En salle

London Road

17 novembre 2016

RÉSUMÉ SUCCINCT
La vie paisible d’une petit village d’Ipswich est bouleversée lorsqu’on retrouve les corps de cinq femmes dans la rue London Road.

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CRITIQUE
★★ ½
Texte : Claire Valade

LA BANALITÉ DE L’HORREUR

Tiré d’une pièce de théâtre musicale montée par le très réputé National Theatre de Londres, London Road est à la fois curiosité, exercice de style et véritable œuvre d’auteur. Il faut du cran et de l’inspiration pour traduire en musique et en chorégraphie un sujet aussi lugubre que les meurtres de cinq prostituées et leur impact sur une communauté. Il en faut encore plus pour le faire en utilisant uniquement — et qui plus est, textuellement, pauses et hésitations comprises — les transcriptions des entrevues avec les divers protagonistes (habitants de la fameuse rue, journalistes, prostituées survivantes). Voilà pour le côté curiosité et exercice de style.

La voix de l’auteur, elle, est bien sûr dans le traitement. Le film est tourné dans les rues grises, les maisons ordinaires de citoyens ordinaires, à l’ombre morne de gigantesques gazomètres, dans les marchés, les taxis, le hall du Palais de Justice ou la salle communautaire où le voisinage se réinvente une nouvelle vie faussement colorée, pour effacer le souvenir des meurtres sordides. La caméra se veut tourbillonnante pour les scènes de groupes, puis intime, tout en plans serrés, l’objectif parfois carrément voyeur, pour les rencontres avec les citoyens. Le montage, au quart de tour comme l’exige un tel exercice, souligne exquisement le rythme, la cadence du récit comme des harmonies et des numéros musicaux. La transposition cinématographique est fort réussie. Le matériel d’origine n’a plus rien de strictement théâtral.

La voix de l’auteur, elle, est bien sûr dans le traitement.
Le film est tourné dans les rues grises, les maisons
ordinaires de citoyens ordinaires, à l’ombre morne de
gigantesques gazomètres, dans les marchés, les taxis,
le hall du Palais de Justice ou la salle communautaire où le
voisinage se réinvente une nouvelle vie faussement
colorée, pour effacer le souvenir des meurtres sordides.

Mais si le film ne manque pas de cohérence et d’audace, il n’est pas aussi réussi qu’on le souhaiterait. C’est qu’il porte les défauts de ses qualités. Ainsi, la trame sonore et les chorégraphies, volontairement répétitives, forment un long leitmotiv musical grinçant qui se révèle fascinant mais aussi aride et parfois irritant à la longue. Le propos, grave et lourd, est exacerbé par le genre musical, habituellement réjouissant et entraînant, lequel propose donc de prendre le sujet en contrepied pour déstabiliser. Une démarche certainement voulue et fort louable en soi, portée par ailleurs par une distribution formidablement efficace.

Seulement, ladite démarche demeure tellement apparente, tellement en surface, qu’on en tire une expérience intellectuelle somme toute assez détachée. La raison en est bien simple. Le cinéma grossit le trait. Et, ce faisant, porté par la répétitivité quasi-lancinante des mélodies, des mots, de la trame narrative, toute l’horreur de la situation s’en trouve redoublée. Non pas l’horreur, attendue, des meurtres en soi et de leur impact sur la communauté, mais celle des personnages eux-mêmes, de leur vision monstrueusement réduite, mesquine et égoïste des événements qui les affectent, de la laideur banale et vulgaire qui les animent ultimement.

Ainsi, si on imagine la version théâtrale de London Road non pas vraiment réjouissante mais à tout le moins relativement enlevante de par sa dynamique du direct et par l’éloignement forcé de la scène, il se passe ici tout autre chose. Le malaise grandissant qui résulte de ce passage sous la loupe grossissante du cinéma dérange à un point tel qu’il crée un détachement allant jusqu’à la répulsion. Sans aucun doute, c’est, au moins partiellement, le résultat recherché. Ça ne rend pas moins l’expérience du film à la fois curieusement troublante et désincarnée, captivante dans l’instant sans être tout à faire marquante pour autant.

Sortie : vendredi 18 novembre 2016
V.o. : anglais

Genre :  DRAME MUSICAL – Origine : Grande-Bretagne –  Année :  2015 – Durée :  1 h 31  – Réal. :  Rufus Norris – Int. : Tom Hardy, Olivia Colman, Kate Fleetwood, Lynne Wilmot, Anita Dobson, Eloise Laurence – Dist./Contact :  Cineplex.com.
Horaires : Cineplex

CLASSEMENT
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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