Entrevues

Yoshihiro Nishimura

21 juillet 2009

Rencontre avec un réalisateur déjanté

Olivier Bilodeau

Yoshihiro Nishimura est l’un des ces réalisateurs japonais d’une créativité débordante. Ses œuvres quoique sanglantes à l’extrême ne provoquent aucune terreur chez le spectateur. Au contraire, elles lui dilatent la rate au maximum. Devenu l’un des favoris du public de FanTasia l’an dernier avec la présentation de son désormais célèbre Tokyo Gore Police, il récidive cette année avec une comédie des plus détraquées et dégoulinantes d’hémoglobine au titre évocateur de Vampire Girl vs Frankenstein Girl. Séquences l’a rencontré.

Tout d’abord, pouvez-vous me dire comment êtes-vous devenu réalisateur? Qu’est-ce qui vous a amené à faire du cinéma?

Aussi longtemps que je me rappelle, j’ai toujours voulu être un réalisateur de films. Mais, c’est très difficile d’y parvenir et d’en faire son pain quotidien. Alors, je suis devenu spécialiste des effets spéciaux et du maquillage, ce qui me permet de gagner ma vie. Et je peux maintenant réaliser mes projets personnels, tout en travaillant sur ceux des autres comme auparavant.

Maintenant que vous êtes en mesure de réaliser vos projets personnels, pourquoi avoir choisi un genre si singulier que celui de l’humour entremêlé de gore?

Parce que personnellement je trouve très drôle toute cette exagération du sang qui coule à profusion. C’est tellement irréel que s’en est drôle.

Quand vous étiez plus jeune quel film vous a donné envie de devenir le réalisateur que vous êtes à ce jour?

Je ne sais pas mais c’est certain que lorsque j’étais enfant et que j’ai vu Frankenstein pour la première fois, les vis qui unissent les différentes parties du monstre ont été quelque chose qui a longuement trotté dans ma tête. C’est le genre de trucs qui a toujours occupé mes pensées dès mon plus jeune âge. J’aimais beaucoup et surtout les films avec des monstres, comme Frankenstein et Dracula, mais aussi toutes les autres créatures que le cinéma a créées au fil du temps.

Vos films font tout un tabac dans les différents festivals de genre internationaux, surtout ici à Montréal, mais ils ne jouiront jamais d’une sortie en salle. Chez-vous, au Japon, est-ce qu’ils connaissent un succès commercial?

Non. Par exemple Tokyo Gore Police a été présenté dans une seule salle de la capitale l’an passé. Ceci s’explique, comme c’est le cas ici, par le système de classification des films. Mes productions obtiennent toujours un classement pour adultes avertis ce qui en réduit sa clientèle, et du coup, son potentiel commercial.

Depuis Tokyo Gore Police qui vous a révélé au public montréalais, vous avez des fans fidèles. Est-ce que c’est aussi le cas dans votre pays?

Oui, j’ai des fans à la maison. À la différence, qu’ils ne sont pas aussi expressifs qu’ici. À Montréal, les gens crient et rient sans bon sens. Les Japonais sont plutôt réservés. Je crois que les deux types de publics apprécient autant le film l’un que l’autre mais vous êtes plus démonstratifs.

Est-ce qu’il vous a été donné de voir des réactions aussi énergiques dans d’autres pays?

Les Coréens ne sont peut être pas aussi bruyants mais ils réagissent aussi beaucoup à mes films. Mais souvent, ils viennent me voir après la projection et me disent qu’ils ont bien aimé mon film mais que jamais ils ne le montreraient à leurs parents.

Vous êtes vous-même père, est-ce que vous montrez vos films à vos enfants?

Oui mais ils ne les aiment pas. (rires)

Vous avez la réputation de faire vos films très rapidement. J’ai lu dans l’Internet que vous aviez tourné Tokyo Gore Police en seulement 2 semaines. Est-ce vraiment le cas?

Oui c’est vrai et c’est aussi le cas pour Vampire Girl vs Frankenstein Girl. Habituellement, la pré-production dure un mois, ensuite je tourne pendant deux semaines et je termine avec un autre mois de post-production.

C’est très rapide! Est-ce la norme au Japon?

Non. Je suis rapide et mes producteurs adorent ça! (rires)

Parlant de producteurs, à combien s’élèvent le budget de vos films?

Pour Vampire Girl vs Frankenstein Girl c’était 200 000$ et pour Tokyo Gore Police, un peu plus, soit 300 000$.

Lorsque vous réalisez, êtes-vous aussi en charge des effets spéciaux et du maquillage?

Oui, bien sûr! Je signe aussi le scénario et parfois je m’occupe de la direction photo.

Avez-vous déjà calculé la quantité de faux sang utilisée dans vos productions?

Oui, j’ai eu besoin de 4 tonnes pour Tokyo Gore Police et la moitié de cette quantité pour Vampire Girl vs Frankenstein Girl. Pour ce dernier c’est peu, je sais. Je voulais qu’il soit pour les enfants! (rires)

Quelle sera votre prochaine production?

Ce sera un road movie dans lequel des étudiantes du secondaire écraseront des zombies au volant d’une voiture. Il devrait être prêt pour la prochaine édition de FanTasia.

En terminant, voulez-vous dire un mot à vos fans montréalais?

Merci énormément pour votre enthousiasme envers mes films et vos réactions expressives lors des projections, c’est pour des gens comme vous que je veux faire des films et vous me motiver à le faire. Merci encore!

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