En salle à Montréal

The Neon Demon

23 juin 2016

RÉSUMÉ SUCCINCT
Débarquée à Los Angeles, une jeune fille rêve de devenir mannequin. Mais elle oublie qu’elle va susciter la jalousie la haine de son entourage.

The Neon Demon

CRITIQUE
★★★ ½
Texte : Élie Castiel

LE GOÛT ASSUMÉ DE LA TRANSGRESSION

Paradoxalement, il y a, chez l’iconoclaste Nicolas Winding Refn (Drive, Only God Forgives…), quelque chose de morbide, de sinistre, voire même de suicidaire. Comme si le cinéma, la caméra, le plan et le cadre devenaient des sources d’inspiration impulsives. Pour bien endurer son approche singulière et en apprécier les multiples états d’âme esthétiques, il faut absolument tenter de s’incruster dans son imaginaire débridé.

Possibilité qu’il est prêt à nous octroyer si on se donne la peine de creuser profondément dans notre esprit. À condition aussi qu’en matière de cinéma, nous nous débarrassions de toutes ces idées préconçues prises de parts et d’autres depuis des décennies. Car The Neon Demon est à l’image de son titre, évoquant la photographie, la prise de vue, la notion d’éclairage et, dans le même temps, renvoyant ces particularités dans le royaume des possibles.

Mais quel est donc ce « Demon », dont Winding Refn se fait l’arbitre et le défenseur? Ne serait-il pas le cinéma lui-même, lieu de tous les vices, des vertus devenus débilitantes ? : à cet égard, l’évolution du personnage de Jesse (Elle Fanning magnifique, troublante, indécente ingénue) n’est que la réappropriation d’un style de vie imposée. Autour d’elle, des filles d’aujourd’hui placées dans des situations qui, au lieu de les déstabiliser, les transforment en amazones urbaines dans un environnement bien spécifique, le Hollywod corrompu où la réussite se bâtit à coups de morsures, de coups bas et d’avilissements.

Paradoxalement, il y a, chez l’iconoclaste Nicolas Winding Refn
(Drive, Only God Forgives…), quelque chose de morbide, de sinistre,
voire même de suicidaire. Comme si le cinéma, la caméra, le plan
et le cadre devenaient des sources d’inspiration impulsives.

Nicolas Winding Refn semble admirer David Lynch, de qui il semble construire son opus cinématographique. Mais ici, il est plus évident. Sans le mimer (Mullholland Drive), il donne un regard de L.A. qui ressemble à un cauchemar éveillé. Mais pour y adhérer, il faut se dire que tout cela n’est après tout que du cinéma.

Pas de message social, pas de jugement sur les personnages, aussi excentriques et démoniaques (pour reprendre un des mots du titre) qu’ils soient. La femme domine le film. L’homme beaucoup moins, car il devient ici un objet virtuel, désexualié. Face à la femme, une sorte de zombie.

Pour le jeune cinéaste qui ne signe pourtant pas son meilleur film avec The Neon Demon, les règles d’usage du cinéma à message s’estompent pour laisser place à un regard à la fois analytique et profond sur les alternatives et hypothèses esthétiques qu’offrent toujours l’acte de filmer, même si on doit, pour cela, avoir recours à l’acte pervers de la transgression.

Sortie : vendredi 24 juin 2016
V.o. : anglais
Sous-titres : français
Le démon de néon

Genre :  FABLE ÉROTIQUE / HORREUR – Origine :  France / États-Unis / Danemark –  Année :  2015 – Durée :  1 h 58  – Réal. : Nicolas Winding Refn – Int. : Elle Fanning, Jena Malone, Karl Glusman, Christina Hendricks, Abbey Lee, Bella Heathcote, Keanu Reeves –  Dist. / Contact :  Séville.
Horaires :  @  Cinéma du ParcCineplex

CLASSEMENT
Interdit aux moins de 16 ans

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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