En salle à Montréal

Climax

28 février 2019

| PRIMEUR |
Semaine 09
Du 1er au 7 mars 2019

RÉSUMÉ SUCCINCT
Une vingtaine de danseurs sont réunis dans un bâtiment isolé pour une soirée festive organisée par Emmanuelle, la chorégraphe de la troupe. Les corps se déhanchent, les langues se délient, le désir monte et la sangria coule à flots.

LE FILM
DE LA SEMAINE
| Sophie Leclair-Tremblay |

★★★

CHORÉGRAPHIE DU CHAOS

Après quatre longs métrages ayant beaucoup fait parler d’eux, le sulfureux cinéaste Gaspar Noé est de retour avec son cinquième, Climax. Nous plongeons au coeur de la réunion d’une troupe de danseurs et danseuses pratiquant leur majestueux numéro de danse dans une maison, en plein hiver. Alors que le groupe commence à faire la fête, l’atmosphère de joie artificielle de cette débauche anodine se teinte graduellement de peur et d’incompréhension, avant de basculer vers la perte de contrôle absolue, tous sous l’effet d’une substance illicite. Ces individus n’ont plus de structure ni de repères : ils se détruisent sous nos yeux, perdus en eux-mêmes comme si leur réalité était devenue un labyrinthe sans issue. Le climat s’intensifie jusqu’à devenir décadent, les corps et les esprits prisonniers de cette danse tordue, cette chorégraphie du chaos.

Même si le film renverse tout sur son passage, il ne peut se délier de la superficialité intrinsèque de la proposition, ce qui replace Climax dans l’éternel paradoxe du cinéma de Noé, encore une fois, prenant un réel plaisir à offrir un cinéma provocateur, fort de sa capacité à faire ressentir, tout en manquant de profondeur.

Le langage cinématographique de Gaspar Noé laisse davantage de place au plaisir que semble avoir le réalisateur à illustrer la décadence avec les procédés qui lui sont familiers, notamment ces longues séquences où le cadrage est inversé. Si ces techniques viennent nourrir l’univers d’une œuvre comme Irréversible, on ne peut en dire autant de son dernier opus. Même si renversante par moments (que dire du plan-séquence de la chorégraphie de danse qui fait office de première partie), la réalisation de Climax tombe dans de trop longues séquences où l’envers du cadrage ou autres sophistications filmiques ne viennent appuyer que le désir que semble avoir Noé de vouloir sans cesse en rajouter. Tout est chamboulé, tout est chaotique, les limites n’existent plus, et il ne recule devant rien pour appuyer cette idée.

Même si le film renverse tout sur son passage, il ne peut se délier de la superficialité intrinsèque de la proposition, ce qui replace Climax dans l’éternel paradoxe du cinéma de Noé, encore une fois, prenant un réel plaisir à offrir un cinéma provocateur, fort de sa capacité à faire ressentir, tout en manquant de profondeur. Le film qu’il propose ici est une expérience sensorielle hors du commun : elle déstabilise, répond à ce désir, pour certains, de quitter la salle de cinéma. Mais quelle pertinence ont ces séquelles? N’a-t-on pas l’impression d’avoir été puissamment tourmenté par l’expérience d’un cinéma dépourvu de matière? Le 7e art peut également exister sous ces traits, d’où le paradoxe. C’est un risque que Gaspar Noé semble joyeusement prendre, quitte à perdre les cinéphiles trouvant les richesses scénaristiques de certains de ses films précédents (Seul contre tous, Irréversible) indissociables de ce que représente son univers.

Vif et obsédant, Climax reste néanmoins une expérience percutante et incontournable. La construction narrative du film est une réussite totale, notamment dans l’exubérance de la première partie, chorégraphie de danse magistrale qui, en quelque sorte, annonce une suite surprenante, même si trop appuyée et excessive. Pour les danseurs comme pour les spectateurs, plus rien n’existe : l’avenir à court terme ne porte qu’un seul visage, et c’est celui du spectacle qui nous est offert, celui qui nous prépare à la suite des choses. La deuxième partie est inévitable; il faudrait un effort surhumain pour ne pas plonger dans le chaos après y avoir été préparé de façon aussi lancinante.

FICHE TECHNIQUE

Sortie
Vendredi 1er mars 2019

Réal.
GASPAR NOÉ

Origine(s)
France
Belgique
États-Unis

Année : 2018 – Durée : 1 h 37

Genre(s)
Drame expérimental

Langue(s)
V.o. : français ; s.-t.a.
Climax

Dist. @
A-Z Films


Classement
Interdit aux moins de 16 ans
[ Violence / Érotisme ]

Info. @
Cinéma Beaubien
Cinéma du Musée
Cinéma du Parc

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel.  ★★★★ Très Bon.  ★★★ Bon.
★★ Moyen.   Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

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