En salle

Voir du pays

12 avril 2017

RÉSUMÉ SUCCINCT
De retour d’Afghanistan, Aurore et Marine passent trois jours à Chypre avec les autres membres de leur section. L’endroit : un hôtel cinq étoiles plein de touristes en vacances. Le but : oublier la guerre, ne serait-ce qu’un instant, qui sera vite oublié.

LE FILM DE LA SEMAINE
★★★ 
Texte : Charles-Henri Ramond

ESPACES TRANSITOIRES

Un ensemble est aussi fragile que le plus faible de ses éléments. C’est en quelque sorte ce que démontrent Delphine et Muriel Coulin1 dans ce Voir du pays, un drame de et sur la guerre qui dépeint autant la fragilité du groupe que celle de l’individu. Car si les traumatismes causés par l’embuscade meurtrière  ne semblent pas chambouler l’assurance des gradés, ils  révèlent surtout dans chacun des survivants un malaise profond. Le mal est dans les têtes, les blessures sont avant tout psychologiques.

Voir du pays_En salle

De l’Afghanistan, le théâtre des hostilités se déplace dans un luxueux hôtel chypriote, utilisé en guise de cure de désintoxication destinée à faire oublier l’horreur avant le retour des soldats en sol natal. L’exercice est évidemment maladroit, car cette thérapie collective où tout le monde est obligé de se vider le cœur, au lieu d’apaiser les consciences, ne parvient finalement qu’à exacerber les tensions, mues par le sentiment d’échec personnel et les remords.

Dans sa seconde partie plus convenue, le film s’ouvre
à plus de volupté en délaissant son ton critique.
Les cinéastes s’aventurent dans un drame sensuel qui
libère les pulsions jusque-là refoulées, tout en
faisant de l’opposition entre les sexes son point de force.

En choisissant ce moment et ce lieu si particuliers, coincés entre les affres de la guerre et la quiétude de la vie civile, les auteures nous rappellent que l’individu, même malgré des techniques « modernes » de gestion du choc post-traumatique, n’est que peu de choses et reste seul face à ses démons intérieurs. Au passage on notera l’insistance de leur réflexion sur l’incongruité de la méthode qui consiste à revivre les combats, réalité virtuelle à l’appui, tout en passant du bon temps au bord de l’eau en compagnie de touristes insouciants bien peu au fait des horreurs dont les militaires ont été les acteurs.

Dans sa seconde partie plus convenue, le film s’ouvre à plus de volupté en délaissant son ton critique. Les cinéastes s’aventurent dans un drame sensuel qui libère les pulsions jusque-là refoulées, tout en faisant de l’opposition entre les sexes son point de force. C’est lors d’une escapade nocturne aux accents tragiques que les corps exultent enfin, bravant les interdits jusqu’à frôler la mort. Pas celle que connaissent les troupes sur le terrain des opérations, mais celle de presque-civils rongés par le machisme et l’orgueil. Mais si l’on sent une volonté évidente dans Voir du pays de parler de la place de la femme, de sa capacité à soutenir l’épreuve dans un système essentiellement masculin, on a l’impression que le discours se dilue dans une finale confuse et peut-être un peu trop sage.

1 Lire notre critique de leur précédent film 17 filles

Sortie :  vendredi 14 avril 2017
V.o. :  français, grec
Sous-titres :  français

Genre :  Drame  – Origine : France / Grèce  –  Année :  2016 – Durée :  1 h 42  – Réal. : Delphine Coulin, Muriel Coulin – Int. :  Soko, Ariane Labed, Ginger Roman, Karim Leklou, Andreas Konstanntinou, Makis Papadimitriou – Dist. :   Axia Films Inc.

Horaires
@
  Cineplex

Classement
Tout public
(Déconseillé aux jeunes enfants)

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Séquences_Web

2022 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.