En salle

Clouds of Sils Maria

8 avril 2015

LA PERSISTANCE DE LA MÉMOIRE

Anne Christine Loranger
CRITIQUE
★★★

Serait-ce la nostalgie d’un certain cinéma européen qui a tracé le personnage de Maria ? En conférence de presse, Assayas esquisse ses troubles intérieurs : « Est-elle la jeune fille qui autrefois a interprété Sigrid dans le film de Wilhelm Melchior; est-elle l’adulte, la femme mûre que lui renvoie le regard d’autrui ? Ou bien encore l’un ou l’autre des personnages qu’elle a incarnés, l’un ou l’autre des visages qui apparaissent lorsque l’on clique son nom sur Google Images ou sur YouTube ? Y a-t-il quelque chose à quoi elle pourrait se raccrocher, sinon le secret de son intimité, où le temps ne s’inscrit pas, là où il ne fait que s’écouler, comme le phénomène nuageux de Maloja ? »

LE FILM DE LA SEMAINE
Meilleure actrice (Juliette Binoche)
Meilleure actrice de soutien (Kristen Stewart)
Meilleur scénario original (Olivier Assayas)
CÉSARS 2015

Clouds of Sils Maria_En salle

La rencontre de deux actrices comme Juliette Binoche et Kristen Stewart aurait pu tourner au désastre. C’est le contraire qui se produit, les deux actrices arrivant à créer une synergie intense et subtilement érotique qui joue à trois niveaux – pièce, relation et réel – s’interpénétrant au point où le spectateur ne sait s’il regarde Héléna, Maria ou Juliette. Le film (c’est tout à son honneur) oblige ainsi le spectateur à s’interroger sur sa perception des acteurs, en tant qu’image, et sur leur fragilité dans la vie. Kirsten Stewart trouve ici son meilleur rôle à ce jour, incarnant une assistante personnelle solidement ancrée dans la réalité de son époque, qui materne et encourage une Juliette Binoche tantôt vulnérable, tantôt confiante, tantôt troublée, tantôt séductrice.

Le personnage de Jo-Ann Ellis, avec
son visage de Barbie qui paraît au départ d’un
pathétique cliché, se complexifie de façon
magistrale, révélant l’envers de l’image que les
stars, telles qu’apparaissant dans les médias,
pourraient être plus savamment
fabriquées que les personnages qu’elles incarnent.

Le personnage de Jo-Ann Ellis, avec son visage de Barbie qui paraît au départ d’un pathétique cliché, se complexifie de façon magistrale, révélant l’envers de l’image que les stars, telles qu’apparaissant dans les médias, pourraient être plus savamment fabriquées que les personnages qu’elles incarnent. Moment de bonheur, Assayas a tenu à inclure un extrait d’un court métrage d’Arnold Fanck, datant de 1924, qui montre les nuages de Maloja défilant dans un jeu d’ombres et de lumière, comme une peinture chinoise.

Séparé en chapitres par des fondus au noir, Clouds of Sils Maria passe de Maria Enders, la star en Chanel et lunettes noires, à l’actrice vulnérable qui tente de se plonger dans un rôle qui la questionne dans sa chair et enfin à la mise en scène de la pièce, qui deviendra à la fois son hécatombe et sa renaissance. Comme si la célèbre montre de Dali, après un passage amolli sur un coin de table, avait subitement glissé de la table au plancher pour, d’un coup, retrouver sa solidité.

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Sortie :Vendredi 10 avril 2015
VO : anglais, français
STF < Sils Maria

Genre : Drame – Origine :   France / Allemagne / Suisse– Année : 2014 – Durée : 2 h 04 – Réal. : Olivier Assayas – Int. : Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloë Grace Moretz, Jennifer Garner, Johnny Flynn, Lars Eidinger   – Dist. / Contact : Métropole.
Horaires : Cineplex

CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL
(Déconseillé aux jeunes enfants)

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). (Mauvais). ½ (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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