En salle

Mistress America

28 août 2015

RÉSUMÉ SUCCINCT
Fraîchement arrivée à New York pour commencer sa session universitaire en études littéraires, Tracy est vite lassée de ses cours et de sa cochambreuse. Invitée à passer du temps avec Brooke, la fille de son futur beau-père, elle tombe littéralement sous le charme de cette jeune femme exubérante et de sa façon de vivre.

Mistress America

GLISSEMENTS PROGRESSIFS
DE LA LOGORRHÉE

Élie Castiel
CRITIQUE
★★★

Cinéaste hautement raffiné, élégant, original, d’une personnalité suavement attachante, la quarantaine, l’âge parfait pour faire de la réalisation, entre une période adulte en pleine effervescence et un souvenir nostalgique d’une époque moins sérieuse qui transparaît dans sa filmographie, parfois en filigrane, d’autres fois accidentellement et souvent directement.

Connu récemment pour son superbe Frances Ha (2012), qu’il a scénarisé, Noah Baumbach fait partie de cette nouvelle bohème intellectuelle urbaine des grandes villes branchées d’Amérique, aujourd’hui vus comme de privilégiés du système. C’est ce qui explique la totale dépolitisation des personnages, qui, justement, laisse pantois, comme s’ils avaient atteint un degré de je-m’en-foutisme face aux événements cruciaux du monde.

Nous sommes emportés par un flot de paroles  aussi
profondes que bêtes et démesurées.  Et derrière  tout
cet accoutrement logorrhéen, une idée brillante de mise en
scène qu’on appelle simplement « situation ».

C’est une histoire d’amitié féminine et de demie filiation avortée. Par les hasards de la vie, par les circonstance, par l’égocentrisme actuel. Mais ce qui compte les plus dans ce Mistress America, titre d’autant plus pompeux qu’il se croit permis d’occuper la dynamique féminine dans sa totalité, c’est bel et bien le portrait fictivement documentaire d’un certain type de jeune femme d’aujourd’hui, maladroitement superficielle, intellectuellement active, capable de tous les dangers, faisant face à son pendant masculin avec autant de grâce que de pugnacité.

Ce sont d’ailleurs les scènes les plus réussies de ce film bavard, parolier, sans aucune minute de silence. Nous sommes emportés par un flot de paroles aussi profondes que bêtes et démesurées. Et derrière tout cet accoutrement logorrhéen, une idée de mise en scène brillante qu’on appelle simplement « situation ».

Sans doute inspiré par la sitcom télévisuelle, très prisée par ceux et celles de sa génération (Friends revient sans cesse dans notre pensée), Baumbach construit une mise en situation brillante, parfois volontairement surfaite, mais qui finit par s’installer confortablement devant la caméra, laissant le specteur assister à quelque chose de brillant.

Ce n’est peut-être le meilleur de ses douze films à son crédit, mais Mistress America demeure, tels les personnages littéraires du film, un véritable cours de socialisation urbaine branchée sur le plaisir et la peur d’exister.

Quant aux comédiens, et surtout comédiennes, tous sont investis dans ce film aux mille et un rende-vous pour discuter de la vie, de l’amour et de tout ce que cela comporte comme morale, éthique et préjugés.

revuesequences.org

Sortie
vendredi 28 août 2015
Version orignale
anglais

Genre : Comédie – Origine :  États-Unis – Année : 2015 – Durée : 1 h 24 – Réal. : Noah Baumbach – Int. : Lola Kirke, Greta Gerwig, Charlie Gillette, Juliet Brett, Michael Chernus, Cindy Cheung – Dist. / Contact : Fox Searchlight.
Horaires : @ Cineplex

CLASSIFICATION
Général
(Déconseillé aux jeunes enfants)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ [ Entre-deux-cotes ] – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

2022 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.