En salle à Montréal

Grâce à Dieu

4 avril 2019

Semaine 14
Du 5 au 11 avril 2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre.

 PRIMEUR
| LE FILM DE LA SEMAINE |
A
nne-Christine Loranger

★★★ ½

GRÂCE AUX HOMMES

La première image de Grâce à Dieu nous montre le cardinal Philippe Barbarin élevant solennellement le Saint-Sacrement au-dessus de la ville de Lyon, depuis le balcon de la basilique qui surplombe l’immense vallée du Rhône. Cette seule image montre l’importance du personnage, l’un des plus hauts gradés de l’Église, archevêque de Lyon et primat des Gaules auprès du Vatican. Face à lui, face à cette immense et puissante organisation qui le soutient, que peuvent de simples hommes, anciennes victimes d’un prêtre pédophile? Même s’ils ont souffert, même si leur vie a été brisée, que peuvent-ils faire, sauf de parler?

C’est leur histoire, celle de leur cheminement et de la naissance de leur organisation La parole libérée que narre sobrement Ozon, au sein d’une trajectoire linéaire qui passe d’une victime à l’autre, sans fla-fla. Rien que de l’utile dans ce film qui tente de restituer la détermination qui habite ces hommes, leur confusion face aux réactions de l’Église et la résistance passive de cette dernière à accuser les siens. « Nous sommes confrontés à des faits anciens et grâce à Dieu, tous ces faits sont prescrits » dira le Cardinal Barbarin en conférence de presse, avant de se faire renvoyer la violence de ses paroles en pleine figure par les journalistes.

Le spectateur rencontre d’abord Alexandre (Melvil Poupaud), un homme solide, catholique pratiquant et père de cinq garçons qui, horrifié, retrouve le prêtre qui l’a abusé pendant des années célébrant la messe à Lyon. Ozon, de façon quasi documentaire, suit Alexandre dans ses démarches, de ses premières lettres aux autorités du clergé de Lyon jusqu’à ses rencontres avec le Cardinal Barbarin (François Marthouret) et jusqu’à celle avec le père Bernard Preynat (Bernard Verley), son ancien abuseur. C’est Alexandre qui, le premier, portera plainte. On passe ensuite à François (Denis Ménochet) qui, ayant entendu parler de la plainte d’Alexandre, portera plainte à son tour et créera l’association La Parole libérée, en vue de rechercher des victimes se trouvant encore à l’intérieur des vingt ans de prescription, chose nécessaire pour mettre en marche le système judiciaire.

L’intérêt du film réside non seulement dans le récit mais dans la façon dont Ozon la met en scène, suivant ses protagonistes pas à pas, de façon délibérément retenue, dépouillée, pudique.

Ce qui amène l’apparition de nombreux hommes dont Emmanuel (Swann Arlaud), homme perdu au milieu de sa vie, incapable de garder un travail ou une relation à long terme. Les abus dont il a été victime ne sont pas encore prescrits. Grâce à lui et à d’autres, le processus judiciaire s’enclenche. On en observe les conséquences depuis janvier 2019, alors que les têtes ont commencé à tomber, dont celle du Cardinal Barbarin.

L’intérêt du film réside non seulement dans le récit mais dans la façon dont Ozon la met en scène, suivant ses protagonistes pas à pas, de façon délibérément retenue, dépouillée, pudique. Les attouchements sexuels de Preynat sont décrits, mais les épisodes eux-mêmes sont montrés avec discrétion. On suggère et c’est assez. À travers chacun de ces hommes, le degré de dommage varie, le cercle familial réagit, positivement ou négativement et la parole, à petits coups, libère des émotions trop longtemps contenues. L’art de tourner ce film est aussi celui de poser les bonnes questions, ce que fait le cinéaste, du début à la fin.

De tous les films de François Ozon, Grâce à Dieu est sans doute le moins caractéristique de son style joyeusement satirique. Mais c’est, d’un point de vue humain, peut-être le plus important.

FICHE TECHNIQUE

Sortie
Vendredi 5 avril 2019

Réal.
François Ozon

Origine(s)
France
Belgique

Année : 2018 – Durée : 2 h 18

Genre(s)
Drame

Langue(s)
V.o. : français, hindi / s.-t.a.
By the Grace of God

Dist. @
MK2 / Mile End

Classement
Tous publics

Info. @
Cinéma Beaubien
Cineplex

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.   Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

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