En lumière

5 activités à ne pas manquer aux RVCQ cette année

19 février 2017

CINÉMA /
ÉVÉNEMENT

Texte : Charles-Henri Ramond

RVCQ 2017

En plus de l’important corpus de films sortis en salles l’an dernier et des nombreuses primeurs documentaires, une trentaine d’événements festifs ou réflexifs vous seront proposés durant ces dix jours dédiés à notre 7e art.

Pour vous guider dans l’imposant programme, voici cinq suggestions d’événements à ne pas manquer pour découvrir le cinéma québécois autrement que par l’image. Assurément, le stock de cette 35e édition des Rendez-vous du cinéma québécois s’annonce plus que bon! Suite

Festival international du film de Rotterdam

7 février 2017

CINÉMA /
ÉVÉNEMENT
Texte : Maxime Labrecque

TOP 5 DES CINÉASTES À SURVEILLER

Récemment, lors de mon passage au International Film Festival of Rotterdam (IFFR), j’ai eu le plaisir de siéger au jury FIPRESCI dont la mission était de remettre un prix dans la catégorie Bright Future. Parmi les 19 premières mondiales de cette sélection – qui regroupe des premiers ou seconds longs métrages – nous vous proposons une liste de 5 films à voir et, par conséquent, autant de réalisatrices et de réalisateurs dont la carrière est à surveiller de près. Des œuvres prometteuses qui démontrent déjà une maîtrise du médium cinématographique et qui n’ont rien à envier aux grands maîtres.  Suite

Invisible

9 janvier 2017

CRITIQUE-Web
★★★ ½
Texte : Élie Castiel

GRÈCE, MÈRE BLAFARDE

Cinéaste du début des années 1990, Dimitris Athanitis se situe dans la mouvance d’un certain cinéma grec en pleine évolution, suscitant la curiosité bien fondée des festivals internationaux, notamment européens. Avec 2000 + 1 Shots (2000 + 1 stigmés) en 2000 et Three Days Happiness (Trís méres eftyhías) en 2012, sans compter d’autres longs et quelques courts métrages signés dans les années 90, le réalisateur confirme déjà son argumentation narrative, explorant les thèmes de la solitude dans une urbanité tentaculaire, voire même glauque qui ne donne aucun répit au citoyen.

Avec le recul, on s’aperçoit qu’il s’agit aussi d’un cinéma annonciateur de la crise existentielle, économique et sociale d’une Grèce laissée à elle-même, à l’abandon. Avec Invisible (Aóratos), il brosse en quelque sorte le portrait d’un homme en crise comme il l’avait fait avec 2000 + 1 Shots ; ici, l’individu n’est plus maître de lui, il est perdu dans la cité, victime d’une crise économique sans merci, licencié d’une usine sans préavis, divorcé de sa femme qui, en apprenant sa débâcle, semble s’en ficher.

invisible

Christos Benetsis et Yannis Stankoglou

Suite

SFashion

28 décembre 2016

CRITIQUE-Web
★★★★
Texte : Élie Castiel

LE DÉCLIN DISCRET DE LA BOURGEOISIE

Il nous bien permis d’affirmer que, dans le cinéma transalpin, Mauro John Capece demeure une énigme, pas exactement une ambiguïté cinématographique, loin de là, mais un cinéaste agréablement étrange et difficile à déchiffrer si on commet l’erreur de ne pas prêter attention à la gestation de ses films. Réalisateur, fin connaisseur en mises en scène et en productions numériques, pionnier d’un cinéma indépendant hors des institutions, Capece touche à tout ce qui a trait aux images en mouvement, s’installant dans l’ère du temps avec un enthousiasme aussi délirant que ses films, dont on a vu il y a quelque temps La scultura (2015) au Festival des films du monde de Montréal.

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Corinna Coroneo et Giacinto Palmarini : une complicité harmonieuse

Cinéaste-auteur habitué aux manifestations cinématographiques plus qu’au parc des salles, son approche rallie allègrement proposition narrative et engagement formel, une de ses caractéristiques dont il s’est fait une spécialité. Récit linéaire et motifs expérimentaux, dont une tendance vers l’architecture des espaces concrets et extérieurs, se juxtaposent souvent avec acharnement, se libèrent de tout attachement aux codes standardisés et, mine de rien, se présentent en fin de compte comme des objets filmiques lumineux et hautement discursifs.

