mathieu Richard
(Courteline, Jean Coquelin, l’employé de la gare, le huissier),
Philippe Thibault-Denis
(Leonidas Volny, un spectateur, un acteur)
ainsi que
Kim Depatis
Mathieu Quesnel
Jean-Moïse Martin
Catherine Proulx-Lemay
Daniel Parent

Producteur délégué
Guillaume Pelletier

Durée
2 h 10 (Sans entracte)

Représentations
Jusqu’au 28 août 2018

Théâtre du Nouveau Monde

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

 

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