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Choir Boy

14 octobre 2018

CRITIQUE
| SCÈNE |

Élie Castiel

★★★ ½

PRUDENCE ET ACCOMMODEMENTS (DÉ)RAISONNABLES

Un nom connu de la scène anglophone internationale, à retenir et à adapter dans d’autres langues. À juste titre, puisque ses écrits libérateurs sont porteurs d’espoir, imprégnés des expériences multiples de la négritude, ces modèles qui ont pour objectif d’affranchir la parole autre et l’édifier. Comme sa pièce Moonlight Black Boys Look Blue, source d’inspiration de l’oscarisé Moonlight, le magnifique film de Barry Jenkins.

Mais ce qui étonne le plus chez Tarell Alvin McCraney, c’est son courage admirable de situer l’expérience afro-américaine (en fait, -américaine ou -autre) dans la dramaturgie queer, proposant une sorte de double défoulement, une mise en abyme identitaire efficace. Libérer l’orientation sexuelle à l’intérieur du sociétal, et plus particulièrement au sein de la communauté noire, frileuse dans ce domaine. Belle proposition qui, textuellement, convainc dans le cas de Choir Boy, mais suscite paradoxalement une sorte de réaction contraire, difficile à identifier. Suite

Prouesses et épouvantables digestions du redouté Pantagruel

1er octobre 2018

CRITIQUE
| SCÈNE |

Élie Castiel

★★★ ½

ET VOGUE LE NAVIRE

Ce qui frappe, c’est le degré de préparation que manifestent les élèves du secondaire présents le soir de la représentation. Rires et réactions aux bons moments, une symbiose avec la scène aussi manifeste que fébrile et finalement, le plaisir sincère d’avoir assisté à un grand moment de théâtre. C’est franchement émouvant! Suite

Les fées ont soif

CRITIQUE
| SCÈNE |

Élie Castiel

★★★★

LA DÉTRESSE ET L’ENCHANTEMENT

Texte et pièce mythiques, situant la dramaturgie québécoise dans ce qu’elle conserve de plus solide, de plus digne, d’enrichissant. Choix des mots qui dépassent la simple poésie, le verbe s’affranchissant de tout antagonisme avilissant, poussant le spectateur à réévaluer sa notion de l’éthique et de la morale.

Et 40 ans auparavant, une pièce scandale que les protestataires qualifient d’indigne et d’hérétique. Pour ces années de l’après-Révolution tranquille à peine naissante, Les fées ont soif est une révélation et plus que tout, la confirmation d’une plume souveraine, foisonnante, ouverte à de multiples interprétations. Denise Boucher était présente le soir de la Première au Rideau-Vert ; moments de forte émotion, de nostalgie, mais surtout de prise de conscience sociale et politique. Sa pièce n’a pLesas vieilli.

Aucune ride, aucune redite. Au contraire, cette nouvelle mouture a quelque chose de magique : comment consolider le regard d’antan et celui d’aujourd’hui ou mieux encore à celui d’aujourd’hui. Une metteure en scène, Sophie Clément, prête à tout pour s’emparer de la scène et la faire sienne autant que celle des femmes présentes, les trois comédiennes et les deux musiciennes – on vous prie de les remarquer car elles ne cessent de contribuer largement à la complicité qui existe entre elles et les trois interprètes.

Crédit photo : © Jean-François Hamelin

Suite

Giselle

26 septembre 2018

Critique
DANSE

| Élie Castiel |

★★★★

ENTRE CIEL ET TERRE

Le ballet classique revu et corrigé, est-ce possible? Peut-être! Mais pure hérésie pour les uns. Geste de bravoure et de nécessaire provocation pour les autres. Pour la fulgurante sud-africaine Dada Masilo, un pas de plus dans la culture d’un pays à peine libéré et qui a fait de grands pas en termes de politique, de rapports sociaux et culturels, ultime étape pour concilier les peuples et sans doute fondement déterminant pour adoucir les mœurs, la colère, la rage; pour mieux réaliser en quelque sorte une utopie qui sera à jamais rêvée.

Dada Masilo et Xola Willie – Crédit photo : © Kevin Parry

En attendant, les spectateurs demeurent ébahis devant une technique irréprochable qui rejoint les codes (et cordes) du classique, comme il se doit, bien entendu, mais rejoint aussi le folklore et le populaire, non seulement par le choix musical, mais également par les déhanchements brûlants, loin de l’exotisme touristique, plutôt naturels, convoquant la sexualité, Éros et tous les Dieux qu’on voudra pour faire de l’humain un être de chair, de sang et de sensations.

La leçon d’Histoire se continue; une histoire d’amour,
de trahison, de mariages avortés. C’est sans doute le destin
d’une Afrique qui n’a pas encore fini de se libérer.

Car le Giselle de Masilo est surtout saisissement et sensibilité à la fois. C’est aussi, au cours de ces gestes qui parfois nous désorientent, donner recours à la voix, celle de toutes les danseuses et de toutes les danseuses et tous les danseurs. Raconter le mouvement de l’Histoire d’un pays, d’une africanité maintes fois remuée, basculée, bousculée, mais qui en fin de compte, sort intacte.