Malgré les inconvéniens et nombreux obstacles d’organisation constatés au dernier Festival des films du monde, SFashion, son tout dernier opus, a quand même été présenté. Je l’ai rencontré lors d’une réception. Capece était accompagné de Corinna Coroneo, actrice principale, sorte de muse du réalisateur, présente dans ses trois derniers films. À bien y penser, on peut imaginer que le choix de cette actrice n’est pas une coïncidence, mais fort probablement une idée fixe de Capece, comme s’il s’agissait d’avoir discrètement subtiliser une de ces magnifiques mosaïques de la Rome antique représentant un corps féminin.

Et puis SFashion, dont le titre original éclaire beaucoup plus sur la narration (SFashion – La neoborghese Via Crucis, autrement dit « chemin de croix de la nouvelle bourgeoise », titre on ne peut plus politique situant Pece dans le cercle de ces cinéastes qui, au-delà de leur approche filmique, tente de discourir sur l’état du monde.

La crise financière de 2008 était-elle une invention totalement complotée par le milieu banquier ou plutôt une des conséquences de la mondialisation ? Question tout à fait abstraite à laquelle le réalisateur tente de répondre par le récit d’une chef d’entreprise de mode, établissement hérité de son grand-père, à qui elle voue une admiration sans bornes.

La crise a atteint des classes sociales autrefois invulnérables. Désormais,l’argent doit être utilisé à des besoins urgents. Entre réalités économiques et pensées macabres, Evelyn (c’est le nom de l’héroïne) est un personnage qui permet au cinéaste de parfaire son discours, entretenant entre la subjectivité, l’objectivité et l’art de la représentation une proposition esthétique audacieuse, parfois volontairement alambiquée, mais toujours porteuse d’intéressants motifs qui confirment, de plan en plan, son propre cinéma. C’était déjà le cas dans La scultura, là où l’érotisme prenait plus de place, devenant en quelque sorte un personnage à part, montrant de plan en plan sa propre évolution.

Ici, Freud et ses théories sont au rendez-vous. L’indiscrète et omniprésente caméra de Giulio Bastioni, autrefois chef électricien dans plus de cinquante-cinq productions, signe ici sa première direction photo. Habile, caressant le mouvement des espaces, aussi linéaires que sinueux, notamment intérieurs, il entretient entre eux et les personnages des liens tantôt sereins et souvent pervers. Il y a dans sa prise des images une sensualité envoûtante, extrovertie, presque abstraite, au diapason des protagonistes.

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L’olivier  n’est que le double alter-ego, celui d’Evelyn et de son grand-père, autre pièce d’un puzzle cinématographique qui nécessite quelque chose de rare aujourd’hui : notre totale adhésion.

Après une première partie où les épreuves du licenciement de nombreux employés sont montrées objectivement, sans aspérités, Capece se permet une pause esthétique où Evelyn, devenue un Jésus au féminin, souffre le martyre du chemin de croix et de la crucifixion. Cette séquence audacieuse pourrait entraîner l’ire des organismes religieux, dont le Vatican en premier. Mais à chacun de l’interpréter à sa façon. L’hommage aux maîtres du surréalisme pictural et cinématographique est éloquent, et l’admiration de Capece est tout à fait évidente.

SFashion est peuplé de personnages qui semblent prisonniers d’un monde (l’entreprise de mode) en déclin, un microcosme où le superficiel est en voie de disparition ; et lorsque les principaux entrepreneurs en sont conscients, cet espace privé et autrefois prisé tombe en ruine.

Si la crise économique a engendré le déclin d’une certaine classe bourgeoise en Italie, on ne peut que le regretter ; tout simplement parce qu’à travers les films de cinéastes tel qu’Antonioni, Fellini, Scola et autres poètes italiens qui ont su brosser le portrait satirique ou critique de cette classe privilégiée, c’est à l’âge d’or du cinéma italien et à ses œuvres inoubliables que nous avons été les heureux témoins. Mauro John Capece s’en est sans doute inspiré.

