Lectures

Brigitte Bardot plein la vue

19 septembre 2012

LE MIROIR À DEUX FACES

Brigitte Bardot, la femme libérée, affiche une image puérilement et perpétuellement égocentrique, sans doute comme pour se protéger, pour ne pas se laisser rapidement emporter par un star-system trop insensible et indéniablement insatiable. Elle laisse tomber son métier à un moment où le cinéma et le monde changent, où la femme publique se découvre une nouvelle façon de penser, de voir, de s’afficher, à un moment où l’homme va devoir lui aussi modifier son comportement quant à ses rapports au sexe opposé.

>> Élie Castiel

Bref, à un moment, Brigitte Bardot n’a plus de raisons de continuer. Bardot n’est pas du domaine collectif, mais de l’individuel, condition indispensable pour affirmer son statut de vedette. La star française l’a compris puisque son tempérament ne lui permet pas de s’adapter aux nouvelles normes des mentalités. Elle prend donc le chemin du social, s’élève pour la défense des animaux et se retire, droite, souveraine, paradoxale, ne reculant devant rien pour étaler publiquement ses idées controversées.

C’est ce qu’a compris Marie-Dominique Lelièvre, auteure de biographies sur Françoise Sagan, Yves Saint-Laurent et Serge Gainsbourg, autres icônes non conformistes qui affichent, comme Bardot, une indépendance à la fois suprême et assurée, qui revendiquent le droit à l’excentricité. L’ouvrage, informatif et passionnant, consiste en vingt chapitres, vingt étapes dans la vie de la star, que Lelièvre écrit avec une déréliction retenue de peur de ne pas être comprise, parfois naïve parce que trop prise par le sujet, ou mieux encore, parce que trop éprise du sujet. Mais on la croit sincère, franche, apportant de nouveaux témoignages sur la vie de cette vedette déjà scrutée sous toutes les coutures.

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Chroniques européennes / Chroniques américaines

24 février 2012

AVANT ET APRÈS KAEL

>> Mario Patry

Il faut dire dès le départ qu’une génération complète d’intellectuels universitaires a grandi avec une certaine vénération pour Pauline Kael, la plus redoutée de toutes les critiques américaines auprès des réalisateurs des deux côtés de l’Atlantique. La lecture de ses deux bouquins, regroupant ses meilleures critiques, ne fait que confirmer notre admiration, autant pour son intégrité que pour son discernement (presque) sans failles.

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Je n’ai pas de rôle pour vous

13 janvier 2012

Bruno, un adolescent français, est choisi pour jouer dans L’argent de poche par François Truffaut. Rien ne prédisposait à première vue ce fils de bonne famille bourgeoise de la région parisienne à jouer un élève dans cette petite ville du centre de la France qu’est Thiers. Bruno de Stabenrath, scénariste pour la télé et auteur de livres sur la musique populaire, s’est fait connaître en littérature, il y a dix ans, par son récit Cavalcade, où il racontait l’accident d’automobile qui l’a rendu tétraplégique et sa rééducation pour redevenir un être qui puisse goûter à certains plaisirs de la vie. Ici, il mélange, dans ce livre qualifié de roman, certains éléments autobiographiques sur la vie d’un jeune dont le père est militaire et la mère pianiste.

Ses parents sont donc presque abasourdis d’apprendre que leur fils, qui suit comme auditeur libre des cours au conservatoire régional, a assez de talent pour être choisi pour passer les vacances d’été à jouer dans un film d’un réalisateur déjà reconnu. Beaucoup d’éléments de la préparation, du tournage et d’informations sur le créateur d’Antoine Doinel, recoupent ceux de la remarquable biographie qu’Antoine de Baecque et Serge Toubiana ont consacrée il y a presque quinze ans à Truffaut. L’auteur, par petites touches, pourtant réussit à restituer l’ambiance du tournage et les divers conflits entre les membres de sa famille proche ou élargie dont son oncle marin qui lui envoie des nouvelles et des cadeaux de l’Amérique mythique qui berce déjà le cœur de nombreux Français. Le style est assez enlevé pour projeter le lecteur dans une ambiance joyeuse où se mêlent travail, loisirs et émois amoureux. Les soixante et un chapitres portent chacun le titre d’un des films favoris de l’auteur dans l’histoire du cinéma et constituent ainsi un autre moyen de renouer avec la cinéphilie. L’auteur mélomane inclut aussi les titres des diverses chansons qui forment aussi les paroles de ce livre. On en ressort pourtant avec une impression de déjà-vu pour qui a déjà croisé de manière plus directe des livres sur les tournages ou sur la Nouvelle Vague. >> Luc Chaput

Je n’ai pas de rôle pour vous | Bruno de Stabenrath | Paris : Laffont, 2011| 303 pages

La mesure du monde

16 novembre 2011

La place de Philippe Lavalette comme directeur de la photographie, au Québec et ailleurs, est déjà reconnue et on lui a accordé de nombreux prix. Il a de plus réalisé plusieurs documentaires, dont Tipolis et Un Gamin de Paris. Il nous donne ici un livre de chroniques sur son travail au cinéma dans lequel on apprend comment le fait d’employer un objectif ou une focale différente peut modifier un regard sur le monde. D’ailleurs, n’est-il pas remarquable que la pellicule si mince garde en mémoire des gens et des objets ou immeubles disparus depuis peu ou longtemps ?

