Fantasia 2018 – VI

30 juillet 2018

LA JOURNÉE DES MORTS-VIVANTS
Membre assidu du public depuis les débuts, Yves Gendron continue sa ronde fantasienne avec deux morceaux de choix, en accord (ou presque) avec son répertoire dans le cinéma de genre.

THE DARK
★★★

Fin de l’enfance dans la forêt maudite

Dans une forêt isolée, une morte-vivante encore adolescente découvre un jeune garçon gravement mutilé aux yeux et totalement traumatisé. D’étranges liens vont se nouer entre les deux êtres meurtris.

Malgré la violence graphique et le caractère morbide du récit, The Dark s’avère à la base un conte allégorique moderne. Cela explique la manière inconsistante avec laquelle la morte vivante est dépeinte et dont la condition n’est d’ailleurs jamais expliquée. La trame narrative consiste la plupart du temps en une succession de très longues scènes suivant de près   par un ou deux personnages qui débouchent souvent par une mise à mort sanglante.

Tout est filmé avec un grand sens de l’ambiance par une caméra très mobile. Premier film de Justin P. Lange qui adapte un court métrage de sa création, The Dark démontre autant une très bonne maîtrise formelle qu’une forme de poésie macabre insolite. Tournée dans son ensemble dans une forêt, l’attrait du film repose sur son atmosphère de morbidité mélancolique et sa façon la fois lugubre et sensible de dépeindre deux jeunes ados défigurés par Nadia Alexander et Toby Nicols. Excellents acteurs, ceux-ci parviennent à exprimer toutes les douleurs intérieures de leurs personnages même s’ils ont le visage couvert de maquillage prosthétique. Le film repose presque totalement sur leurs prestations.

Cela dit, avec son récit lent et posé et ces tenants et aboutissants qui se devinent bien vite, j’ai eu peu d’intérêt pour The Dark tout en reconnaissant ces qualités. À vrai dire, j’avais hâte qu’il se termine. Ce n’est vraiment pas un film pour les amateurs de gore et de sensations fortes. Toutefois, un spectateur dans le bon état d’esprit pourrait, lui, être captivé par ce conte onirique ténébreux et original.

 

ANNA AND THE APOCALYPSE
★★★★

Chantons dans le gore

 Collégienne dégourdie et indépendante, Ella se trouve prise en plein milieu d’une épidémie zombie. Avec quelques amis rescapés, elle fera tout pour chercher à rejoindre son père prisonnier d’une école assiégée.

Difficile d’imaginer deux genres plus contraires l’un de l’autre que le film d’horreur gore et la comédie musicale. Tous deux, chacun à leur façon, font dans le spectacle exubérant mais à part cela ils n’ont pas grand-chose en commun, ni pour l’esprit, ni pour le type de public visé. De prime abord, l’idée de transformer un film de zombies en une comédie musicale pour ado (genre télésérie Glee) semble assez inusitée, voire même bizarre. Le défi a pourtant été relevé avec un brio dans Anna and The Apocalypse.

Avec ce film on retrouve toutes les qualités attendues du genre musical mais dans le contexte d’un récit zombie. Des acteurs charismatiques pouvant jouer, danser et chanter avec abandon. Des numéros de danses énergiques sont adroitement mis en scène. Des mélodies variées et entraînantes qui mettent en valeur les pensées intimes ou l’état d’esprit trouble des personnages. Finalement, s’intègre allègrement un dosage équilibré de comédie, de drame, d’horreur et de musique.

Malgré de nombreux gags burlesques et le jeu caricatural de quelques personnages, le film ne fait pas dans la parodie kitch (comme le cultissime The Rocky Horror Picture Show). Le danger zombie est bien réel avec la violence gore conséquente. On s’émeut des situations critiques dans lesquels se trouvent les protagonistes et on a le cœur brisé lorsqu’un malheur funeste tombe sur l’un d’eux. Détail intéressant, aucun des zombies ne participe aux numéros de chants et de danses.

Malgré l’interruption fréquente du récit due ces inserts musicaux, la continuité narrative et dramatique n’est jamais compromise. Chacun des acteurs a droit à au moins un ou deux numéros qui met son personnage en valeur bien que l’héroïne jouée par la pétillante Ella Hunt soit plus omniprésente.

Certes, les personnages sont stéréotypés; le film prend un peu de temps à vraiment décoller et il demeure somme toute assez surfait tant dans ses mélodies que dabs son utilisation de l’humour et des apparitions de zombies. Rien de comparable à ce que l’on retrouve dans Shawn of the Dead la grande comédie zombie britannique. Cela dit, le principal mérite d’Anna and the Zombies est bel et bien que tenant compte du défi et des difficultés considérables rencontrés pour concocter pareil ovni, le film s’avère une réussite.

Au-delà du spectacle débridé, une partie du charme tient également du fait qu’il soit pratiquement sorti de nulle part. Il s’agit d’un film écossais qui puise ses sources à partir d’un court métrage sorti en 2011. D’autant plus qu’aucun des comédiens n’est connu.

De manière générale, je ne suis pas vraiment adepte ni de la comédie musicale ni du film de zombie. Pourtant Anna and the Apocalypse se classe parmi les films qui m’ont le plus aimés au festival de cette année. Je ne serais pas surpris que le film reçoive quelques prix bien mérités du public.

À Montréal, la sortie en salle de Anna and the Apocalypse est prévue pour la fin novembre ou en décembre.

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [Entre-deux-cotes]

 

 

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