La grande surprise du film, c’est la présence magnétique de Giacinto Palmarini (Bartolomeo), dont la carrière théâtrale est parsemée de succès. Son intériorité émeut, sa présence charismatique ne laisse pas indifférent et, somme toute, permet à Corinna Coroneo de briller dans ses meilleurs moments, des passages de complicité harmonieuse qui transforment l’actrice en égérie souveraine, tout comme si, consciemment et sans doute par foi, elle attribuait au plan et à son intériorité une nouvelle et sublime signification.

Film quasi inclassable que SFashion, mais tout aussi passionnant par les questions qu’il pose autant sur le cinéma que sur le monde et les rapports entre l’argent, l’art et la création. Et l’olivier (l’arbre que l’héroïne prénomme « Antoine »), n’est que le double alter-ego, celui d’Evelyn et de son grand-père, autre pièce d’un puzzle cinématographique qui nécessite quelque chose de rare aujourd’hui : notre totale adhésion.

Si la crise économique a engendré le déclin d’une certaine classe bourgeoise en Italie, on ne peut que le regretter ; tout simplement parce qu’à travers les films de cinéastes tel qu’Antonioni, Fellini, Scola et autres poètes italiens qui ont su brosser le portrait satirique ou critique de cette classe privilégiée, c’est à l’âge d’or du cinéma italien et à ses œuvres inoubliables que nous avons été les heureux témoins. Mauro John Capece s’en est sans doute inspiré.

SFASHION : LA NEOBORGHESE VIA CRUCIS  | Origine : Italie – Année : 2016 – Durée : 1 h 39 – Réal. : Mauro John Capece – Scén. : Mauro John Capece, Corinna Coroneo – Images : Giulio Bastioni – Mont. : Francesca Pasquaretta – Mus. : India Czajkowska –  Son : Fabrizio Quadroli, Andrea Massi – Int. :  Corinna Coroneo (Evelyn), Giacinto Palmarini (Bartolomeo), Randal Paul (Mr. Cunningham), Andrea Dugoni (Stefano, ex-mari d’Evelyn), Denis Bachetti (styliste), ainsi que Mara D’Alessandro, Elvezio Rosati, Gabriele Silvestrini, Cristina Botteon – Prod. : Giuseppe Lepore.

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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Rétrospective Kamal Aljafari

28 novembre 2016

ÉVÈNEMENT
Texte : Luc Chaput

SOUVENIRS DANS LES
ANFRACTUOSITÉS DE LA PELLICULE

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Kamal Aljafari

Un chanteur israélien  se promène, dans un quartier vieillot, entonnant une chanson dans laquelle  il se remémore certains moments de sa vie. Sur ces mêmes rues et ruelles, le réalisateur palestinien Kamal Ajafari insère en alternance des  images de son oncle Salim déambulant dans ce  quartier de Jaffa où il a toujours vécu et que certains responsables du cinéma israélien ont réemployé à d’autres fins. C’est par cette revisite de ces lieux familiaux et familiers que ce cinéaste se réapproprie  les images de son histoire et de son peuple. Une rétrospective de ses œuvres aura lieu les jours prochains à la Cinémathèque québécoise et dans d’autres institutions montréalaises. Suite

Mémoire vivante

10 novembre 2016

ÉVÉNEMENT
Texte : Charles-Henri Ramond

QUE SOMMES-NOUS DEVENUS ?

Image extraite du documentaire 15 NOV - Source: Collection Smith

Image extraite du documentaire 15 NOV – Source: Collection Smith

Dans les jours qui viennent, quatre projections spéciales dans quatre villes du Québec, célèbreront à leur manière la journée du 15 novembre 1976. Au terme de cette journée mémorable, René Lévesque et le Parti Québécois prennent le pouvoir de façon triomphale en battant les Libéraux de Robert Bourassa qui avaient pourtant fait élire, trois ans plus tôt, 102 députés sur 108.