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Turkish Cinema: Identity, Distance and Belonging

11 mars 2011

Les images en mouvement discursives de l’Anatolie

Texte : Élie Castiel

Spécialiste des cinémas de l’Asie centrale et du Moyen-Orient, dont Women, Islam and Cinema (voir Séquences, nº 237, p. 22), Cinemas of the Other: A Personal Journey with Filmmakers from the Middle East and Central Asia (nº 245, p.15), ainsi que The Cinema of North Africa and the Middle East (nº 259, p. 7), dont elle a assuré l’édition éditoriale, Gönül Dönmez-Colin réalise finalement un projet qui lui tenait à cœur depuis très longtemps, le cinéma turc (voir, entre autres, Séquences, nos 260, pp. 32-33/34-35 et 267, pp. 31-37).

Tâche d’autant plus complexe qu’elle est elle-même d’origine turque et que cela impliquait de nombreuses embûches qu’elle réussit à éviter : proximité avec le sujet, notamment face au culte des personnalités marquantes de ce cinéma, dogmatisme résolu devant toutes conventions cinématographiques émanant de la Turquie, et finalement, la question de l’abandon  face aux œuvres abordées.

Le résulat est d’autant plus probant que cet essai imaginatif sur un cinéma qui commence à peine à être connu, particulièrement dans le monde de la critique et de la cinéphilie, se classe parmi les écrits sur une cinématographie nationale les plus intellectuellement probants et aboutis  de ces dernières années.

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L’Écriture du documentaire

4 mars 2011

Texte : Luc Chaput

La multiplication des petites caméras, DVD et autres, a entraîné la prolifération des reportages et documentaires de toutes sortes sur une pléthore de sujets qui trouvent maintenant diverses avenues de diffusion. L’auteure Jacqueline Sigaar est cinéaste et animatrice d’ateliers de création documentaire dans le Nord de la France. Elle revient sur les diverses étapes de constitution d’un dossier de présentation d’un projet, sur l’importance des repérages et de la recherche des intervenants ou des archives ainsi que sur l’utilité ou non d’un séquencier.  Sigaar montre bien que cette écriture continue tant dans les choix lors du tournage  que dans la place du commentaire et souligne l’importance du montage. Ces divers chapitres sont soutenus par de nombreuses interventions de cinéastes (dont André S. Labarthe), de producteurs et de responsables de diffusion qui témoignent de leurs démarches et attentes face au documentaire d’auteur et de création.

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Pagnol et Raimu : L’histoire vraie

Texte : Luc Chaput

Un auteur de théâtre rencontre un acteur connu et lui propose un rôle majeur dans une pièce qui les rendra tous deux célèbres, voilà la base de nombreux scénarios de films ou même de romans. Dans la collection «Couples mythiques», le journaliste et historien du spectacle français Jean-Jacques Jelot-Blanc nous sert une chronique vivante de ces deux titans de la production théâtrale et cinématographique française de la première moitié du XXe siècle. L’auteur échelonne ces chapitres annuels de la naissance de Jules-Auguste-César Muraire dit Raimu en 1895 à sa mort en 1946 tout en terminant le livre sur la mort en 1974 de l’auteur et académicien français, premier cinéaste élu parmi les Quarante. Malgré la proximité géographique de leurs origines, le biographe montre bien la différence de caractère et d’éducation entre cet acteur qui fut tout d’abord vaudevilliste et le professeur d’anglais qu’est Pagnol.

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Faire un film … comme un pro!

15 octobre 2010

Texte : Pierre Pageau

Dans le domaine de la littérature cinématographique au Québec, il y a eu très peu d’ouvrages consacrés aux métiers du cinéma. Faire un film… comme un pro ! est donc, en soi, un livre original. L’auteur, Michel Gélinas, a donné des cours pratiques de production à l’Université de Montréal; il a aussi été cinéaste indépendant. Ces deux caractéristiques expliquent bien la nature de l’ouvrage. En effet, l’enseignant Gélinas, en bon pédagogue, réussit à rendre intéressantes des questions arides, comme celles du financement ou de l’organisation d’un budget fonctionnel. Il est très concret aussi lorsqu’il s’agit de parler de mise en marché et de distribution. Le cinéaste indépendant défend, indirectement, le court-métrage d’auteur. En règle générale, les conditions de tournage dans les lieux d’enseignement permettent une grande liberté d’expression. Il faut savoir comment tirer le maximum de cette liberté et se préparer pour le « vrai » milieu du cinéma. Ce livre vous aide dans ce sens.

