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Eugène Onéguine

16 septembre 2019

| ART LYRIQUE |
Élie Castiel

★★★★

Un début de saison retentissant

D’emblée, le décor s’impose avec un raffinement qui donne à l’âme bourgeoise russe de l’époque ses plus beaux atouts. Scène carrée, tel un livre d’images, et qui, par magie, s’ouvre comme des rideaux sur toute la largeur de l’espace en mouvements lents, presque sensuels, afin que le récit puisse enfin commencer. Et puis, une scène de la vie rurale à l’entrée de la maison d’un village, quelque part dans la Russie tsarine.

Une histoire d’amour non partagé, de regrets, une quête du rachat, de la prise de conscience (pour Onéguine) que le temps passe malheureusement et avec lui, la vie. Une fin dramatique comme dans plusieurs histoires d’amour. Trame narrative simple pour un opéra grandiose, parmi les grands favoris du répertoire classique.

Étienne Dupuis (Onéguine) et Nicole Car (Tatiana) – © Yves Renaud

Une musique, celle de Piotr Illytch Tchaïkovski, quasi classiquement expérimentale, jusqu’à en devenir romantique et proche parfois d’un Verdi à d’autres moments. Une œuvre lyriquement accomplie et nourrie du livret de Tchaïkovski et Chilovski, d’après le roman d’Alexandre Pouchkine. Des mots qui ont du sens, des messages sur les relations humaines, sur l’existence et sur la mort qui, par leurs profondes logiques, ramènent le spectateur à remettre en question son propre vécu.

Guillaume Tourniaire, le chef d’orchestre assume la portée d’une telle musique en plusieurs étapes mélodiques qui, comme par un tour de magie, s’enchevêtrent, se juxtaposent et finissent par en devenir une œuvre accomplie qui résiste gracieusement au temps.

Le couple Étienne Dupuis (Onéguine) / Nicole Car (Tatiana), le baryton et la soprano, un amour qui ne se réalisera pas dans le récit, mais qui alimente des liens partagés dans la vraie vie. Cette chimie des âmes se transmet sur scène et les applaudissements bien nourris des spectateurs finissent par émouvoir l’assistance (une salle remplie pour cette première inoubliable). Magnifique prestance de Stefania Toczyak, dans le rôle de Filipievna, la nourrice, il est important de le souligner.

… finalement, le temps que dure la représentation, nous voyageons dans des contrées affectives et idylliques qui finissent par nous charmer autant que la puissance de la partition musicale.

Voix, dans l’ensemble, agréables, même si la langue russe (à l’opéra) n’est pas aussi attrayante que l’italienne. Le récit et la musique dominent cependant. Nous sommes tous et toutes subjugé.es par cette histoire d’amour d’un autre siècle, par ces duels (indignes) d’une autre époque et, finalement, le temps que dure la représentation, nous voyageons dans des contrées affectives et idylliques qui finissent par nous charmer autant que la puissance de la partition musicale. L’Opéra de Montréal débute la saison 2019-2020 en grand.

ÉQUIPE
DE CRÉATION

< DRAME ROMANTIQUE EN TROIS ACTES >

Musique
Tchaïkovski
Livret
Tchaïkovski et Chilovski
d’après le roman d’Alexandre Pouchkine
Mise en scène
Tomer Zvulun
Assistance à la mise en scène
Stéphanie Havey
Chef d’orchestre
Guillaume Tourniaire
[ Orchestre Métropolitain
Chœur de l’Opéra de Montréal ]
Décors
Erhard Rom
Costumes
Isabella Bywater
Éclairages
Claude Accolas
Durée
3 h

(Incl. 2 entractes)
Représentations
Les 17 et 19 septembre / 19 h 30

Le 22 septembre / 14 h
Place des Arts
(Salle Wilfrid-Pelletier)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.  Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

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