Pour les « baby boomers », ces projections seront l’occasion de replonger dans des souvenirs marquants, tant collectivement qu’individuellement, tandis que pour les plus jeunes qui n’ont peut-être jamais entendu parler de cette date, ce sera sans aucun doute la découverte d’une aventure humaine portée par tout un peuple désireux de se libérer, et en fin de compte, de rendre possible un rêve un peu fou.

Le documentariste Hugues Mignault accompagné de Ronald Brault et de plus d’une vingtaine de techniciens de l’image et du son répartis en huit équipes de tournage ont capté sur pellicule cette première élection du Parti Québécois. Leur film 15 NOV, suit pas à pas les principaux protagonistes de cette journée mémorable, gravée à tout jamais dans la mémoire vivante du Québec.

« Je n’ai jamais pensé que je pouvais être aussi fier d’être Québécois… que ce soir. On n’est pas un petit peuple, on est peut-être quelque chose comme un grand peuple! »

Cette célèbre phrase, lancée par René Lévesque de la tribune du Centre Paul-Sauvé, restera longtemps en mémoire. De même que les visages de ses collaborateurs nouvellement élus qui l’entouraient ce soir-là et qui formeront par la suite l’un des meilleurs gouvernements de l’histoire du Québec, selon les affirmations de plusieurs. Ce qui a fait dire à beaucoup de monde « Nous étions dans une allégresse indescriptible. Nous pleurions, nous dansions, nous étions tous dans une espérance folle où tout pouvait arriver ».

Quarante ans plus tard, 15 NOV reste encore très actuel et soulève nombre de questions sur ce que notre classe politique est devenue et sur ce qu’il reste de nos rêves d’alors, entre autres. Ces interrogations, ce rappel essentiel à l’histoire du Québec revivront sur grand écran les 14, 15, 16 et 17 novembre 2016, pour une seule séance (à 17h30)  dans les cinémas suivants :

Le 14 novembre à QUÉBEC : MUSÉE NATIONAL DES BEAUX-ARTS DU QUÉBEC

Le 15 novembre à MONTRÉAL au THÉÂTRE OUTREMONT

Le 16 novembre à SHERBROOKE à LA MAISON DU CINÉMA

Le 17 novembre à TROIS-RIVIÈRES au TAPIS ROUGE

 

15 NOV – 1977 – Canada [Québec] – Durée : 1 h 39 – Réal. : Hugues Mignault, Ronald Brault – Participation : Robert Bourassa, Claude Charron, Jean-Marie Cossette, Denise Filiatrault, Gérald Godin, Pierre-Marc Johnson, Camille Laurin, René Lévesque, Doris Lussier, Gaston Miron, Lise Payette, Pierre Perrault, Gilles Proulx, Pierre Elliott Trudeau – Images : Ronald Brault, André Gagnon, Louis de Ernsted, Bruno Carrière, Michel Brault, Martin Duckworth, Pierre Duceppe, Daniel Jobin, Georges Jardon – Mont. : Annick de Bellefeuille – Mus. : Conventum – Prod. : Bernard Lalonde, ACPAV – Dist./Contact :  Collection Smith.

Alanis Obomsawin : Prix Albert-Tessier 2016

7 novembre 2016

HOMMAGE
Texte : Charles-Henri Ramond

LA FORCE DES CONVICTIONS

Alanis Obomsawin, première réalisatrice autochtone au Québec, recevra le prix Albert-Tessier 2016. Au cours de sa longue et prolifique carrière à l’Office national du film du Canada (ONF) [1], elle est indiscutablement devenue l’une des plus grandes documentaristes au Canada. Cette récompense, la  plus  haute  distinction cinématographique québécoise, couronne l’ensemble de sa carrière et atteste la richesse de son impressionnante contribution au cinéma d’ici, en plus de souligner la force imperturbable des convictions de la cinéaste, sans cesse engagée dans la lutte contre les injustices vécues par les Premières Nations.

Pour redécouvrir son œuvre, quoi de mieux que de commencer par quatre de ses films phares portant sur les événements d’Oka de l’été 1990. Œuvres indispensables et qui gardent vingt ans plus tard les traces d’une actualité encore brûlante, ces films sont disponibles en ligne sur le site web de l’ONF ou dans un coffret DVD. Voilà ce qu’en disait en 2008 notre collègue Luc Chaput dans un texte intitulé « Alanis Obomsawin : pour la suite d’un monde autochtone » [2].