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Coluche : L’arme au Coeur

1er juillet 2010

Luc Chaput

Certaines personnalités, spécialement si elles meurent dans des circonstances tragiques au milieu de leur gloire, voient leur aura grandir, c’est le cas de Marilyn Monroe, de Romy Schneider et de Coluche. Comme le démontre Romain Frétar dans ce livre, rien ne prédisposait de prime abord Michel Colluci, né à Paris dans une famille ouvrière, d’un père d’origine italienne, à devenir plus qu’un amuseur public. L’auteur est né l’année de la mort de l’objet de son livre, mais il réussit à rendre palpable l’évolution de la France, de la Libération aux années 80, dans cette époque appelée « les Trente Glorieuses » à cause du boom économique qui ne profita pas à tous, loin de là.

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Tambour battant, mémoires de Volker Schlöndorff

16 juin 2010

Michel Euvrard

Né en 1939, orphelin de mère à quatre ans, père médecin, Schlöndorff vit une enfance et une adolescence assez libres dans l’Allemagne d’après-guerre : l’école fermée, les GI, le marché noir… L’été, il travaille sur des chantiers de construction.

Il décroche un séjour de trois mois en Bretagne, en internat chez les Jésuites; au ciné-club, il voit Nuit et Brouillard : « Comment cela a-t-il été possible ? presque tous mes films, de Törless au Neuvième Jour, cherchent la réponse ».

Il revient en France à la rentrée 1956, alors que le débat fait rage sur les évènements en Hongrie, fréquente de jeunes Marocains (qui joueront dans son premier film, La Main rouge, court métrage sur la chasse aux Algériens déserteurs de l’armée française en Allemagne). Il devient l’ami de Bertrand Tavernier.

En vacances en Allemagne, il rencontre Fritz Lang qui tourne à Berlin Le Tombeau hindou et Le Tigre du Bengale.

De retour à Paris, il suit le cours de préparation à l’HIDEC de Henri Agel et fréquente la Sorbonne; à la cinémathèque de la rue d’Ulm, il fait la connaissance de Lotte Heisner qui l’engage comme interprète des films allemands. Il y complète son éducation cinématographique et passe le concours de l’HIDEC.

Par Roger Nimier, ami des Tavernier, il rencontre Louis Malle qui prépare Zazie dans le métro; il l’accompagne en Algérie en vue de l’adaptation du roman La Grotte de Georges Buis, mais le film ne se fait pas.

Après la mort de Nimier, Malle entreprend un scénario sur un suicidé, d’après Le Feu Follet de Drieu La Rochelle; au cours du tournage, Schlöndorff rencontre Suzanne Baron, qui montera Feu de paille, Le Tambour, Le Faussaire.

Tambour battant continue sur ce rythme, en courts chapitres, avec toujours des rencontres, des anecdotes, des portraits — de cinéastes, ses collègues de la Nouvelle Vague allemande, Margarethe Von Trotta, qui jouera dans Le Coup de grâce (1976), avec qui il coréalisera Feu de Paille (1972) et L’Honneur perdu de Katharina Blum (1975), et qu’il épousera; d’écrivains, ceux en particulier dont il adapte les œuvres, Heinrich Böll (Katharina Blum), Gunther Grass (Le Tambour), Arthur Miller (Mort d’un commis voyageur), Max Frisch (The Voyager). Il fait également le récit des tournages, dans différents pays, aux États-Unis (A Gathering of Old Men), au Liban (Le Faussaire), et jusqu’au Kazakhstan (Ulzhan), celui des six années à la direction de Babelsberg…

Volker Schloendorff

Schlöndorff évoque aussi sa vie personnelle, ses amours et surtout ses amitiés; il sait être émouvant pour décrire, par exemple, les derniers moments de Max Frisch. Tambour battant est un livre vivant, intelligent, instructif; il comporte des index : des films et des mises en scène de Schlöndorff, des autres films cités, des noms de personnes, mais l’éditeur a laissé subsister quelques fautes d’orthographe et d’accord et des erreurs de noms propres : Franju y est prénommé Pierre !

Le syndicat français de la critique a attribué à Tambour battant le Prix du meilleur livre étranger du cinéma.

Tambour battant. Mémoires de Volker Schlöndorff | Volker Schlöndorff, traduit par Jeanne Etoré et Bernard Lortholary | Paris : Flammarion, 2009 | 427 pages

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