En salle à Montréal

Jurassic World: Fallen Kingdom

21 juin 2018

| PRIMEUR |
Semaine 25
Du 22 au 28 juin 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
Isla Nublar est désormais contrôlée par les dinosaures. Mais une menace pèse sur l’île, la possible irruption du volcan. Owen et Claire décident de faire équipe pour venir en aide aux vertébrés.

CRITIQUE
| Guillaume Potvin |

★★

FOSSILISATION ACCÉLÉRÉE

Les responsables de la Universal Pictures ont joué aux généticiens lorsqu’ils ont ressuscité la franchise Jurassic Park en 2015, 14 ans après la sortie du troisième opus de la série. C’était Jurassic World, créature hybride créée par un assemblage favorisant les gènes présentant le plus grand potentiel lucratif (dinosaures plus imposants, scènes de chaos généralisé, personnages plats et clichés, mais ô combien séduisants) au dépit des gènes qui faisaient le charme des originaux (personnages intéressants, set pieces biens chorégraphiés, intégration des découvertes scientifiques du moment). Lorsqu’un antagoniste-capitaliste™ évoque la nécessité d’introduire une nouvelle espèce au parc pour combattre l’ennui des visiteurs suscité par la normalité de l’existence des dinosaures, le récit semblait conscient du piège de la surenchère. Mais cela ne l’aura pas empêché Jurassic World d’y tomber à pieds joints. Quand la surenchère devient la norme, l’émerveillement et la surprise se dissipent.

En ce sens, Fallen Kingdom poursuit dans la même voie. Que dire de ce mélange bigarré de tons (on passe de l’aventure en pleine jungle au conte fantastique) et de thèmes (on a cru bon d’insérer une sous-intrigue en cul-de-sac au sujet du clonage humain)? La démultiplication de clins d’yeux à l’original, tendance kitsch à laquelle n’échappent presque qu’aucune suite, remake ou reboot de nos jours, ne suscite pas la nostalgie, elle souligne l’érosion progressive de ce qui a été. De toute évidence, la Universal ne sait plus quoi faire de leur franchise. Et c’est les dinosaures qui écopent.

Où sont les personnages paléontologues, paléobotanistes, bref
les experts qui pourraient au moins rehausser ces scénarios
catastrophes de quelques notions scientifiques quant à la vision
du tyrannosaure rex ou la forme du larynx des vélociraptors?

C’est désolant, car les vertébrés ne sont pas la intellectual property (IP) de qui que ce soit. Le concept d’IP est rendu un des facteurs décisifs à Hollywood : les studios ébauchent des contrats de millions de dollars pour s’échanger des personnages préexistants à la manière des équipes sportives qui échangent leurs athlètes. Il suffit d’observer le cas de la dispute entre Disney et Sony pour les droits des X-Men afin de comprendre le jeu de souque à la corde dans laquelle se trouvent certains IP.

Alors, répétons-le, les dinosaures ne sont pas la intellectual property de qui que ce soit. Et pourtant, la franchise Jurassic semble avoir le monopole sur leur mise en scène. Qu’en font-ils? Du réchauffé, du déjà vu : exception faite de l’excellente séquence mettant en vedette un pachycéphalosaure très tenace, la fonction narrative principale de ces créatures préhistoriques demeure la prédation. Où sont les personnages paléontologues, paléobotanistes, bref les experts qui pourraient au moins rehausser ces scénarios catastrophes de quelques notions scientifiques quant à la vision du tyrannosaure rex ou la forme du larynx des vélociraptors? Non, les questions scientifiques sont désormais complètement évacuées; pour les créateurs de ces deux derniers opus, les dinosaures ne se réduisent qu’à de grosses dents acérées ou des créatures à domestiquer (!!!) sur deux ou quatre pattes.

Jurassic World: Fallen Kingdom est le fossile de Jurassic Park, un vestige de ce qui a été, le vague contour de l’original. La chair (la matérialité des trucages pratiques) et le cœur (le cœur émotionnel du film) qui pompait le sang (sang chaud ou sang froid, le débat se poursuit toujours) de la bête qu’était Jurassic Park se sont décomposés depuis des lunes. Rendu là, il pourrait aussi bien s’être écoulées 65 000 000 années depuis 1993. Il va falloir des sacrés bons généticiens pour redonner du mordant à cette série fossilisée. Rendez-vous en 2021 pour la suite.

Un récit conscient du piège de la surenchère

Sortie
Vendredi 22 juin 2018

V.o.
Anglais / Version française
Monde jurassique : Le royaume déchu

Réalisation
J.A. Bayona

Genre
Aventures fantastiques

Origine
États-Unis / Espagne

Année
2018

Durée
2 h 08

Distributeur
Universal Pictures

Horaires & info.
@ Cineplex

Classement
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais / ½ [Entre-deux-cotes]

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