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Le Militaire

11 mai 2014

JOURNAL DE COMBAT

Élie Castiel
CRITIQUE
★★★★

Du moins en apparence, le nouveau film de Noël Mitrani est un essai freudien sur l’abondon de soi, notamment sur le plan psychologique. Une sorte de délire incessant qui s’empare du (quasi) unique personnage du film pour ne plus le lâcher, sortant ses tentacules pour mieux le dominer, pour s’assurer qu’il n’a aucun contrôle sur sa vie. Bienvenue dans l’univers de l’étrange, un territoire troublant où la nature même du protagoniste est sublimée, justement en raison de sa différence. C’est un personnage cinématographique hors-norme et, dans le même temps, d’une puissance photogénique inégalée et paradoxalement charismatique face à la caméra.

Le cinéma d’auteur aime la différence. Pour les cinéphiles et les critiques, Le Militaire – après le très prometteur Sur les traces d’Igor Rizzi (2006) et le plutôt consensuel The Kate Logan Affair (2010) – est une surprise de taille qui permet au réalisateur d’entreprendre un nouveau virage, dangereux, certes, quitte à y laisser sa peau. Car dans Le Militaire, tout le film est un risque : risque de décevoir, d’aborder singulièrement un sujet atypique normalement privilégié par un certain cinéma de genre grand public, mais aussi risque de filmer en super 16 mm comme s’il s’agissait d’un acte de provocation face aux nouvelles plateformes de tournage. Inconsciemment ou pas, un geste politique qui se traduit par le refus total d’assimilation.

Mitrani craignait l’image granuleuse, imparfaite. À en juger par le résultat, on s’aperçoit qu’elle était nécessaire dans le sens qu’elle épouse parfaitement bien la nature du personnage de Bertrand. Justement, Bertrand, Français d’origine, a servi en Afghanistan – d’où les souvenirs qui reviennent souvent à la surface et qui permettent au directeur photo Bruno Philip d’inventer des plans magnifiquement élaborés, parfois nets, parfois tortueux, en dialogue respectueux avec le sujet filmé.

Texte complet : Séquences (nº 290, p. 35, suivi d’une entrevue avec Noël Mitrani et Laurent Lucas, pp. 36-38)

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