En salle à Montréal

Dogman

20 juin 2019

PRIMEUR
| Semaine 25 |
Du 21 au 27 juin 2019

 

RÉSUMÉ SUCCINCT
Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle.

< Le Film de la semaine >
Sophie Leclair-Tremblay

★★★★

LA PRISON DOMESTIQUE DES ÊTRES

Le cinéaste italien Matteo Garrone (Gomorrah, Reality) est de retour avec Dogman, long métrage qui présente le quotidien de Marcello (sublime interprétation de Marcello Fonte, prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes), un toiletteur pour chiens dans un quartier défavorisé se trouvant en banlieue de la ville de Naples. Marcello entretient de bonnes relations avec les gens de son quartier, est père d’une magnifique petite fille et semble passionné par son boulot. Si ce portrait est somme toute porteur d’une certaine utopie, le film ne tarde pas à s’affirmer comme un univers où règne la brutalité. Cette dernière fait son apparition par l’entremise de Simone (Edoardo Pesce), ami de Marcello: il s’agit d’un personnage qui intimide et brutalise le voisinage ainsi que Marcello lui-même. Le lien qui les unit prend en quelque sorte ses racines sur cette violence perpétrée par Simone, violence qui teinte leurs échanges n’ayant pour but que l’argent et la cocaïne.

Alors que l’emprise de Simone gangrène la réalité de Marcello, le spectateur constate la prison intérieure dans laquelle vit ce dernier. S’il possède une physionomie et un langage corporel qui témoignent d’un être victime de son environnement, le film fait ressortir quelque chose de beaucoup plus complexe chez lui.

Les chiens dont Marcello s’occupe s’imposent comme un symbole majeur dans les rapports sociaux de l’univers du film. C’est d’ailleurs l’une des très grandes forces du long métrage de Garrone: il s’agit d’un cinéma qui fait confiance aux subtilités des actions et des environnements qu’il crée, là où réside un dialogue contemplatif puissant.

Il s’agit d’un personnage riche qui résonne merveilleusement bien avec le milieu dans lequel il a été imaginé, ce qui confère une grande maîtrise au propos de l’œuvre. Marcello se voit dans l’obligation d’assister et de subir les crimes et autres méfaits commis par Simone, et il semble relativement en contrôle. Il est rare de le voir défaillir tant et aussi longtemps que son image de Dogman, tel qu’inscrit sur l’enseigne de son commerce de toilettage, reste intacte. Il veut conserver un rapport sain avec les commerces qui lui font office de voisinage mais s’embourbe dans un milieu qu’il regarde avec une certaine naïveté, entretenant une amitié dont il ne semble guère concevoir les bases malsaines malgré la violence brute dont il est témoin et victime. Et s’il comprend, il semble néanmoins toujours accepter d’emprunter les chemins où il n’y a rien à gagner et tout à perdre.

Les chiens dont Marcello s’occupe s’imposent comme un symbole majeur dans les rapports sociaux de l’univers du film. C’est d’ailleurs l’une des très grandes forces du long métrage de Garrone: il s’agit d’un cinéma qui fait confiance aux subtilités des actions et des environnements qu’il crée, là où réside un dialogue contemplatif puissant. Bien que fondamentalement différents, Marcello et Simone agissent comme des animaux désemparés, en proie à l’égarement, captifs de leur propre enveloppe humaine. Ils ont soif d’argent et semblent faire usage de cocaïne aussi souvent et avec autant de facilité qu’aller à la salle de bains, comme un besoin vital qui vivifie la noirceur dont leur existence est déjà fortement imprégnée. À défaut de pouvoir exister sans craindre de vagabonder à nouveau dans ce milieu régit par la violence et la peur, Marcello existe en Dogman, là où il peut prendre soin de ces animaux confinés auxquels il semble vouer le plus grand des attachements, Simone faisant en quelque sorte partie du lot.

FICHE TECHNIQUE
Sortie
Vendredi 21 juin 2019

Réal.
Matteo Garrone

Genre(s)
Drame

Origine(s)
Italie

France

Année : 2018 – Durée : 1 h 43

Langue(s)
V.o. : italien ; s.-t.a. & s.-t.f.

Dogman

Dist. @
Métropole Films

Classement
Interdit aux moins de 13 ans
[ Violence ]

En salle(s) @
Cinéma BeaubienCinéma du Parc
Cinéma du Musée Cinémathèque québécoise

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.  Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

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