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L’Énéide

9 septembre 2019

 | SCÈNE |
Élie Castiel

★★★ ½

DES HOMMES ET DES DIEUX

Il y a d’abord le texte d’Olivier Kemeid, une écriture qui prend un énorme risque en adaptant un classique du Latin Virgile, L’Énéide, ce drame épique qui, à l’époque, tente de rivaliser en quelque sorte avec L’Iliade et L’Odyssée du célèbre Grec Homère.

Tentative ambitieuse de la part de Kemeid, issus de parents Égyptiens, ayant quitté leur pays au milieu du siècle dernier. Le thème de l’exil s’imposait de façon naturelle. Parler de migrants aujourd’hui est avant tout une aventure de l’esprit où les avis les plus divergents se bousculent continuellement. Comment rendre alors un texte aussi pur que l’original neutre tout en refusant la complaisance.

© Yannick Macdonald

Côté décor, le minimalisme de la tragédie grecque est suivi à la lettre; lieu dépouillé où les Hommes devenus Dieux, ou le contraire, deviennent les principaux éléments du drame (ou de la tragédie) qui se joue.

Le regard du spectateur ne porte que sur eux, ne manifestant aucune attention aux emplacements, aux espaces, car ces terrains où s’abrite une humanité en exil importe peu. Abris ou tentes de fortune, bordels de convenance où le plaisir ne se consomme sans doute pas, les attentes, les insupportable attentes, la faim, la soif, la mort qui guette et peut frapper à chaque instant.

Et pour Énée – très belle présence de Sasha Samar, quoique parfois trahi par la langue française – mais qui s’en sort habilement en fin de compte – la peine et la douleur d’avoir laissé son épouse se sacrifier pour un idéal, le rêve d’un éternel recommencement.

Le discours du père (comme toujours, parfait Igor Ovadis) sert de lien à ce drame épique sur l’exil, ses conséquences et plus que tout, le moyen de trouver un idéal de bonheur pour l’humanité. Dans son monologue incandescent, tragique, d’une humanité éclairée, le vétéran comédien arrive à faire de cette adaptation tout de même soigneusement convenable un beau moment de théâtre qui ouvre la nouvelle saison du Quat’ Sous avec bonheur.

Tout cela est bien beau, mais il y a la mise en scène, parfois perdue entre les codes établis de la tragédie et cette tendance à vouloir actualiser le propos. En s’en tenant essentiellement à la forme classique, nous aurions compris les métaphores qui s’adaptent à notre quotidien actuel. Il y a, de nos jours, une disposition de la part de certains metteurs en scène (qu’il s’agisse de théâtre, d’opéra, de la danse…) à rendre le propos traditionnel contemporain, comme s’il fallait s’identifier au présent immédiat.

Kameid propose un compromis en fusionnant les deux tendances; mais elles ne cessent de se confronter l’une à l’autre, provoquant parfois un certain déséquilibre, particulièrement émotif. Quelques effets de narration, comme le recours à une chanson de Dalida, quoique bien accueillie par le public et soyons honnêtes, bien interprétée pour la circonstance, n’avait pas sa place ici.

Le discours du père (comme toujours, parfait Igor Ovadis) sert de lien à ce drame épique sur l’exil, ses conséquences et plus que tout, le moyen de trouver un idéal de bonheur pour l’humanité. Dans son monologue incandescent, tragique, d’une humanité éclairée, le vétéran comédien arrive à faire de cette adaptation tout de même soigneusement convenable un beau moment de théâtre qui ouvre la nouvelle saison du Quat’ Sous avec bonheur.

© Yannick Macdonald

ÉQUIPE
DE CRÉATION
< DRAME >

Texte
Olivier Kemeid

Mise en scène
Olivier Kemeid

Assistance à la mise en scène
Stéphanie Capistran-Lalonde

Dramaturgie
Chloé Gagnon-Dion

Décors & Costumes
Romain Fabre

Éclairages
Julie Basse

Conception sonore
Larsen Lupin

Distribution
Étienne Lou, Anglesh Major
Igor Ovadis, Olivia Palacci
Marie-Ève Perron, Lux Proulx
Philippe Racine, Sasha Samar
Mounia Zahzam, Tatiana Zinga Botao

Durée
1 h 50

(Sans entracte)
Représentations
Jusqu’au 28 septembre 2019

Théâtre de Quat’ Sous

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.  Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

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