En salle à Montréal

1999

18 octobre 2018

| PRIMEUR |
Semaine 42
Du 19 au 25 octobre 2018

SYNOPSIS SUCCINCT
En 1999, une vague de suicides secoue les élèves et le personnel de l’école secondaire Mathieu-Martin située à Dieppe, au Nouveau-Brunswick. Seize ans plus tard, la cinéaste Samara Grace Chadwick, qui s’est établie à Montréal, retourne, émue, dans la ville de banlieue où elle a grandi pour rencontrer les gens qui ont vécu en première ligne, à ses côtés, ces événements traumatiques.

LE FILM DE LA SEMAINE
| Élie Castiel |

★★★★

DE LA VIE DES MORTS

Il y a, dans 1999, premier long métrage documentaire de l’acadienne Samara Grace Chadwick, une sorte de douce magie qui se transmet de plan en plan, de parole en parole. La voie de l’expérimental respire, alimente le propos, de surcroît, le thème du deuil, pour en faire une sorte de confession laïque sur la vie et la mort.

Se souvenir intimement de pareils moments, ces suicides qui ressemblent à une punition des Dieux, ce constat nécessite un recul difficile à gérer. C’est ainsi que 1999, année fatidique pour les élèves de la polyvalente Mathieu-Martin à Dieppe, au Nouveau-Brunswick n’est pas comme les autres.

Aujourd’hui, avoir le double de l’âge qu’on avait à l’époque, c’est se souvenir de moments fragiles, de ces instants où des vies ont cessé d’être. L’envie de se suicider. Pour quelles raisons ? Pour prouver quoi ? Ces questionnements, Chadwick les pose en filigrane comme si le cinéma n’avait pas autant de pouvoir pour y répondre. Les images en mouvement ne peuvent rien. Elles servent à illustrer comme on feuillette un album de famille ou un journal intime illustré.

D’où ces effets visuels vagues, délabrées, flous, apparaissant parfois comme des fantômes qui tentent de se glisser dans la réalité. Noble intention de la part d’une nouvelle cinéaste, d’une nouvelle voix qui propose quelque chose d’inusité qui a rapport à l’imagination et propose de nouvelles pistes narratives.

Pour Chadwick, c’est aussi la revendication d’une langue
originelle, apprise depuis les premiers soubresauts de la parole.
Politique ? Peut-être bien que si. Revendicatrice ? Tout à fait. Mais
également porteuse d’un mélange de voyelles et de consonnes
anglo-françaises prononcées avec l’inflexion du cœur.

Le gros plan s’impose, non pas comme effet de style, mais pour marquer le moment, et plus encore, l’affliction qui peut renaître des années plus tard, après ces tristes épisodes. Voilà le genre de document qui reste gravé dans notre mémoire et nous aide, ne serait-ce que partiellement, à voir la vie d’une autre façon.

Si le film ne vous apprend rien, il vaut mieux rester chez soi à ne rien faire. Un film canadien qui assume la langue chiac (ou chiacque), un mélange d’anglais et de français qu’on arrive quand même à saisir. Doux, parfumé, singulier.

Pour Chadwick, c’est aussi la revendication d’une langue originelle, apprise depuis les premiers soubresauts de la parole. Politique ? Peut-être bien que oui. Revendicatrice ? Tout à fait. Mais également porteuse d’un mélange de voyelles et de consonnes anglo-françaises prononcées avec l’inflexion du cœur.

Entre la métaphore et le réel, 1999 construit un univers à part où l’émotion et le souvenir règnent suprême, annonçant pour ainsi dire un 21e siècles où tout est à refaire.

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Sortie
Vendredi 19 octobre 2018

V.o.
anglais, français, chiacque; s.-t.f.
1999


Réal.
Samara Grave Chadwick

Genre
Essai documentaire

Origine
Canada

Année : 2018 – Durée : 1 h 34

Dist.
ONF

Horaires & info. @
Cinémathèque québécoise

Classement
Tous publics

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul
½ [Entre-deux-cotes]

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