En salle

Bird People

4 décembre 2014

LE FILM DE LA SEMAINE

EN QUELQUES MOTS
Texte : Élie Castiel
Cote : ★★★★

Tout de suite, après la projection, le film déconcerte dû à sa structure inhabituelle, son récit fragmenté en deux selon, intentionnellement, une logique de la déraison. Ce n’est que quelque jours plus tard, après mûre réflexion, que nous prenons conscience de l’ampleur d’un tel travail cinématographique d’une richesse visuelle et narrative éclatante.

Pascale Ferran opère, comme à l’accoutumé, par géométrie, tant ses plans succombent au doux désir de faire parler l’image et de la confondre aux personnages avec un soin aussi articulé qu’instinctif. Les premiers plans du film sont démonstratifs, impliquant le spectateur dans une sorte d’enquête sociale qui ne sera après tout que l’analyse de deux vies opposées l’une à l’autre et qui se retrouvent le temps d’un départ. Ces images du début ne reflètent que la vision d’une vie routinière qui ne cesse de se répéter : travailleurs pressés, rails d’un train de carrefour, avions qui passent dans un ciel encombré.

Une atmosphère de désolation et d’aliénation règne dans un espace géographique restreint. Et puis, du coup, sans qu’on s’y attende, deux personnages : un cadre informaticien en visite à Paris pour conclure une affaire ; de l’autre côté, une jeune étudiante, travailleuse dans un hôtel de l’aéroport Roissy-Charles de Gaule qui assume ses fonction de femme de chambre avec une mécanique hallucinante.

Et puis la rupture : il décide de rester à Paris et de se construire une nouvelle vie dont il ne sait pas qu’elle tournure elle prendra ; par un concours de circonstances qui permet à la réalisatrice de jouer autour de l’imaginaire de façon impeccable, la jeune femme se retrouve dans la terrasse de l’hôtel où son imagination fébrile la transforme en oiseau migrateur qui se met à voler et procure au film des mouvements de caméra éthérés d’une finesse à couper le souffle.

Il y a un récit, certes, mais c’est à vous de le découvrir, de constater par quels tours de magie Pascale Ferran s’aventure dans un film à double tranchant, liant essai et fiction avec une grâce troublante. Fable existentielle, drame d’un quotidien qui tourne en rond, film de cinéma, Bird People est sans doute le film le plus incompris de l’année. La dénonciation du capitalisme tentaculaire est ici suggérée par un travail méticuleux sur le son, des ellipses qui réfléchissent grâce au montage serré signé Mathilde Muyard et aussi par la présence des deux principaux comédiens qui puisent aux sources de leur talent pour rendre vie à des personnages hors du temps. Nul doute que Bird People est un film fantastique version raffinée. Une envolée lyrique d’un magnétisme contagieux.

Sortie : Vendredi 5 décembre 2014
V.o. : anglais ; français
S.-t.f. – Bird People

Genre : Drame fantaisiste | Origine : France – Année : 2014 – Durée : 2 h 08 – Réal. : Pascale Ferran – Int. : Anaïs Demoustier, Josh Charles, Roschdy Zem, Camélia Jordana, Radha Mitchell, Clark Johnson – Dist. / Contact : FunFilm | Horaires / VersionsCineplex – Excentris

CLASSIFICATION
Visa GÉNÉRAL

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) (Mauvais) 1/2 (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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