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Birthmark

5 novembre 2018

CRITIQUE
| SCÈNE |

Élie Castiel

★★★ ½

TENSIONS

Le texte de Stephen Orlov est courageux, d’une certaine façon à la limite du tabou, abordant un sujet on ne peut plus sensible. Montréal contemporain : deux familles, l’une Palestinienne de confession musulmane, l’autre Juive. Jamila, mère d’une jeune femme, a quitté sa terre natale pour s’installer au Canada, et plus précisément à Montréal. David Stein est lui aussi Montréalais, veuf, et son fils veut s’installer en Israël dans une des colonies juives. Mais…

Dalia Charafeddine et Natalie Tannous / © Jaclyn Turner

La première impression que donne Birthmark est sa tendance à maintenir le spectateur en haleine dans ce récit sur l’identité, la dépossession, la survivance, les obstacles à pouvoir s’entendre, les raisons qui peuvent pousser un individu à commettre tel ou tel acte ou prendre des décisions irréversibles, mais c’est surtout un essai théâtral sur les origines.

Il y a une mise en scène commune, celle de Liz Valdez et de Michelle Soicher, tout à fait à l’aise devant un texte qui ne cesse d’interroger nos identités. D’un échange à l’autre, d’une situation grave à un apaisement, les deux metteures en scène procèdent par mouvements alternés, utilisant la petite scène du Mai (Montréal, arts interculturels) comme d’un laboratoire pour expérimenter sur l’art de la représentation.

Réviser le sionisme? L’appeler autrement? Convaincre le Hamas qu’ils font erreur? Démystifier le conflit? Ne peut pas prendre les mots des médias comme des paroles d’Évangile? Assumer sa judaïcité avec un nouveau regard sur la réalité? Idem pour les Palestiniens. Autant de questions que pose Orlov en proposant un texte lumineux. Message de paix? Tout à fait. Approche pédagogique? Également, car les symboles ne suffisent plus.

Le texte de Stephen Orlov est courageux, d’une certaine façon
à la limite du tabou, abordant un sujet on ne peut plus sensible.

Elles y arrivent grâce également à des comédiens investis, dont l’incomparable Natalie Tannous dans le rôle de Jamila, sorte de mère courage qui doit choisir entre la vérité, le mensonge et l’inévitable. Bon travail de la part de Patrick Keeler (Nelson), dont la surprise finale l’oblige à réorienter son personnage. Il s’en tire agréablement bien. Il y aussi Howard Rosenstein (David, le père), oscillant entre modernité et tradition. Son jeu semble parfois hâtif, graduel, mais connaît bien l’espace scénique. Stephen Spreekmester (le rabbin) aurait gagné à être moins caricatural et Dalia Charafeddine (Karima), dont c’est ici sa première prestation sur scène, choisit la carte du jeu naturel comme si la scène était un terrain de vie.

On aime les décors qui évoquent le déchirement entre les deux peuples; le bois domine, ainsi que de grands murs en canevas disloqués par le temps. Beau symbole d’un conflit qui s’éternise et que Birthmark n’a pas l’intention de résoudre. En parler, c’est déjà quelque chose.

Howard Rosenstein et Patrick Keeler / © Jaclyn Turner

 

Texte
Stephen Orlov

Mise en scène
Liz Valdez
Michelle Soicher

Directeur de production
Michael Tonus

Éclairages
Eric Mongerson

Son
Rehan Lalali

Musique oud / instrumentation
Rami Kayello

Distribution
Howard Rosenstein, Natalie Tannous
Stephen Spreekmester, Patrick Keeler
Dalia Charafeddine

Production
Teesri Dunya Theatre

Durée
1 h 30 (sans entracte)

Représentations
Jusqu’au 18 novembre 2018
@
Mai
[Montréal, arts interculturels]

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

 

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