En salle

Le Règne de la beauté

7 mai 2014

En quelques mots

Texte : Pierre-Alexandre Fradet
Cote : ★★★★

Pour aborder Le Règne de la beauté, on pourrait suivre les canons de la critique et situer le film dans son contexte : celui de l’histoire du cinéma ou celui de l’œuvre de Denys Arcand. Sous l’effet de l’habitude, on serait alors appelé à évoquer les plus hauts faits d’arme du cinéaste (Le Confort et l’Indifférence, Le Déclin de l’empire américain, Jésus de Montréal, Les Invasions barbares) ou encore, dans l’espoir de se « rendre intéressant », à associer sa plus récente œuvre à des films moins connus dont on vanterait les qualités (Seul ou avec d’autres, Gina, Réjeanne Padovani). Évitons toutefois d’emprunter cette voie et attirons ici l’attention sur l’œuvre elle-même – ou plutôt, sur ce qu’elle ne dit que par des détours.

Mettons de côté les nuances et généralisons un peu. Tandis que les Français en général et les Parisiens en particulier hésitent le plus souvent à sourire, les Québécois en général et les campagnards en particulier tendent à démontrer leur joie en toutes circonstances. Pourquoi cette différence culturelle, éminemment dichotomique, mais régulièrement observable ? La première hypothèse qui vient à l’esprit est celle selon laquelle les Français craignent au plus haut point le ridicule, alors que les Québécois craignent au plus haut point le snobisme. Deux francophonies, deux modes de pensée. Deux régions du globe, deux attitudes opposées.

Au cœur des personnages du film, paradoxalement étouffés par un excès de splendeur, se dévoile en effet le désir irrépressible de renouveler leur expérience,en même temps que l’intention de ne pas craindre le ridicule (pour avoir un contact charnel, fulgurant, avec autrui) ni de vivre de façon suffisante et béate (les personnages savent dire oui ou non, quand aller vers l’autre et quand se retenir). On mesure mieux du même coup à quel point un équilibre est possible entre le snobisme pur,vécu dans la crainte du ridicule, et le méta-snobisme, que Stanley Cavell définit comme « l’orgueil que l’on tire du fait de transcender l’orgueil » (Qu’est-ce que la philosophie américaine ?, p. 175).

L’œuvre de Denys Arcand s’aventure sur ce terrain thématique. Si son sujet principal est celui de la beauté, son sujet secondaire, qu’on peut lire en sous-texte, n’est autre chose que la quête de la joie intime et sa profonde labilité.

Sortie : jeudi 15 mai 2014
V.o. : anglais, français
S.-t.f. / S.-t.a. – An Eye for Beauty

[ DRAME DE MŒURS ]
Origine : Canada [Québec] – Année : 2014 – Durée : 1 h 42 – Réal. : Denys Arcand – Int. : Éric Bruneau, Mélanie Thierry, Mélanie Merkosky, Marie-José Croze, Mathieu Quesnel, Geneviève Boivin-Roussy, Michel Forget – Dist./Contact : Séville | Horaires/ Versions/Classement : Beaubien Cineplex – Excentris

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel) ★★★★ (Très Bon) ★★★ (Bon) ★★ (Moyen) (Mauvais) 1/2 (Entre-cotes) — LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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