En salle

Ca$h Nexu$

21 mars 2019

| PRIMEUR |
Semaine 12
Du 22 au 28 mars 2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
Jimmy est coincé dans le cercle vicieux de la dépendance et de l’itinérance. Abandonné par sa mère alors qu’il était enfant, il tente d’apaiser sa profonde souffrance avec les drogues dures. Son existence marginale frustre son frère aîné Nathan, un chirurgien qui vit lui-même des problèmes émotifs avec sa conjointe Juliette.

LE FILM
DE LA SEMAINE
| Sophie Leclair-Tremblay |

★★ ½

NAUFRAGE DE L’ÂME

Ca$h Nexu$, le septième long métrage de François Delisle, nous présente Jimmy (Alexandre Castonguay), un homme accro aux drogues dures vivant dans la rue, sans le sou. Il a une petite amie se trouvant dans la même galère que lui et qui se prostitue afin de leur procurer un peu d’argent. Le film nous présente également le frère de Jimmy, Nathan (François Papineau), chirurgien marié, réalité diamétralement opposée à celle de Jimmy. Le destin les amènent à se croiser et à plonger dans les tourments qui habitent leur famille dysfonctionnelle, père et mère faisant partie du lot. Jimmy est en constante dérive, une seringue plantée dans le bras, et court désespérément après l’argent qui financera sa prochaine consommation. Il est prisonnier de la rue, prisonnier de ses dettes, prisonnier de ses dépendances. L’inscription sur ses mains, ‘’drop dead’’, semble bien décrire ce qui pourrait survenir à chaque instant, et le personnage vit constamment dans cette fatalité. Il voit sa mère lorsqu’il plane, et le langage non-verbal de Jimmy semble différent lorsqu’il discute avec elle. Elle semble faire ressortir autre chose de lui que l’inscription fatidique qu’il porte sur les doigts. Lorsque Jimmy revoit Nathan ainsi que leur père, les contours d’un éventuel affrontement familial se dessinent déjà.

Le film a le mérite de compter sur une solide performance d’acteurs, ce qui ne nuit pas à l’immersion et à la violence que peut avoir le récit sur le spectateur : on réussit, temporairement du moins, à camoufler les tournures un peu faciles que prend parfois le film. Mais en décortiquant la chose, est-ce vraiment suffisant? Les représentations du mal-être des personnages se succèdent, mais les motifs sont éparses et le film s’y perd de fil en aiguille. Les divers univers des personnages fascinent mais le récit manque de cohésion, ce qui résulte en un ensemble au cheminement narratif passablement abîmé, et le découpage en chapitres n’aide en rien. Ces chapitres sous-entendent les étapes que traversent la famille, mais le long-métrage a de la difficulté à raconter quelque chose de moindrement constant. Le secret lié à leur mère semble prédominant, mais étrangement dilué par la représentation individuelle et profondément différente du mal-être de ses deux fils.

La place des personnages gravitant autour de ces deniers est également à questionner, la copine toxicomane de Jimmy ayant une présence somme toute superflue, alors que nous ne la voyons que brièvement vivre des moments tragiques, et la femme de Nathan, Juliette (Evelyne Brochu) s’avérant être un personnage plus ou moins intéressant, approfondi essentiellement par son désir de s’éloigner de Nathan et par sa compassion à l’égard de Jimmy. Tous ces tourments peuvent être rattachés, mais l’incohérence dans le traitement des liens et des atmosphères démontre une grande faiblesse dans la maîtrise du film.

En revanche, la force du film de Delisle réside en son intensité. Prenant et déstabilisant, il ne manque pas de faire voyager au coeur du tourment des protagonistes. Mais si le film est habile à exprimer leur puissante dérive, il se tire dans le pied en tentant de marier réalisme et surréalisme. Les personnages semblent tous emprunter un chemin de perdition, et rien, ni la musique lugubre, ni la brume qui parsème les plans du Pont Jacques-Cartier n’arrive à enrichir cette représentation du péril. Au contraire, ces éléments esthétiques viennent dénaturer toute forme de réalisme social que Ca$h Nexu$ tente indéniablement d’illustrer.

Le film a le mérite de compter sur une solide performance d’acteurs, ce qui ne nuit pas à l’immersion et à la violence que peut avoir le récit sur le spectateur : on réussit, temporairement du moins, à camoufler les tournures un peu faciles que prend parfois le film.

FICHE TECHNIQUE

Sortie
Vendredi 22 mars 2019

Réal.
François Delisle

Origine(s)
Québec [ Canada ]

Année : 2019 – Durée : 2 h 15

Genre(s)
Drame

Langue(s)
V.o. : français et anglais / s.-t.f.
Ca$h Nexu$

Dist. @
Fragments Distribution

Classement
Interdit aux moins de 16 ans

Info. @
Cinéma Beaubien
Cinémathèque québécoise

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.   Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

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