En salle

Corbo

16 avril 2015

RÉSUMÉ SUCCINCT
Montréal, 1966. À 16 ans, Jean Corbo, né d’un père italien et d’une mère québécoise, grandit à Ville Mont-Royal. Épris d’un désir de liberté, il commence à fréquenter les cercles de militants idéologiques révolutionnaires.

Au cœur du politique

Jean-Philippe Desrochers
CRITIQUE
★★★★

Si Laurentie (2011), premier long métrage de Denis – coréalisé avec Simon Lavoie – n’était souvent que pure provocation, Corbo, à l’instar du Torrent (2012) de Lavoie (son deuxième long métrage à lui aussi), est une œuvre beaucoup plus sérieuse et mature, et ce, aussi bien sur le plan de la forme que du contenu. Près de 50 ans après la mort de Jean Corbo, il existait peu de documents sur cet épisode de notre histoire. Le film de Mathieu Denis vient jeter un peu de lumière sur cet événement et sur l’époque effervescente, sur les plans sociaux et politiques, qui l’a occasionné.

La fatalité du destin de Corbo, qui « allai[t] au rendez-vous de son geste » (comme l’écrivit Miron dans son poème Le Camarade consacré au jeune militant), est évoquée d’emblée dès l’ouverture du film, alors que l’on nous montre le protagoniste marchant, filmé de dos, au ralenti.

LE FILM DE LA SEMAINE

Corbo_En salle

Rarement un film de fiction au Québec aura été aussi loin que
Corbo dans son exploration du politique, des dimensions
personnelles et collectives du militantisme et du dilemme
intrinsèque à toute forme d’engagement sérieux.

 L’action du film se déroule en 1966, année de la mort de Jean Corbo, quatre ans avant la Crise d’octobre. Mais l’année 1966 est aussi charnière : nous sommes à moins d’un an du centenaire de la Confédération de 1867 et une importante élection provinciale a lieu en juin. À cette élection, le RIN (Rassemblement pour l’indépendance nationale), premier parti politique clairement indépendantiste, présente des candidats pour la première fois. L’élection de l’Union nationale de Daniel Johnson père, après six ans de règne libéral, sonnera-t-elle le glas de la Révolution tranquille ? C’est du moins ce que laissent entendre les membres de la famille Corbo, réunis pour écouter le résultat du scrutin. Se trouve donc ici, en somme, un contexte et un arrière-plan historiques au potentiel dramatique très riche.

Si tous les jeunes acteurs de Corbo sont d’une justesse étonnante (Anthony Therrien et Karelle Tremblay en tête), Mathieu Denis prend également un plaisir manifeste à filmer les acteurs de la vieille génération. Dans le rôle du grand-père paternel, Dino Tavarone, en force tranquille, est à la fois dur et capable d’empathie. Il en va de même pour Tony Nardi, en père désabusé parles errements de son fils cadet, mais tout de même sensible aux tourments de celui-ci. Soulignons également l’habile recréation du Québec de l’époque, avec ses diners caractéristiques et ses usines manufacturières typiques.

Rarement un film de fiction au Québec aura été aussi loin que Corbo dans son exploration du politique, des dimensions personnelles et collectives du militantisme et du dilemme intrinsèque à toute forme d’engagement sérieux. Cette idée dialectique est présente durant tout le film : dans cette fin qui se veut le miroir du début (Jean marche, au ralenti, mais de face, cette fois), dans le double du jeune felquiste qui regarde ce dernier accroupi près de la bombe sur le point d’exploser et dans cette dualité avec le frère aîné qui prône l’engagement au sein d’un parti politique plutôt que la violence.

Le jeune réalisateur se situe toujours habilement entre ces deux pôles, prenant bien soin de ne pas glorifier ou condamner les actions de ses personnages… même si c’est sur une déchirante conclusion que Mathieu Denis laisse le spectateur.

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Sortie : Vendredi 17 avril 2015

VO : français
STA < Corbo

Genre : Drame biographique – Origine :   Canada [Québec]– Année : 2014 – Durée : 1 h 59 – Réal. : Mathieu Denis – Int. : Anthony Therrien, Antoine L’Écuyer, Marie Brassard, Dino Tavarone, Tony Nardi, Karelle Tremblay – Dist. / Contact : Séville.
Horaires : Beaubien –  Cineplex Excentris

CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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