Doris Day | 1922–2019

14 mai 2019

Pillow Talk / Confidences sur l’oreiller

< HOMMAGE >
Yves Laberge

LA FILLE D’À CÔTÉ

Plus qu’une simple actrice et chanteuse, Doris Day était une icône du cinéma populaire hollywoodien, emblématique de la femme « honnête », par opposition aux « mauvaises filles » de son temps comme Marilyn Monroe ou Jayne Mansfield. Ce fut son image durant toute sa carrière. En 1969, John Lennon mentionnait le nom de Doris Day à la suite d’une longue énumération de célébrités dans une chanson obscure des Beatles, Dig It (sur l’album Let It Be).

The Man Who Knew Too Much / L’homme qui en savait trop

Dès le début des années 1950, Doris Day (née Doris Kappelhoff) était une célébrité à la radio, sur le grand écran, et plus tard au petit écran. Elle tourne dans des comédies, des drames, des westerns. Son film le plus célèbre, maintes fois réédité en vidéocassette, sur DVD et en Blu-ray a été The Man Who Knew Too Much / L’homme qui en sait trop (1956) d’Alfred Hitchcock, avec James Stewart. Comme il l’expliquait dans ses célèbres entretiens avec François Truffaut, Hitchcock appréciait ces blondes au visage sage et refusait d’engager des actrices trop sensuelles. Pour Hitchcock, Doris Day s’inscrivait logiquement dans cette lignée de blondes, à la suite de Grace Kelly, et avant Eva Marie Saint ou Tippi Hedren.

Auparavant, Doris Day avait souvent joué ce personnage de la bonne épouse au foyer ou de la femme mariée menant une carrière honnête. Dans L’Homme qui en savait trop, sa prestation de mère de famille attentionnée reste également célèbre par sa performance sur tous les tons de Que Será, Será (Whatever Will Be, Will Be) », chanson qui sera reprise par plusieurs artistes et même par la chanteuse Mary Hopkin, sur l’étiquette Apple, en 1969. Ce double succès (au grand écran et sur disque) restera emblématique pour Doris Day. Les années 1950 auront été son âge d’or au cinéma; les années 1960 prouveront que Doris Day peine à s’adapter aux mutations que traverse Hollywood, notamment sur le plan de la morale dans les films. Le Code de décence adopté tacitement par les Majors, mieux connu sous le nom de « Code Hays », qui avait été mis en place en 1933, n’était plus appliqué à la lettre au milieu des années 1960. Mais la transition se fera progressivement.

That Touch of Mink / Un soupçon de vison

Comme c’est souvent le cas à Hollywood, Doris Day tourne dans des longs métrages populaires, très rentables et très publicisés; mais en les revoyant sur DVD, on constate que la plupart étaient plutôt conventionnels et dignes des films de fin de soirée que l’on programmait à la télévision. Sur le lot, retenons : That Touch of Mink / Un soupçon de vison (1962) de Delbert Mann, ou encore Billy Rose’s Jumbo / La plus belle fille du monde (1962), de Charles Walters. C’est aussi Doris Day qui sera choisie pour interpréter le rôle principal de Move Over, Darling / Pousse-toi, chérie (1963) de Michael Gordon. À l’origine, une autre version de ce film avait d’abord été tournée par George Cukor avec une Marilyn Monroe au sommet de sa beauté, mais le tournage de Something’s Got to Give (1962) avait été retardé pour de multiples raisons et n’a jamais été complété, en raison du décès de Marilyn; une version remontée et inachevée est ressortie en DVD sous le titre Marilyn, The Last Days / Marilyn, les derniers jours. Il faut comparer ce qu’il reste de ces deux versions de cette « comédie de remariage » pour constater le contraste frappant pouvant exister entre ces deux actrices, qui pourtant avaient presque le même âge. L’une était éclatante de sensualité et l’autre plutôt fade.

Pour un historien du cinéma, il est révélateur de suivre non seulement les rôles tenus par un acteur ou une actrice, mais aussi les propositions rejetées, souvent parce qu’elles ne correspondaient pas à leur image (ou à l’image que ceux-ci voulaient donner).

Ainsi, Doris Day admit avoir refusé de jouer le personnage de Mrs. Robinson, une épouse infidèle, dans The Graduate / Le lauréat (1967), de Mike Nichols; ce rôle inoubliable a ensuite été attribué à Anne Bancroft.

Dès l’époque du 78 tours, Doris Day enregistra près d’un nouveau disque par an dans une grande variété de styles, souvent accompagnée d’un grand orchestre : chanson populaire, jazz, middle-of-the-road. Un peu malgré elle, Doris Day reste à l’image d’une certaine Amérique voulant montrer la droiture, la moralité, la rectitude, l’exemplarité. C’est le souvenir qu’elle nous laisse.

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