En salle

Gone Girl

2 octobre 2014

LE FILM DE LA SEMAINE

En quelques mots

Texte : Élie Castiel
Cote : ★★★★★

Si en 2010, The Social Network confirmait une fois de plus l’originalité de David Fincher, force est de souligner qu’avec Gone Girl, il se surpasse, alors que le film ressemble, notamment au début, à une banale histoire de disparition qui, entre les mains d’un tâcheron, aurait pu remplir la case Movie-of-the-Week de n’importe quelle poste télé américain.

Son dixième long métrage, adaptation du best-seller de l’américaine Gillian Flynn, demeure une profonde réflexion sur l’Amérique actuelle, le lieu de l’image permanente fixant les spectateurs sans répit, s’incrustant dans la vie publique et privée, faisant du phénomène de l’information l’outil le plus dangereux, plus authentique que la réalité, s’accaparant des individus sans les lâcher. Au nom du spectacle, de la curiosité maladive pour ce qui peut faire oublier la routine obsédante et la banalité d’un quotidien de plus en plus impersonnel.

Mais ici, c’est à une proposition à la fois esthétique, morale et complexe que Fincher nous convie. La mise en scène est faite de fausses pistes, d’apparences trompeuses (d’où un titre français, Les Apparences, plus proche de la thématique du film), de situations, à la limite caricaturales. Nick, a-t-il tué sa femme ? La question parcourt le film sans laisser de répit.

Jetant un clin d’œil amical et hommagé au meilleur Hitchock et, pourquoi pas, au De Palma des belles années, Finch tient sa promesse en continuant à prendre le cinéma comme un art de la suggestion, voire même de l’intuition. Car Gone Girl, dont le titre original ressemble beaucoup plus à celui d’une chanson, succombe à la tentation de mener le spectateur dans des sphères inconnues, dans son psyché, son intellect.

Les fantômes de Se7even et de Zodiac ne sont pas si éloignés. Ils se matérialisent tout le long du film comme si Gone Girl était une sorte de continuité, bousculant la narration, la déconstruisant malgré, justement, les apparences. Le récit, d’un rigueur vertigineuse, ouvre la porte à de multiples propositions. C’est dans ce domaine que Finch excelle. Comme au théâtre, la mise en situations semble être le noyau du film, la pièce de convition qui va déterminer si le pari est gagné.

Il y a aussi une direction d’acteurs. Solide, prenant intentionnellement ses distances avec le sujet et la caméra, Ben Affleck apporte à ce qui ressemble à de l’improvisation une mécanique du jeu habilement contrôlée. Chez lui, vulnérabilité et manipulation se conjuguent au même temps. Rosamund Pike, elle aussi, se permet une diversion, un personnage aux caractéristiques psychologiques multiples ; elle le situe dans une corporalité binaire, sensuelle et dangereuse, ange et démon.

Jeu de puzzle, jeu d’échecs, tout est jeu pour Finch, : le cinéma, la vie, les chemins de traverse, le vrai et le faux, l’imaginé et le réel. Tous ces ingrédients se joignent pour donner une finale déconcertante, vachement habile, posant un regard foudroyant sur les plateformes vulnérables de l’âme et de la conscience que le montage de Kirk Baxter (The Social Network, The Curious Case of Benjamin Button) vient admirablement combler.

Nul doute que Gone Girl va se retrouver aux Oscars et dans les listes des meilleurs films de l’année parmi les critiques spécialisés et les cinéphiles.

Sortie : Vendredi 3 octobre 2014
V.o. : anglais
V.f. – Les Apparences

Genre : Suspense | Origine : États-Unis – Année : 2014 – Durée : 2 h 29 – Réal. : David Fincher – Int. : Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Kim Dickens, Carrie Coon – Dist. / Contact : Fox | Horaires / Versions / Classement : Cineplex

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) (Mauvais) 1/2 (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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