En salle

Chorus

6 mars 2015

La douleur en écho

Patricia Robin
CRITIQUE
★★  ½

LE FILM DE LA SEMAINE

Chorus_En salle

Le moins qu’on puisse dire, c’est que François Delisle a de la suite dans les idées. Avec son dernier opus, il dévoile le second volet de sa réflexion sur les violences commises à l’égard d’autrui. Dans Le Météore, il abordait avec introspection les sentiments d’un meurtrier et de son entourage, sans aucun dialogue et avec une approche contemplative. Avec Chorus, il relate les conséquences désastreuses d’un acte criminel sur les proches d’une victime, en l’occurrence un enfant, cette fois, avec une manière convenue d’interactions entre des êtres déchirés par l’attente, l’incompréhension et le deuil.

Nimbés d’une lumière naturelle, ses personnages naviguent dans un état quasi catatonique, survivant à l’absence de l’autre, lui-même isolé dans sa souffrance. L’utilisation du noir et blanc ajoute à la volonté d’abstraction du réel de Christophe et Irène. Ces images et ces relations, suspendues du temps, s’entrechoquent doucement dans un univers éthéré d’où n’émane que la douleur. Certains diront que Delisle a vendu son âme à la facilité, lui qui, d’ordinaire, s’impose une formalité novatrice. On pourrait le croire à la facture classique qu’il a adoptée; cependant, il préfère mettre l’accent sur la profondeur et la complexité de son sujet, car la disparition d’un enfant, même adulte, provoque une immense peine et retire l’individu de la réalité. Ici, Delisle fait état de la démarche du deuil, fait évoluer ses personnages jusqu’à la résilience, à leur retour au monde des vivants. Sobre et discrète, sa mise en scène laisse transparaître la grande intensité de ses interprètes.

Nimbés d’une lumière naturelle, [ les ] personnages
naviguent dans un état quasi catatonique, survivant
à l’absence de l’autre, lui-même isolé dans sa souffrance.

Quelle belle idée d’octroyer à Fanny Malette une Geneviève Bujold en mère à la fois froide et aimante! À les voir côte à côte, on assiste presque à une réelle filiation. De plus, on ne peut que se réjouir de contempler Sébastien Ricard dans toute la force de son jeu contenu mais néanmoins puissant. Chorus fait écho à Le Météore; ce n’est pas une œuvre moins forte ni moins aboutie, c’est la continuité de la réflexion de Delisle sur le fait d’être parent, des conséquences et des responsabilités que cela engendre, et de la peur de perdre l’objet de son affection. C’est le film d’un humain qui s’adresse à des humains et qui prend les moyens formels pour que son message passe. Intense.

revueséquences.org

Sortie : Vendredi 6 mars 2015
V.o. : français
S.-t.a.  – Chorus

Genre : Drame – Origine :   Canada [Québec]– Année : 2015 – Durée : 1 h 37 – Réal. : François Delisle – Int. : Sébastien Ricard, Fanny Mallette, Geneviève Bujold, Pierre Curzi, Luc Senay, Didier Lucien – Dist. Contact : FunFilm.
Horaires : BeaubienCineplex Excentris

CLASSIFICATION
Interdit aux moins de 13 ans

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). (Mauvais). ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

 

 

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