Deux actes, séparés par environ cinq minutes d’intervalle au cours desquels les spectateurs sont priés de ne pas quitter la salle. Bonne décision qui nous pousse à imaginer ce que sera la suite.

Formidable, aussi éclatante que la première partie. La leçon d’Histoire se continue; une histoire d’amour, de trahison, de mariages avortés. C’est sans doute le destin d’une Afrique qui n’a pas encore fini de se libérer.

Écrans de fumée improvisés mais qui fonctionnent à merveille, couleurs des costumes en harmonie avec la Terre représentée, un amour inconditionnel du partage des corps et plus que jamais auparavant, une humilité conciliatrice qui, par les temps qui courent, résonne comme l’annonce d’un monde meilleur, malgré la séparation des individus qui ne peuvent réaliser la possibilité d’aimer.

Comme si ce sentiment n’appartenait qu’aux Dieux et aux Déesses. Comme si ci-bas, notre destin d’individu était tout autre. Dans un sens, le Giselle de Dada Masilo, jeune chorégraphe en pleine ascension, c’est avant tout un conflit subliminal, paradoxalement intime et radical entre le Ciel et la Terre.

Crédit photo : © John Hogg


Chorégraphie
Dada Masilo

Assistante à la mise en scène
David April

Dessins
William Kentridge

Musique
Philip Miller
avec le soutien de SAMRO Foundation

Costumes
David Hutt. Donker Nag Helder.

Songezo Mclizeli. Nonofo Olekeng.
Those Two Lifestyle.

Éclairages
Suzette le Sueur

Interprètes
Dada Masilo. Xila Willie.

Tshepo Zasekjhaya. Llwellyn Mnguni.
Liyabuya Gongo. Khaya Ndlovu.
Thami Tshabalala. Steven Mokone.
Zandile Constable. Nadine Buys.
Sinazo Bokolo

Diffusion
Danse Danse

Représentations
25 – 26 – 27 – 28 et 29 septembre 2018 / 20 h
Place des Arts
(Théâtre Maisonneuve)

Durée
1 h 15

(sans entracte)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul
½ [Entre-deux-cotes]

 

Youngnesse

25 septembre 2018

CRITIQUE
[ DANSE/THÉÂTRE
CONTEMPORAINS
]

★★★

Élie Castiel

CRIS ET CHUCHOTEMENTS

La scène québécoise contemporaire a toujours eu une prédilection pour les cris, pour les sons extrêmement forts. Est-ce pour mieux convaincre ? Pour résister à une société qui, au contraire, est de plus en plus silencieuse ? Protester, se rebeller, s’insurger face à un monde instable, sans repères, invalide. Et pour cela, dans Youngnesse, point de mise en scène, mais au contraire, une mise en situation qui s’installe au fur et à mesure que le récit avance. À grands pas, tendancieusement, électriquement, nerveusement, donnant à ces corps perdus l’occasion de déconner, de se jeter par terre, de se dénuder, de se construire des univers parallèles et imprécis. La tempête et non pas le calme, après la tempête. Point de répit.

Crédit photo : © Keven Lee

Suite

Rigoletto

17 septembre 2018

CRITIQUE
[ ART LYRIQUE |

Élie Castiel

★★★★

LES PLUS NOBLES INTENTIONS

Dans les premières minutes du spectacle, les voix n’atteignent pas suffisamment les quelques dernières rangées du parterre ; c’était, du moins, ma sensation. Mais très vite, le Rigoletto 2018 de l’OdM apparaît comme un songe éveillé, dû particulièrement non seulement à sa mise en scène traditionnelle, mais également à un éclairage adéquat qui fait briller autant les décors que les costumes, accomplis.

Attirer un public 21e siècle semble être la devise de plusieurs maisons d’art lyrique, mais force est d’ajouter que l’ancien peut parfaitement s’harmoniser avec contemporain et que les scénographies traditionnelles survivent, sans obstacles, pour participer à la culture contemporaine.

James Westman (Rigoletto) – Crédit photo : © Yves Renaud

Suite

Candide ou l’Optimisme

16 septembre 2018

CRITIQUE
| SCÈNE |

Élie Castiel

★★★★

ET SI C’ÉTAIT PLUTÔT… VOLTAIRE ?

Voltaire, l’homme, le philosophe, l’écrivain. Misogyne ? Homophobe ? Antisémite ? Islamophobe ? Toutes ces néfastes qualités à la fois ? Et son Candide, transportant avec lui, encore mieux, en lui, ces attributs douteux. Pourtant, le timide et naïf jeune homme traverse les contrées poursuivant un rêve de bonheur obstrué par les Hommes (et les Femmes sur leur passage) qui font de ce monde ci-bas un espace de convoitise, de haine, d’amour, certes, mais qui le rendent difficilement habitable. Et pourtant, nous sommes toujours là.

Crédit photo : © Yves Renaud

Suite

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