En salle

P.S. Jerusalem

23 mars 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
Fille unique du grand intellectuel israélien Amos Elon, Danae Elon, exilée depuis l’âge de vingt ans, décide de retourner vivre à Jérusalem peu après la mort de son père. Enceinte de son troisième enfant, elle quitte New York avec son conjoint, Philip, d’origine française, et leurs deux fils, Tristan et Andrei. Au cours des trois années que la famille passera en Israël, Danae prendra conscience de ce que signifie désormais pour elle la notion de patrie.

CRITIQUE
★★★★ ½
Texte : Élie Castiel

LES TERRES DE LA GRANDE PROMESSE

La semaine dernière, Shimon Dotan et The Settlers (Les colons). Cette semaine, Danae Elon et P.S. Jerusalem. Dans les deux cas, un regard acerbe sur la politique israélienne en ce qui a trait aux territoires occupés.

Deux générations de cinéastes : le premier issu de plusieurs vagues cinématographiques, puisque né en 1949 ; la seconde, ce sont les années 70 d’un XXe siècle où les revendications palestiniennes se font de plus en plus sentir dans le reste du monde, et non seulement parmi l’intelligentsia urbaine, mais partout dans les populations.

Début d’un Israël qui ne compte plus beaucoup d’amis (sauf ceux que l’on connaît déjà). Et une histoire de Juifs errants (surtout ceux de la diaspora), qui, dans certains cas, se repositionnent en ce qui a trait à cette antique terre promise. Ce qui est certain, c’est que la majorité des gouverments israéliens, depuis sa création, se sont mis d’accord pour que la paix soit évitée, ce qui explique et surtout confirme la colonisation massive, le plus important obstacle à la paix.

P.S. Jerusalem

Fille unique du célèbre journaliste de gauche israélien, Amos Elon, né en Autriche, mais très vite installé en Palestine, en 1933, encore sous mandat britannique, l’histoire de Danae (quel beau prénom mythologique grec) est un récit politique, un parcours de conscientisation morale et éthique, un rapport à l’Histoire de son peuple qui, prenant l’Holocauste comme alibi pour occuper des terres qu’ils possédaient il y a presque six mille ans, se sont donnés le droit de les ravir. Certes, une histoire d’holocauste, une histoire de Juifs ambulants, pas toujours bienvenus dans les terres d’accueil.

Aujourd’hui, un autre peuple qui souffre, la Palestine. Effectivement, à l’instar de Shimon Dotan, Elon, la cinéaste, aime son pays, mais comme son père l’aimait, avec ses différences, son optimisme sociopolitique des origines, ses souhaits de former une terre égalitaire.

La séquence où l’enfant palestinien sanglote lorsque son petit camarade juif doit repartir avec ses parents, en Amérique, nous déchire le coeur. Ces moments d’ultime réconciliation datent sans doute de 2015 ou même avant. Que s’est-il passé depuis ?

Le passé, c’est le passé, et P.S. Jerusalem est un documentaire à la fois politique et intime qui non seulement remet en cause la notion de patrie, mais diffuse admirablement bien la radicalisation interne, le racisme ordinaire (certes, la même chose se passe aussi chez les Palestiniens). Israël a la main forte, semble avoir oublié un passé plus généreux et a construit une démocratie à sens unique.

Le film d’Elon montre courageusement cette réalité. Son conjoint, Juif originaire d’Algérie, est présent dans le film, mais son discours est en quelque sorte réduit puisque la caméra de la cinéaste braque son objectif sur les enfants, le futur. Ils se poseront des questions sur Israël et les États-Unis, où la famille demeure, sauront édifier leurs idéologies lorsqu’ils seront adultes.

En attendant, nous partageons aussi une intimité matrimoniale qui se traduit parfois par des silences qui en disent long, et découvrons un peuple dont le fondamentalisme religieux dirige en quelque sorte le pays.

Entre antisémitisme et se prononcer contre la politique israélienne, énorme différence. Pour le spectateur, deux peuples, la Palestine et Israël, qui fonctionnent justement selon leurs fois respectives, et non uniquement en termes territoriaux. La séquence où l’enfant palestinien sanglote lorsque son petit camarade juif doit repartir avec ses parents, en Amérique, nous déchire le coeur. Ces moments d’ultime réconciliation datent sans doute de 2015 ou même avant. Que s’est-il passé depuis ? Et puis, qu’en est-il de la politique du Hamas et d’autres territoires fondamentalistes ?

Comme ce fut la cas la semaine dernière avec Dotan, nous avons posé quelques questions à Danae Elon, qui nous a répondu en anglais, alors que les attachés de presse nous avaient clairement indiqué qu’elle s’exprimait dans notre langue.

Mais bon…  cela est  une autre histoire !?

[ Entrevue avec Danae Elon, ici. ]

Sortie :  vendredi  24 mars 2017
V.o. :  anglais, arabe, hébreu
Sous-titres : anglais, français

Genre :  DOCUMENTAIRE  – Origine : Canada / Israël –  Année :  2015 – Durée :  1 h 28  – Réal. :  Danae Elon – Dist./Contact :  Filmoption.

Horaires
@
  Cinémathèque québécoiseCineplex

Classement
Tout public

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