En salle

Leto

16 mai 2019

| PRIMEUR |
Semaine 20
Du 17 au 23 mai 2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
Leningrad, un été du début des années 80. Tandis que les vinyles de Lou Reed et de Bowie s’échangent sous le manteau, une scène rock émerge en amont de la Perestroïka.

< CRITIQUE >
Jules Couturier
★★★★

LE ROCK SOUS EMPRISE

Le rock ’n roll est depuis toujours un véhicule de révolte et de liberté. Réaliser un film sur le rock amène son taux d’attentes liées à ses thèmes évocateurs. Mais lorsqu’on l’ancre dans un contexte historique de totalitarisme idéologique, l’expression des codes du genre se retrouve limitée. Ce point de vue permet une exploration intéressante du genre musical, de ce qu’il porte de rêve et, dans ce cas, de ce qui le contraint. C’est ce que Kirill Serebrennikov observe dans son cinquième long métrage, Leto, illustration d’un rêve de liberté confiné dans une prison idéologique.

D’entrée de jeu, on est entraîné dans le mouvement. La caméra en plan-séquence suit des jeunes filles s’introduisant illégalement par la fenêtre des toilettes d’une salle de concert. La conclusion de cette scène toute en action saisit quand on découvre que les audacieuses jeunes filles rejoignent des spectateurs qui sont tous assis, stoïques, comme interdits de mouvement, dûment surveillés par des agents de sécurité. Il y a un étonnant contraste entre le début et la fin de la séquence. Cette opposition entre folie et rigidité est au cœur de l’ensemble du film qui, par le contexte historique et politique dans lequel il est campé, ne prend jamais la voie habituelle du récit rock ‘n roll tel qu’attendu.

Avec ce précieux portrait de groupe, Kirill Serebrennikov nous fait découvrir une génération que l’Occident n’a pas pu connaître à sa juste mesure en raison du mur qui la confinait.

La forme du film elle-même évoque autant l’affranchissement que l’autorité. Dans sa manière de filmer, Serebrennikov appelle à de grands élans de liberté. Sa caméra toujours en mouvement est en concordance avec l’esprit qui habite les musiciens du groupe représenté.

Le noir et blanc des images est magnifié par une lumière solaire qui ajoute au sentiment de liberté et surtout d’espoir. Ce choix participe à créer une ambiance lyrique et nostalgique. Mais le noir et blanc témoigne aussi de la grisaille et de l’uniformité dans lesquelles baigne l’URSS à cette époque.

Si Viktor Tsoï, un des personnages phares du film, est une icône nationale pour une génération en Russie, sa notoriété internationale est beaucoup plus limitée que celle d’autres vedettes occidentales tel un Jim Morrison ou un David Bowie. Avec ce précieux portrait de groupe, Kirill Serebrennikov nous fait découvrir une génération que l’Occident n’a pas pu connaître à sa juste mesure en raison du mur qui la confinait.

« Meilleure trame sonore »
Festival de Cannes 2018

FICHE TECHNIQUE
Sortie
Vendredi 17 mai 2019

Réal.
Kirill Serebrennikov

Origine(s)
Russie

France

Année : 2018 – Durée : 2 h 08

Langue(s)
V.o. : russe / s.-t.a. & s.-t.f.

L’été
Summer

Genre(s)
Chronique musicale

Dist. @
MK2 / Mile End

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cinéma Moderne
Cinémathèque québécoise

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.   Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

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