En salle

Suzanne

29 mai 2014

LE FILM DE LA SEMAINE

ALEXANDRE D’ARGENT (Prix spécial du jury)
MEILLEURE ACTRICE (Sarah Forestier)
MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE (François Damiens)
Festival international du fim de Thessalonique 2013

En quelques mots

Texte : Sami Gnaba
Cote : ★★★ 1/2

Dans une première séquence, Suzanne nous est montrée, encore enfant, dans le spectacle d’école. Court instant d’innocence qui demeure juste assez longtemps pour que le plan se suspende sur son visage soudainement figé, une expression d’inquiétude s’en empare. Comme absorbée dans un gouffre dont elle ne peut connaître l’ampleur, Suzanne avancera durant tout le film avec l’insoumission de ceux et celles qui veulent fuir. Fuir quoi ? Le film demeure très avare dans les détails, les explications. C’est la grande force et la qualité de l’écriture de Katell Quillévéré. Elle laisse le loisir au spectateur de construire les béances du récit, aussi nombreuses que les fêlures intérieures de son insondable héroïne. On devine néanmoins assez aisément quelques traits signifiants à cette fuite ; le vide laissé par la mort prématurée de la mère, le climat morose du milieu ouvrir dans laquelle elle vit.

Suzanne est un film relativement court dans sa durée, mais incroyablement ample dans sa chronique des quelques 25 années dans la vie de son héroïne. Certains pourraient accuser Quillévéré de frilosité dans sa représentation de cette existence torturée, de se distancier de sa protagoniste. C’est tout le contraire. Le film diffuse une émotion aussi discrète que tenace, travaille son personnage en creux, dans les non-dits, les silences, refuse les états d’âmes ou les explications psychologisantes. Tout passe par la gestuelle, les regards graves de ses acteurs (admirables Sara Forestier et Adèle Haenel). D’un regard généreux, fin et divorcé de tout jugement moral sur les personnages (aussi imparfaits soient-ils, pour preuve le beau personnage de l’amant criminel), Quillévéré accompagne Suzanne au plus près de sa route, sa trajectoire rebelle, ses frasques, nombreuses (abandon de son enfant, vols, prison…).

Texte intégral
Séquences, nº 291
(juillet-août 2014)
En kiosque

Sortie : Vendredi 30 mai 2014
V.o. : français

[ CHRONIQUE FAMILIALE ]
Origine : France / Belgique – Année : 2013 – Durée : 1 h 34 – Réal. : Katell Quillévéré – Int. : Sara Forestier, François Damiens, Adèle Haenel, Paul Hamy, Lola Dueñas, Anne Le Ny, Corinne Masiero – Dist. / Contact : Axia | Horaires / Versions / Classement : Excentris

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) (Mauvais) 1/2 (Entre-deux-cotes) – LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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