En salle à Montréal

Downton Abbey

19 septembre 2019

Semaine 38
du 20 au 26 septembre 2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
En 1927, le roi et la reine annoncent leur visite à Downton Abbey. Dans la résidence, tous s’affairent aux préparatifs, certains avec enthousiasme, d’autres avec réticence. Une lutte de pouvoir se dessine entre le personnel de service des Crawley et les employés de la maison royale, qui veulent imposer leur contrôle durant le séjour des souverains.

< PRIMEUR >
Critique
ÉLIE CASTIEL

★★★★ 

Le charme (in)discret de l’aristocratie

Entre Michael Engler, largement habitué aux téléséries comme Sex and the City, Six Feet Under ou encore Downton Abbey, signe l’inédit The Chaperone (2018), un premier long métrage pour le cinéma qui reçoit néanmoins un accueil réservé. Son grand film, Downton Abbey, au casting British de rêve, des interprètes, dont la plupart on séjourné sur les planches et un texte de Julian Fellowes à la langue d’acier et aux nerfs solides.

Une série de one-liners, des phrases toutes faites, assassines, et dont les plus beaux fleurons émanent de la bouche d’une Maggie Smith impériale, portée tout le long par son personnage. Immobile, le bon geste, les mots qu’il faut pour arrêter ou poursuivre la conversation, de la présence.

Et entre elle et les spectateurs, une complicité indéniable. Car elle est de cette race de comédiennes en voie de disparition, pour qui l’art d’interprétation est une profession de foi, un sacrifice volontaire entre la vie réelle et celles qu’on s’invente au fil du temps.

Effectivement, Downton Abbey (le film) est une succession de dialogues parmi les membres d’une distribution volumineuse, des bourgeois de cette Abbaye d’une autre époque, une sorte de château hors du temps, avec ses codes de conduite, religieusement fidèle à la monarchie; ses us et coutumes. Mais aussi, le personnel de l’établissement.

Et dans ce brouhaha de problèmes superficiels comme qui sera le chef de cuisine pour recevoir les monarques ou quelle vaisselle devra-t-on utiliser, un traitre à la nation et un épisode gai en deux ou trois parties qui montrent l’hypocrisie d’un société qui ne jure que par le succès social, la colonisation des pays sous-développés. Nous sommes dans l’Angleterre des années 1920.

1927, très précisément. Les préparatifs pour recevoir le roi George V, qui passera une seule nuit avec la reine dans l’Abbaye, vont bon train, mais les « Époux de la Nation » ont décidé d’apporter leur propre personnel de maison. Le reste, c’est la comédie britannique d’époque à son meilleur.

Raffiné, noble, délicieusement drôle, anarchique selon les règles de la bienséance et d’un charisme époustouflant.

Lorsqu’au cours d’un dialogue entre deux homosexuels, l’un d’eux se demande si leur relation interdite ne le sera plus dans une cinquante d’années, nous prenons conscience que l’Angleterre et le reste de l’Europe commence, même si à pas de tortue, à changer. Aujourd’hui, en effet, les choses sont différentes, mais pas autant qu’on l’aurait voulu. Qu’il s’agisse de la société, de la politique ou des droits sociaux.

La mise en scène de Engler suit les codes du grand écran grâce à la fluidité de la caméra de Ben Smithard (plusieurs téléfilms et téléséries et, entre autres, Blinded by the Light, toujours en salle). Son objectif circule aux pas des membres du personnel (aux propres règles) et des résidents de ce château d’aristocrates, peu à peu, à mesure que le temps change l’Histoire, en voie de disparition. Mais aucun mutiné dans cet endroit. Chacun reconnaît sa place, d’où une harmonie de tous les instants.

Est-ce essentiel d’avoir vu la télésérie pour mieux apprécier le film? Aucunement. L’œuvre de Michael Engler suit harmonieusement chaque membre de l’équipage, ses souhaits, ses désirs, sa dévotion; et en même temps, les valeurs qui circulent autour de ces aristocratiens de métier qui n’ont pas encore pris conscience que l’Époque s’écroule. Sauf dans le cas des deux homosexuels qui doivent se défendre et trouvent des moyens astucieux pour se sortir de l’embarras. Leur stratégie est déjà le résultat d’une rébellion qui ne sait pas encore son nom.

Raffiné, noble, délicieusement drôle, anarchique selon les règles de la bienséance et d’un charisme époustouflant.

F I C H E
TECHNIQUE

Sortie
Vendredi 20 septembre 2019

Réal.
Michael Engler

Genre(s)
Drame d’époque

Origine(s)
Grande-Bretagne

Année : 2019 – Durée : 2 h 02

Langue(s)
V.o. : anglais / Version française

Downton Abbey

Dist. @
Universal Pictures

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cineplex

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.  Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

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