Alanis Obomsawin, documentariste, chanteuse, artiste, éducatrice et militante - © Office national du film du Canada. Photo: Rafy

Alanis Obomsawin, documentariste, chanteuse, artiste, éducatrice et militante – © Office national du film du Canada (Photo: © Rafy)

Née près de Lebanon, New Hampshire, aux États-Unis fin août 1932, elle est amenée rapidement à Odanak, réserve abénaquise au nord-est de Montréal sur la rivière Saint-François, où elle passe la majorité de son enfance, apprenant l’histoire et la culture de son peuple en écoutant les récits de son parent Théophile Panadis, conteur émérite. Elle croise par ailleurs la famille de l’annonceur et lecteur de nouvelles à Radio-Canada Jean-Paul Nolet, né Jean-Paul Wawanoloat,  dont le père fut chef de la réserve pendant 35 ans.

Sa famille déménageant à Trois-Rivières, elle connaît le racisme ordinaire du milieu de l’éducation québécois d’alors, ce qui fortifie son caractère. Inspirée par Théophile, elle commence dans la vingtaine une carrière de conteuse et chanteuse qui lui permet de côtoyer la bohème montréalaise [3]. Une rencontre avec John Grierson, après un portrait télévisé sur elle présenté à la CBC, lui ouvre les portes de l’ONF où elle commence à travailler à divers projets et où elle acquiert ses galons avec des œuvres comme No Address et Richard  Cardinal: Cry from the Diary of a Métis Child.

En juillet 1990, le début de la crise d’Oka l’incite à constituer rapidement une équipe de tournage et à se rendre immédiatement sur les lieux pour être témoin direct de cet événement dont elle devine l’importance. Elle sera la seule journaliste-cinéaste-reporter à vivre les deux mois et demi de la crise à Kanesatake même. Elle peut ainsi enregistrer de multiples bandes-son pour compléter les 180 heures d’images tournées. Cet acharnement physique et intellectuel lui servira lors du montage de ces kilomètres de pellicule avec l’aide de Yurij Luhovy.

À revoir ces quatre films sur trois DVD que sont Kanehsatake: 270 Years of Resistance, My Name is Kahentiiosta, Spudwrench Kahnawake Man et finalement Rocks at Whiskey Trench, l’on remarque tout d’abord l’imbrication des uns dans les autres, un personnage secondaire d’un film est le principal de l’autre. Mue par son éducation autochtone, qui privilégiait la transmission orale des acquis, la cinéaste accorde une très grande place à la parole de chacun. Elle souligne l’importance de la parole donnée dans les négociations. Obomsawin fournit un véritable cours d’histoire sur l’évolution  des peuplements iroquois autour de Montréal, ce qui permet de mieux comprendre les frustrations accumulées qui ont mené à l’éclatement de la crise de 1990. Comme dans Incident at Restigouche, son film précédent sur un affrontement entre la Sûreté du Québec et des autochtones, elle met en lumière la solidarité des peuples premiers de l’Amérique du Nord, qui viennent en aide à leurs frères dans les moments difficiles.

Ces quatre documentaires constitueront, pour certains, des œuvres difficiles à regarder à cause des violences montrées et décrites (spécialement dans Spudwrench et dans Rocks), mais ils ont l’avantage de constituer un point de départ pour des discussions sur la place des Premières Nations dans notre monde changeant.

Références
[1] : Au cours de ses quarante ans de carrière, Mme Obomsawin a réalisé près de 50 films. Sa dernière réalisation, On ne peut pas faire deux fois la même erreur, sera projeté en première québécoise aux RIDM dans quelques jours.

[2] : « Alanis Obomsawin : pour la suite d’un monde autochtone » Luc Chaput – Séquences : la revue de cinéma, n° 256, 2008, p. 32.

[3] Leonard Cohen s’inspirera d’elle pour créer un des personnages de son roman Beautiful Losers.

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