En salle à Montréal

Legend

3 décembre 2015

RÉSUMÉ SUCCINCT
À Londres, dans les années 1960, les jumeaux Reggie et Ronnie Kray font la loi dans le quartier East End. Après avoir disposé de leurs rivaux, les deux frères et leurs sbires concluent un pacte avec un chef de la mafia italo-américaine pour opérer un casino situé dans un faubourg chic.

Legend

CRITIQUE
★★

BRUTES CÉLÈBRES
Texte : Guillaume Potvin

De ses performances les plus franches et minimales (Locke) à ses débordements les plus décalés (Bronson), la filmographie récente de Tom Hardy démontre bien l’éventail des nuances de son jeu. En ce sens, Legend saura combler les spectateurs épris de l’acteur anglais, car ce dernier film de Brian Helgeland (scénariste de L.A. Confidential et Mystic River, entre autres) lui confie deux rôles : ceux de Reggie et de Ronnie Kray.

Ces frères jumeaux issus du East End de Londres ont su, au courant des années 60, se hisser parmi les racketteurs les plus notoires de l’histoire de l’Angleterre. Leurs nombreux coups d’éclat ont fait d’eux des célébrités mineures qui ont captivé l’imagination populaire du Swinging London. Sujet et personnages s’annoncent alors tout aussi prometteurs, car si Reggie est un ambitieux machinateur au charme irrésistible, Ronald est son image renversée, impulsif, imprévisible et souffrant de problèmes apparents de santé mentale. Voilà donc un cocktail particulièrement explosif.

L’authenticité est délaissée au profit de tous ces éléments
bigarrés qui relèvent de la sensibilité populaire
contemporaine ; cette esthétique pseudo-vintage, rétro-chic
ou tout doit être cool avant même d’être vrai.

Ainsi, les personnalités déphasées de ces frères en pleine ascension dans les rangs du monde criminel forment le pivot dramatique de Legend et constituent, par le fait même, la modeste étendue de l’intérêt que celui-ci peut susciter. Car le film propose très peu au-delà d’un compte rendu romanesque des évènements marquants de la vie de ces gangsters. Les quelques thèmes intéressants de cette histoire véridique – copinage entre gangsters et aristocrates, fascination populaire pour les frères Kray, mondialisation du crime organisé – ne sont qu’effleurés au passage.

Plutôt que de développer ces thèmes, Legend se livre à un exercice de nostalgie bien grasse pour la belle époque du Swinging London et déploie énormément d’efforts afin de rendre les frères Kray attachants. Cette surenchère nostalgique est si prononcée, si peu naturelle, qu’on ressent la supercherie en jeu. Ni les mélodies les plus accrocheuses de Booker T. & The M.G.s ou des Meters, ni la remarquable direction photo de Dick Pope ne peuvent camoufler l’opération de séduction qui tente d’être effectuée sur nous. L’authenticité est délaissée au profit de tous ces éléments bigarrés qui relèvent de la sensibilité populaire contemporaine ; cette esthétique pseudo-vintage, rétro-chic ou tout doit être cool avant même d’être vrai.

Si on y détecte tantôt un sens de l’humour près des premiers films de Guy Ritchie, tantôt un esthétisme tiré tout droit d’un Scorcese, Legend demeure une courtepointe d’influences décousues, superficielles, qui n’adopte pas la distance nécessaire – celle d’un Tarantino, par exemple, pour se permettre des fluctuations tonales aussi drastiques. Tristement, mis à part la performance de Hardy, la légende s’avère peu convaincante. 

Sortie
vendredi 4 décembre 2015

Version originale
anglais

Version française
>
Légende

Genre : GANGSTERS – Origine : Grande-Bretagne – Année : 2015 – Durée : 2 h 12 – Réal. : Brian Helgeland – Int. : Tom Hardy, Emily Browning, Christopher Eccleston, Taron Egerton, Paul Bettany, David Thewlis – Dist. / Contact : Remstar.
Horaires : Cineplex

CLASSEMENT
Interdit aux moins de 13 ans
(Violence / Langage vulgaire)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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