En salle à Montréal

Un grand voyage vers la nuit

5 septembre 2019

PRIMEUR
| Semaine 36 |
Du 6 au 12 septembre 2019
 

RÉSUMÉ SUCCINCT
Luo Hongwu revient à Kaili, sa ville natale, après s’être enfui pendant plusieurs années. Il se met à la recherche de la femme qu’il a aimée et jamais effacée de sa mémoire. Elle disait s’appeler Wan Qiwen.

< LE FILM de la semaine >
Élie Castiel

★★★★ 

LA FEMME RÊVÉE

Comme dans son premier long métrage, le contemplatif Kaili Blues (2015), retour à la même ville, résurgence des thèmes de l’errance, de la quête identitaire et de l’attrait de la femme. La nuit aussi, propice à l’imagination; et lorsque la pluie tombe, elle nettoie les sévices de l’âme, permet une abondante part aux choses de l’esprit et pour le personnage principal, nul doute alter ego du cinéaste, à peine la trentaine et atteint d’une envie vertigineuse de cinéma, un but à réaliser.

Véritable film d’auteur, Un grand voyage vers la nuit pullule d’effets cinématographiques qui ont à voir avec le recours aux références cinéphiliques (l’effet contemplatif d’un Theo Angelopoulos, le voyage intérieur d’un Nuri Bilge Ceylan… ). Une façon comme une autre de rappeler que tout en possédant une idée précise du médium, le jeune cinéaste n’en demeure pas moins respectueux aux maîtres qui ont marqué ses études et sa cinéphilie.

Ingénieusement, Bi Gan ne serait-il pas en train de nous dire que la femme rêvée de Luo (formidable Huang Jue) n’est après tout que « le cinéma », amant ou amante intransigeant(e), capricieux ou extravagante.

Le film est comme un rêve éveillé où les personnages ne cessent de se construire, de muter et de se reconstruire. Comme si le temps n’était qu’une illusion, quelque chose d’abstrait impossible à contrôler.

La musique stylisée de Lim Giong (comme dans Kaili Blues) sert d’appui à ce long périple de l’idéal. Constat appuyé par le montage de Qin Yanan (également de Kaili Blues), dont les choix ne sont pas dans la continuité narrative, linéaire, traditionnelle, mais plutôt volontairement prisonniers d’un univers surréaliste, hors du monde. Et pourtant, si on observe attentivement, des éléments illustrés à un moment sont repris ultérieurement, comme pour rappeler que l’expérience cinématographique est une épreuve émotionnelle du souvenir à laquelle le spectateur est convié à devenir complice.

Ingénieusement, Bi Gan ne serait-il pas en train de nous dire que la femme rêvée de Luo (formidable Huang Jue) n’est après tout que « le cinéma », amant ou amante intransigeant(e), capricieux ou extravagante.

Et une finale magistrale dont la narration tient autant de l’obsession que du geste provocateur, contorsion que doit exercer parfois le cinéma pour s’affirmer. Fluide, exigeant, cadré comme des tableaux nés de l’inconscient, Un grand voyage vers la nuit est d’une sensualité qui dépasse la sphère physiologique.

Qu’importe si on n’a pas tout saisi – Il s’agit d’une expérience purement cinématographique.

F I C H E
TECHNIQUE

Sortie
Vendredi 6 septembre 2019

Réal.
Bi Gan

Genre(s)
Drame

Origine(s)
Chine

France

Année : 2018 – Durée : 2 h 20

Langue(s)
V.o. : mandarin; s.-t.a. & s.-t.f.

Long Day’s Journey Into Night
Di qiu zui hou de ye wan

Dist. @
Acéphale
[ Kino Lorber ]

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cinéma du Parc
[ Cinémathèque québécoise ]
Cineplex

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.   Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

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