Recensions

Les Salles de cinéma au Québec, 1896-2008

20 février 2010

PRÉSERVER LA MÉMOIRE

>>  Élie Castiel

Ancien professeur de cinéma au cégep Ahuntsic, animateur d’une émission hebdomadaire de cinéma à Radio Centre-Ville, rédacteur à Séquences et collaborateur sur plusieurs ouvrages traitant de cinéma, Pierre Pageau braque cette fois-ci son objectif sur un pan d’histoire disparu : la salle de cinéma à écran unique.

Vestiges d’un espace social révolu, les cinémas-palaces d’autrefois brillent aujourd’hui par leur absence, ne laissant derrière eux que le souvenir. Pageau est un nostalgique de cette époque et cette caractéristique se ressent à chaque page de son Salles de cinéma au Québec, 1896-2008.

Il s’agit ici d’une sorte de road-movie photographique brillamment illustré, fortement documenté et d’une richesse inestimable. La salle à écran unique avait ceci de particulier qu’elle accueillait les spectateurs en leur proposant le rêve de l’ailleurs. Cet espace social ne possédait pas de rideaux pour cacher l’écran par simple esthétisme. Métaphoriquement parlant, ces toiles ou draperies magnifiquement ornées cachaient ce qui allait bientôt s’exposer librement devant un nombre impressionnant de spectateurs. La salle de cinéma devenait ainsi un lieu de culte, un domaine de tous les possibles, malgré les nombreux épisodes gouvernés par la censure.

Si Pageau débute par Montréal, il s’implante vite en région et nous fait découvrir des joyaux d’une richesse inestimable. Il vénère ces salles, s’indigne poliment contre les multiplexes d’aujourd’hui, mais sans trop les égratigner. Cette histoire des salles de cinéma au Québec nous ramène au phénomène des foires, au cinéma muet et au début du parlant. L’ouvrage traverse les décennies avec un sens précis des différents mouvements sociaux. Pageau évite les écueils, accumule les statistiques détaillées et offre au lecteur ce qui se ressemble à un album de famille sophistiqué.

Lorsqu’il aborde, par exemple, les salles en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, l’auteur extrapole la conscience sociale, captivée par les images en mouvement. Ne dit-il pas que « la présence du cinéma dans la région se fait sentir par l’intérêt de la population pour cet art, mais aussi pour la fascination que les paysages naturels de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine exercent auprès des créateurs du septième art… » (p. 250) ?

Ici, le rapport que le collectif entretient avec le cinéma est intense. Mais il parle d’une époque où le petit écran et Internet ne font pas encore partie du noyau social. Il parle plutôt de ces différentes décennies où la salle de cinéma, par sa grandeur, sa splendeur et ses accoutrements parfois excessifs, inspire le respect et devient presque lieu de culte. L’ouvrage de Pierre Pageau se savoure comme un fruit défendu qu’on voudrait conserver le plus longtemps possible entre ses lèvres.

— Les Salles de cinéma au Québec, 1896-2008 | Pierre Pageau | Québec : Les Éditions GID, 2009 | 414 pages

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