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Warda

21 janvier 2018

CRITIQUE
| SCÈNE |

Élie Castiel

★★★★

LE NOM DE LA ROSE

_ Élie Castiel

La circularité du texte se confond avec ces deux pièces d’architecture sur scène qui ressemblent à des fauteuils, sont utilisés comme tels, ainsi que, selon le cas, comme lits de maison ou d’hôtel, mais ne sont en sorte que des torses terrestres séparés que le metteur en scène Belge, Michaël Delaunoy, en symbiose avec le scénographe Gabriel Tsampalieros, soumet aux yeux des spectateurs pour réfléchir sur la frêle notion des frontières.

La plume de Sébastien Harrison parle des identités, de ces formes existentielles qui, pour ceux frappés par l’exil, deviennent des instruments d’agressivité, des pièces à conviction à éliminer; et pourtant, dans Warda (rose en arabe) parvient à concilier la diversité humaine dans une sorte d’harmonie qui relève du symbolisme de la représentation. Il y Mieke Verdin, la Bruxelloise, incarnant une auteure de livres pour enfants qui, texte oblige, se permet de très légères remarques homophobes, mais au fond pas vraiment méchantes, prises comme des câlins. Elle est d’une présence inouïe, comme d’ailleurs les Québécois Violette Chauveau et Hubert Lemire qui, respectivement, convoquent l’idée de l’ouverture et la peur de l’autre et de l’inconnu (sans doute d’une sexualité non admise – oui, il est question de sexualité). Victoria Diamond est la Canadienne anglophone qui lie du Michel Foucault et parle aussi le français. Son double jeu est hallucinant, sa beauté cachant un jeu glacialement et amoureusement perfide.

La plume de Sébastien Harrison parle des identités,
de ces formes existentielles qui, pour ceux frappés par l’exil,
deviennent des instruments d’agressivité, des pièces à conviction
à éliminer; et pourtant, dans Warda (rose en arabe) parvient
à concilier la diversité humaine dans une sorte
d’harmonie qui relève du symbolisme de la représentation.

Et puis, la surprise de la soirée, Salim Talbi, le Belge d’origine marocaine (donc, mon compatriote) qui soumet physiquement son corps et son âme à une introspection sur l’animalité chez l’individu. Son comportement, je l’ai saisi en un tour de main magique, comme pris par un étrange et sourd voyage nostalgique dans le passé. Moment émouvant. Et puis encore, quelques secondes dont on vous taira le détail et qui confirme avec volupté que l’Afrique maghrébine artistique expatriée a accédé à une liberté de gestes et de mouvements.

Néanmoins, Warda est aussi une pièce sur l’intelligence, malheureusement de plus en plus rare aujourd’hui. C’est la nette revendication que Delaunoy, par l’entremise de Harrison, lance aux spectateurs dans une pièce minimaliste, magnifiquement chorégraphiée et prise d’assaut par une troupe de comédiens amoureux de leur engagement.

Et finalement, Warda, cette fleur imaginaire qui finit par s’ouvrir vers un avenir éclairé, nous espérons, plus fructueux, donnant aux protagonistes, ne serait-ce que quelques minutes, la possibilité de parler intelligemment leurs langues.

Texte : Sébastien Harrison – mise en scène : Michael Delaunoy, assisté de Lénaïc Brulé – scén. / costumes : Gabriel Tsampalieros – éclairages : Laurent Kaye – son : Éric Ronsse, Nicolas Stroïnovsky – distribution : Violette Chauveau, Victoria Diamond, Hubert Lemire, Salim Talbi, Mieke Verdin – production : Les Deux Mondes, Rideau de Bruxelles, en collaboration avec Prospero.

Durée
1 h 30 (sans entracte)

Représentations
Jusqu’au 3 février 2018

Prospero (salle principale)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon★★ MoyenMauvais. ½ [Entre-deux-cotes]

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