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Où vont les fleurs?

1er juin 2019

Critique
< ENC 2019 >
Élie Castiel

★★★ ½

LES CORPS DANS TOUS LEURS ÉTATS

Nouvelle formule pour le spectacle annuel de l’École nationale de cirque : la présentation de trois créations par les étudiants de l’institution, du 3 au 8 juin, au Studio de l’école. Et pour les finissants, la pièce de résistance, à La Tohu. Suite

Granma. Trombones de la Havane

29 mai 2019

Critique
< SCÈNE >
Élie Castiel

★★★★

ADIEU À « LA REVOLUCIÓN »

On ne savait pas à quoi s’attendre. Surprise de taille que cette proposition de Stefan Kaegi pour marquer les 60 ans de la révolution cubaine. Sur scène, une nouvelle génération, deux jeunes hommes et deux jeunes femmes, le plus âgé, mi-trentaine; effectivement, une génération qui n’a pas connu les premiers soubresauts d’un changement de régime perpétré par Fidel Castro face à la dictature impérialiste de Batista. Suite

Tous des oiseaux

24 mai 2019

Critique
< SCÈNE >
Élie Castiel

★★★★★

MAGISTRAL

Wajdi Mouawad, maintenant la cinquantaine, est arrivé à une maturité qu’il arborait de toute façon depuis ses débuts, comme le légataire d’une idée qu’on se fait de l’art dramatique, de ce qui touche à sa morale, à sa place dans la communauté des humains. Quelque chose qui s’assimile au souffle de la vie, à l’âme de l’individu, aux êtres et, paradoxalement, au néant, autant que ce vide possède une quelconque vérité. Avec Tous des oiseaux, titre on ne peut plus tributaire de liberté, on assiste à un laboratoire humain en permanente rupture, tels des corps dont les os déplacés se remettaient à leur place à la suite du procédé thérapeutique que représente la vie. Suite

Le schpountz

13 mai 2019

Critique
SCÈNE  >
Élie Castiel

★★★ ½

LES FEUX DE LA RAMPE

L’adaptation en québécois d’Emmanuel Reichenbach brille par les dialogues empruntés à Marcel Pagnol, d’après son scénario de film, un mélange de drôlerie, de phrases parfaitement symétriques et empreinte d’un humanisme attendrissant.

Le schpountz se prend pour quelqu’un qu’il n’est pas, mais finit par nous convaincre qu’il a tout le talent du monde comme comédien, qu’il a le sens de la scène, et plus que tout, il peut nous faire rire autant que nous émouvoir. Dans un sens, oser, quitte à se casser la gueule. Comme le fait un Rémi-Pierre Paquin impérial, enivré par son personnage, s’offrant la scène comme un cadeau princier. Suite

Indecent

6 mai 2019

Critique
| SCÈNE |
Élie Castiel

★★★★★

LE VOYAGE DES COMÉDIENS

Voici une mise en abyme fascinante, explorant les règles de l’écriture et qui permet à Paula Vogel de créer quelque chose de sensationnel en s’inspirant de la pièce controversée The God of Vengeance, de l’auteur Sholem Asch, écrite en yiddish, en 1906. Un tableau vivant qui explore l’univers féminin, et plus encore la condition des Juifs de l’époque.

La religion, la société, la collectivité, la famille, l’Homme, la Femme, la volonté de s’émanciper sans enfreindre les préceptes rigides de la tradition. Une pièce qu’on essaie de monter malgré les obstacles; essayer de trouver des producteurs; vivre chaque difficulté de façon intense, démesurée; et pour tout compliquer, une histoire d’amour entre deux femmes; une Juive orthodoxe tombant éperdument amoureuse d’une prostituée travaillant dans le bordel que tient son père. Suite

[San Francisco] Alonzo King Lines Ballet

1er mai 2019

Critique
[ DANSE ]

Élie Castiel

★ ★ ★ ★

L’INSPIRATION ET L’EXIGENCE DU MOMENT          

Étrange et sublime spectacle que The Propelled Heart (Le cœur animé), dernière proposition de la Saison 2018/19 de Danse Danse. Première incursion à Montréal d’un chorégraphe hors-pair, réunissant magistralement ballet classique et danse moderne, défiant le temps et l’espace telles des notions organiques. Pour Alonzo King, le mouvement et la scène deviennent des entités des tous les possibles et ses interprètes ne cessent de le rappeler.

Tant d’occasions de provoquer le geste à l’intérieur d’un environnement neutre, d’où la simplicité du décor qui ne jure que par très peu d’effets d’ambiance, et plus sur des éclairages qui savent s’interposer entre les danseuses et les danseurs d’une troupe totalement abandonnée à l’art qu’elle professe.

Exigeant, délicat et gracieux et dans le même temps grave, provocant, intentionnellement agressif, respectant tout ce qu’un public averti attend de toutes compagnies de danse.

Suite

Alegría

29 avril 2019

critique
[ ART CIRCASSIEN ]
Élie Castiel

★★★ 

UN SPECTACLE QUI CHERCHE SA VOIE
ET LA TROUVE EN QUASI FIN DE PARCOURS

Par défaut, les clowns font partie du spectacle de cirque, y compris ceux du Cirque du Soleil, compagnie assujettie à cette forme de la représentation qui, nous devons le constater, n’a pas évolué du bon côté, les protagonistes se limitant à des bruits étranges, des paroles à peine compréhensibles, essayant de mêler toutes les langues du monde en quelques secondes, et créant des incidents « arrangés avec le gars du cirque » censés être comiques, issus directement de ces programmes populaires de chaînes de télévision spécialisées, souvent pas drôles.

Crédit photo : © Marie-Andrée Lemire

Sous le chapiteau, le cirque rappelle les arènes de Rome où autrefois avaient lieu des Jeux beaucoup plus sanglants. Les mœurs, sur ce point, ont évolué à travers les siècles et les agglomérations populaires sont devenues de occasions d’approuver notre satisfaction par des applaudissements nourris et des ovations debout – qualité montréalaise d’exception; à tel point qu’il n’est plus possible de séparer le bon grain de l’ivraie.

Quoi qu’il en soit, Alegría (en français joie, ou bien plaisir, ou encore bonheur) dans sa nouvelle version semble se chercher une voie. La forte présence des incontournables clowns engendre une volonté de ne pas aller aussi loin qu’avant, particulièrement si l’on tient compte du résultat.

Et comment ne pas souligner la participation de plusieurs pays comme l’Allemagne, les États-Unis, l’Ukraine, l’Espagne et la Russie… et bien entendu, le Canada. Comme quoi l’adresse, le brio et l’aptitude s’exportent et s’importent, faisant tourner la roue du monde.

Mais il y a les corps, de ces jeunes hommes et jeunes femmes au meilleur âge de leur vie, alors tout leur est permis et qui, lorsqu’on a le talent voulu, transforment la charpente humaine en un laboratoire du mouvement exceptionnel. Comme peuvent en témoigner les numéros de sangles aériennes, d’une sensualité à fleur de peau, la manipulation des cerceaux, là où la précision est une denrée rare. Suite

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