En salle à Montréal

Sir

18 avril 2019

Semaine 16
Du 19 au 25 avril 2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
Le jour de son mariage, Ashwin rentre chez lui plus tôt que prévu. Tout l’entourage est surpris d’apprendre que le riche homme d’affaires de Mumbai a décidé d’annuler sa propre noce. Ratja, sa domestique assignée à résidence, met tout en œuvre pour rendre son quotidien douillet et rassurant. Des liens d’amitié se tissent entre eux.

Primeur
|CRITIQUE |
Élie Castiel

★★★★

LA SERVANTE ÉCARLATE

L’originalité de ce premier long métrage de fiction est de constater que la cinéaste puise aux sources du cinéma bollywoodien des dernières années pour en tirer un film d’auteur exigeant magnifiquement illustré par la simplicité de la mise en scène et sa durée hors norme pour un film indien. Si l’Inde a connu ces dernières décennies un accroissement de la classe moyenne, celle-ci pouvant acquérir les privilèges de leur semblable occidentale, du moins en partie, les castes sociales continuent de dominer un pays enfermé dans ses codes religieux.

Rohena Gera ose parler de la chose (ou des choses) avec aplomb, sensibilité, ne passant pas par quatre chemins. Montrer un homme d’une classe dominante, ayant vécu une partie de sa vie à l’étranger et soucieux de justice sociale est un véritable acte de résistance. Aussi ne montre-t-elle pas que « la femme » de cette même classe est elle-même coupable d’injustice entre les niveaux sociaux d’une culture millénaire ? Et la servante, fière d’elle-même, rêvant d’une carrière dans la couture, ose briser comme par magie le tabou.

L’originalité de ce premier long métrage de fiction est de
constater que la cinéaste puise aux sources du cinéma
bollywoodien des dernières années pour en tirer un film
d’auteur exigeant magnifiquement illustré par la simplicité de
la mise en scène et sa durée hors norme pour un film indien.

Contrairement aux films bollywoodiens, l’héroïne n’est pratiquement pas maquillée, à peine quelques traits de pinceau. Elle entre dans la vie de son employeur comme si elle sortait d’une bouée de sauvetage qu’il serait prêt à épargner. C’est l’un des grands attraits de ce film touchant et attendrissant.

Autant les extérieurs que les intérieurs ressemblent à des huis clos cinématographiques qui relient les personnages à leurs intentions. Les portes ne cessent de s’ouvrir et de se fermer, comme si les extérieurs et les intérieurs devenaient des menaces, selon où l’on se trouve. Et la caméra est alerte, bougeant constamment, parfois à l’épaule, une façon de mener une enquête sur la condition sociale d’un lieu particulier. Ces espaces intimes servent de laboratoire expérimental à Gera pour l’élaboration d’un portrait limpide et critique de sa société.

Et entre Tillotama Shome (Le mariage des moissons / Monsoon Wedding, de Mira Nair), la servante, et Vivek Gomber (dans le très remarqué Court / Instance, de Chaitanya Tamhane), le maître, un sentiment amoureux qui se bâtit à travers le temps, non pas par l’attrait nécessairement physique, mais plus que tout par un comportement, autant d’un côté que de l’autre, sensible aux choses de la vie et plus que tout au charisme imbattable de la dignité.

FICHE TECHNIQUE

Sortie
Vendredi 19 avril 2019

Réal.
Rohena Gera

Origine(s)
Inde / France

Année : 2017 – Durée : 1 h 39

Genre(s)
Drame sentimental

Langue(s)
V.o. : hindi / s.-t.a.
Monsieur

Dist. @
Eye Steel Films

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cineplex

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.  Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

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