En salle à Montréal

Boost

6 avril 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
Hakeem et Anthony sont des amis d’enfance inséparables. Issus de familles d’immigrants, ils étudient à la même école et travaillent ensemble dans un lave-auto. Déterminés à augmenter leurs revenus, ils décident de voler eux-mêmes des voitures pour le compte d’un certain Ramaz. Les choses prennent néanmoins une tournure dramatique.

LE FILM DE LA SEMAINE
★★★★
Texte : Élie Castiel

LIEUX D’ASPHALTE

Une surprise de taille que ce deuxième long métrage de Darren Curtis qui, après le plutôt moyen Who Is KK Downey? (2008), coréalisé avec Patrick Kiely, propose une incursion dans un Montréal des défavorisés, ces nombreux immigrants qui ont comme langue commune, l’anglais. Hakeem (musulman, fort probablement d’Éthiopie) et Anthony (origines peu précises, mais catholique sans doute) étudient ensemble dans la même école où le français est de rigueur, mais le maîtrisent plutôt mal. Pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles, et confirmer leur virilité, ils font les quatre cents coups en s’alliant à des clans dangereux issus des nouvelles communautés migratoires – Afrique noire, Russie, Europe de l’est…

Boost_En salle

Film férocement politique sans vraiment l’assumer, Boost est un coup de poing sur une réalité montréalaise totalement ignorée par le cinéma québécois traditionnel, qu’il soit grand public ou d’auteur. Les bourgeois d’Outremont et des banlieues  aisées sont maintenant choses du passé. Le Montréalais Darren Curtis l’a parfaitement compris. Dans une métropole qui dans dix, quinze ou pas plus de vingt ans, fort probablement moins, plus de la moitié de la population de notre île bien-aimée sera d’origines autres, il était grand temps de revoir la structure de notre cinéma. Ces jeunes sauront s’exprimer, comme on dit, en « québécois », mais comme ils ne cesseront jamais de croire au « rêve américain », car le Québec, qu’on le veuille ou pas se trouve en Amérique du Nord, l’anglais sera une première ou seconde langue, celle de la communication mondiale.

Dans Boost, aucun souci de souveraineté ni d’indépendance, mais le goût de survivre coûte que coûte, de se faire de l’argent facilement, de draguer les filles, notamment les blanches, et de pratiquer des petits trafics pour atteindre une certaine maturité.

On parle anglais et parfois français dans ce deuxième long métrage parfaitement maîtrisé. Il y a du Tarantino, un peu seulement ; Curtis en est conscient et ils sait que ses sources d’inspiration sont multiples, faites de tous ces films d’action « américains » qui pilulent depuis toujours sur nos écrans. Mais sa réalisation est sincère, fidèle à sa proposition, une idée de scénario qui situe les comédiens dans un lieu presqu’inventé et tout aussi réaliste.

Ce Montréal du Mile End est un mélange de cultures.
S’il est peu connu, c’est que nous avons décidé de l’éviter,
qu’une partie du cinéma québécois en a décidé ainsi.
Il est ouvert à toute sorte d’expérimentation.

Et ce Montréal diurne et nocture est filmé avec un sens inouï de la caméra menée par Pawel Pogorzelski. L’asphalte mouillé pendant et après la pluie est synonyme de petits ou grands larcins et donnent l’occasion au jeune cinéaste de s’éclater dans un genre qu’il semble apprécier. Et puis, deux jeunes hommes époustouflants, particulièrement Nabil Rajo incarnant le personnage de Hakeem Nour, une présence remarquable, un mélange d’insouciance, de pugnacité, de sexualité inexplorée et de tendresse qui crève l’écran et nous brise le cœur, dont c’est ici son premier long métrage. Qu’il apprenne le français comme il faut et il sera partout. Son sous-fifre,  Jahmil French (dans le film, Anthony Macdonald, alias A-Mac), lui aussi issu des téléséries. Tous deux impeccables, assumant le sens de l’amitié avec autant d’égard que d’objectivité.

Ce Montréal du Mile End est un mélange de cultures. S’il est peu connu, c’est que nous avons décidé de l’éviter, qu’une partie du cinéma québécois en a décidé ainsi. Il est ouvert à toute sorte d’expérimentation.

Les paris sont ouverts. Montréal ne sera plus la même. Et c’est tant mieux ainsi. Il était temps. Pour ces nouveaux visages, pour ces nouvelles approches, pour finalement prendre conscience que la mondialisation culturelle est là pour rester. En filmant de plus en plus les Autochtones, c’est déjà un départ dans la bonne direction pour le cinéma québécois.

[ Voir entrevue avec Darren Curtis ici. ]

Sortie :  vendredi 7 avril 2017
V.o. :  multilingue / Version française
Sous-titres : anglais
Boost

Genre :  Drame  – Origine : Canada –  Année :  2016 – Durée :  1 h 42  – Réal. :  Darren Curtis – Int. : Nabil Rajo, Jahmil French, Ntare Guma Mbaho Mwine, Fanny Mallette, Juliette Gosselin, Patrick Goyette – Dist./Contact :  Filmoption.

Horaires
@
  Cineplex

Classement
Interdit aux moins de 13 ans
(Déconseillé aux jeunes enfants)

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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