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José Navas/Compagnie Flak

16 novembre 2015

Rites
D’UN DÉPOUILLEMENT POIGNANT

Élie Castiel
DANSE
★★★★

Seul sur scène, José Navas s’accapare de l’espace avec une sobriété sensuellement conquise. Le corps s’expose, se déconstruit, se dissipe, s’évertue à donner au geste ses plus belles et intimes manifestations. La cinquantaine amorcée, Navas ne recule devant rien pour se donner littéralement corps et âme. Énergie, motivation, enthousiasme et persévérance s’unissent comme si tout était encore à redécouvrir.

José Navas

© Danse Danse

D’où le titre de Rites. Rituels qui se métamorphosent d’une chorégraphie à l’autre. Le danseur montréalais, né au Venezuela, s’inspire de partitions musicales surprenantes. Les trois premiers pas sont de très courtes chorégraphies totalement inspirées par les musiques de Rudy Stevenson, dont le Ain’t No Use interprété par Nina Simone sublime le moment. La Symphonie nº 9 en mi mineur « Du Nouveau Monde » opus 95, extrait du 2e mouvement (Largo), de Dvořak, sert d’outil pour le deuxième morceau dansé, également exalté. Il sera suivi d’une musique de Schubert, Der Leiermann, extrait de Winterreise. Trois fragments musicaux pour de courts moments de réchauffement qui se ressemblent et s’assemblent avant la finale, grandiose, donnant de nouvelles lettres de noblesse au Sacre du printemps de Stravinsky.

Le corps reprend alors ses droits pour aller dans toutes les directions. Le masculin et le féminin se confondent dans une allégorie des sens et de la volupté. Navas signe une nouvelle approche de ce chef-d’œuvre de l’art chorégraphique. Il ose s’aventurer dans des gestes transgressifs, permettant au corps de se manifester dans toutes ses possibilités. Les diverses tonalités du travail de Stravinsky essaient parfois d’envelopper le corps pour mieux le posséder. Navas se laissse faire ou plutôt fait semblant.

Avec ses Rites, José Navas prouve jusqu’à quel
point la danse soulève l’esprit et appaise l’âme.

Comme par magie, il reprend ses esprits, libère le geste pour finir par se confondre à la musique. La symbiose est alors totale, manifestement sexuelle, attachante, émouvante. Entre le compositeur le chorégraphe-danseur, un geste amoureux, une affection profonde, une sorte de complicité tacite qui donne à l’un des 5e arts (« arts vivants ») toute sa splendeur et sa perennité.

Le danseur se pare d’une cagoule, dansant dans le néant, n’allant nulle part, pour ensuite se débarrasser de son passe-montagne et se présenter littéralement nu sur scène. C’est à ce moment où résonnent les ultimes notes du Stravinsky qu’il déploie une sorte de délire animal qui ramène l’humain à sa nature la plus profonde.

Avec ses Rites, José Navas prouve jusqu’à quel point la danse soulève l’esprit et appaise l’âme.

RITES | Chorégraphie : José Nava – Danseur : José Navas – Musique : Rudy Stevenson (Ain’t No Use, interprétée par Nina Simone), Dvořak, Dryburgh, Stravinsky – Éclairages : Marc Parent – Costumes : Sonya Bayer – Directeur technique : Pierre Lavoie | Durée : 1 h (Sans entracte) – Représentations : jusqu’au 28 novembre 2015 / 20 h – Place des Arts (Cinquième salle).

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). (Mauvais). ½ (Entre-deux-cotes)

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