En salle à Montréal

La Chambre bleue

27 novembre 2014

EN QUELQUES MOTS
Texte : Élie Castiel
Cote : ★★★ 1/2

S’agit-il vraiment d’un film au sens propre, d’une fiction typique, construite horizontalement, sans ambages, fidèle à des codes bien établis ? De par sa durée inhabituelle et son aspect bigarré, cette adaptation du roman de Georges Simenon est une sorte d’ébauche, de work-in-progress achevé avec une rapidité curieusement troublante.

Et c’est ce qui confirme sa singularité, son esprit de synthèse, son engouement pour une captation de l’image sortant des sentiers battus. Avant tout, malgré ses caractéristiques pour la claustrophobie, La Chambre bleue respire à pleins poumons. Entre une tendance pour le choc des corps et une fiction façon-thriller-à-la-Chabrol, se tissent les liens fragiles et exténuants qui régissent les codes de l’amour et de la souffrance des individus, au nom, justement, de l’amour.

Le plan, chez Amalric, c’est surtout une affaire de morale et de soulèvement, d’où cette propension à montrer l’acte physique dans une sorte de chorégraphie des sens. Entre le cinéaste et l’acte adultère, existe une sorte de complicité tacite et dans le même temps extériorisée qui se traduit par des débordements à la limite du spirituel.

Un geste, un regard, la caméra posée sur une partie du corps, particulièrement au féminin. Mouvements délicats de l’objectif visant à rendre la fiction béante parce qu’ouverte aux multiples interprétations. Plus qu’un film, La Chambre bleue est une suggestion, un exercice de style qui ramène le cinéma aux sources premières de son inspiration. De ces plans subliminaux, se dégage un rapport au cadre, à la lumière et aux sujets humains explorés dans une sorte de frénésie du mouvement.

Évocant également le Claude Miller de Garde à vue, Amalric s’adresse autant aux spectateurs qu’aux gendarmes (dans le film). Ambivalence de la fiction, portée comme un masque du quotidien. Il y a eu un mort dans cette affaire de tromperie conjugale. Est-il important de savoir qui en est le coupable ?

Pour Mathieu Amalric, totalement absorbé par son sujet, tout semble se résumer en un rapport entre le cinéma et ses multiples représentations. Après les extravagances jubilatoires de Tournée (2010), le comédien-cinéaste signe une œuvre inclassable atteinte d’une liberté d’expression étonnante. Et comment résister aux jeux physiques entre Amalric et Stéphanie Cléau (sa compagne de vie, superbes tous les deux), cédant à la tentation de la transgression de l’infidélité ? En somme, tout cela n’est peut-être que la diaphane mise en abyme d’une psychanalyse des pulsions et des passions humaines.

Sortie : Vendredi 28 novembre 2014
V.o. : français

Genre : Drame | Origine : France – Année : 2014 – Durée : 1 h 15 – Réal. : Mathieu Amalric – Int. : Mathieu Amalric, Léa Drucker, Stéphanie Cléau, Mona Jaffart, Olivier Mauzevin – Dist. / Contact : Métropole | Horaires / Versions  : Excentris

CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL
(Déconseillé aux jeunes enfants)

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) (Mauvais) 1/2 (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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