En lumière

La fiancée

20 juin 2018

HORS-CHAMP
| Élie Castiel |

★★★★

SIAMO TUTTI COSÌ

Quelque chose qu’on peut accorder à Giovanni Princigalli, c’est bel et bien sa détermination, sa gouaille bien pensante et son enthousiasme fervent à filmer son identitaire, pour ne pas oublier, pour laisser des traces dignes, pour en faire ressortir, parfois par le regard moqueur rempli de tendresse, ce que cette même appartenance possède de plus humain.

Carolina est une Italienne de 80 ans; elle va rencontrer Yolaine, une jeune femme cubaine dans la trentaine qui semble fuir son futur mari, Frank, un Italo-québécois qui, sûrement, a arrêté le temps à une autre époque. Et puis…

Giovanni Princigalli, entouré d’Antonina Marra et de Lesly Velasquez (Crédit photo : © Héros Fragiles)

Suite

Shalom Montreal

10 mai 2018

EXPOSITION
| Élie Castiel |

Exils en la demeure

C’est la particularité de toutes les communautés autres que de s’afficher de temps en temps, question d’affirmer qu’elles existent. Pour d’autres raisons aussi : ne pas disparaître et oublier ses racines, ne pas se perdre dans la foule anonyme, dissiper tout doute de malentendus, envisager le présent et l’avenir dans une perspective universelle, tout en prenant conscience d’un exil souvent forcé. Et pour cause !

L’exposition Shalom Montréal… Histoires et contributions de la communauté juive traduit en quelque sorte cette saga qui se perd dans la nuit des temps, à partir de laquelle est né un Christianisme souverain, tantôt protecteur, mais souvent mal informé. Et pourtant, pour cette communauté en particulier, une histoire de malheureuses assimilations, de mille et une façons de réussir à survivre, d’un État proclamé dans un petit bout de territoire dans le monde… et qui coûte énormément cher. Des sentences de plusieurs états du monde libre (ou pas). Cause pour un nouvel antisémitisme qui ne date pas d’hier, changeant de peau, plus viscéral, narquois, rusé.

Et une exposition. Pour quelles raisons ? Calmer les esprits, reconnaître que la mouvance juive n’est pas si mauvaise que ça après tout et que la corruption, la trahison, les mauvais coups, même les plus bas, tous ces maux sociaux et politiques sont universels et non pas associés à un groupe en particulier. Suite

The Cakemaker (Haofe me Berlin)

4 mai 2018

Dans le cadre du Festival du film israélien de Montréal – 2018
| Julie Vaillancourt |

★★★  ½

Amours cachées, vices kasher

Pour son premier long-métrage, le scénariste et réalisateur israélien Ofir Raul Graizer relate l’histoire de Thomas, un jeune Berlinois doué pour la pâtisserie, qui voyage à Jérusalem dans l’espoir de rencontrer la femme et le fils de son défunt amant. The Cakemaker nous plonge au cœur du deuil, celui vécu par deux individus, où leurs vies, jadis parallèles, se rencontrent. Pourtant très différents, Thomas et Anat se rapprochent, du fait de leur amour pour feu Moti et la solitude liée au deuil, sans oublier les cafés et les pâtisseries. Leur amour mutuel ira au-delà des étiquettes… C’est d’ailleurs la force du film qui transcende les discours plus moralisateurs sur l’orientation sexuelle et la religion (homosexualité vs judaïsme), pour se positionner dans une vision plus humaniste et universelle des rapports affectifs. L’Amour avec un grand A, celui qui pardonne. Celui qui n’efface pas le deuil de l’être cher, mais qui le rend éternel. Suite

Jean Beaudry

27 avril 2018

ENTRETIEN
| Élie Castiel |

« Chez lui, tout laissait transparaître
sa relation avec les diverses disciplines
de la mouvance artistique… »

Jean Beaudry (Crédit photo : © Portail Québec)

Cette rencontre avec Jean Beaudry est réalisée à l’occasion de la sortie de son moyen métrage documentaire, François Barbeau : Créateur de costumes. Réalisateur discret, Beaudry appartient à cette génération que le cinéma semble avoir oublié. La relève préoccupe tellement les décideurs que ceux qui ont compté doivent prier les cieux pour continuer un métier qui leur tient à cœur. Quelque chose est claire : pour un petit pays comme le Québec, en matière de culture, l’offre est considérablement supérieure à la demande. Un nouveau projet culturel est essentiel. En attendant, nous avons posé quelques questions à un Jean Beaudry, toujours accueillant, comme au premier jour. Suite

François Barbeau : Créateur de costumes

MOYEN MÉTRAGE

CRITIQUE
| Élie Castiel |

★★★ ½ 

De fil en aiguille…
pour simplement exister

Les artisans de l’ombre sont ceux et celles dont on ne parle presque jamais, pour ne pas dire « jamais », car dans tout art de la représentation, l’intérêt repose principalement sur les réalisateurs, les comédiens, les compositeurs, quand la musique est intéressante… bref, tous ces noms qui attirent le grand public. Mais il y aussi une équipe qu’on ne voit jamais, les éclairagistes, les régisseurs, les scénographes, les costumiers, les monteurs… ces âmes créatrices derrière les coulisses (ou la caméra) qui, sans elles, le résultat ne serait plus le même.

Le documentaire de Jean Beaudry, cinéaste national plutôt rare, seulement sept films entre 1984 et aujourd’hui, signe ici le portrait d’un artiste exceptionnel, véritable maître de ballet des costumes, pièces centrales dans toutes œuvres qui se respectent, qu’il s’agisse du cinéma, de la danse, de l’opéra ou de la scène.

L’approche télévisuelle est volontairement utilisée. Il s’agit, à mon sens, d’un parti pris en vue de montrer le film au plus grand nombre de spec(télé)tateurs possibles pour finalement démystifier le métier de costumier. Pour en fin de compte parler de ces oubliés d’un système axé sur le vedettariat.

La proposition de Beaudry est de ne pas s’étendre sur le feu qu’animait Barbeau, mais de le voir à l’œuvre (documents d’archives à l’appui). Ses mains de bûcheron des bois caressent pourtant avec une délicate attention les tissus, les costumes, les boutons, les accessoires comme s’il s’agissait de réinventer le monde. Barbeau est dur avec les comédiens, mais ceux-ci lui donnent une confiance aveugle. En fait, c’est, pour eux, un privilège de « se faire habiller » par lui. Pour une raison difficile à expliquer, tout au long de ce moyen métrage documentaire, on se met à penser à Denis Sperdouklis, lui aussi costumier de théâtre qui a également travaillé avec Barbeau.

Cyrano de Bergerac (Crédit photo : © Yves Renaud)

Cette mise en contexte montre que François Barbeau : créateur de costumes parle en filigrane de tous ceux et celles qui ont compté professionnellement dans la vie de l’artiste. La caméra de Philippe Lavalette et Léna Mill-Reuillard se fait discrète tout en révélant des facettes intéressantes sur le métier; grâce aussi au montage de Mélanie Chicoine, rapide, sans temps morts.

Le résultat est une œuvre qui, loin d’être ambitieuse, joint la simplicité de l’Homme et de l’Artiste derrière la scène. Cette approche souligne l’importance d’un cinéaste comme Jean Beaudry, qui, à l’instar d’autres hommes et femmes de cinéma de sa génération, mérite de tourner plus régulièrement.

Voir entretien ici.

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel★★★★ Très Bon★★★ Bon★★ Moyen★ Mauvais½ [Entre-deux-cotes] 

Réalisateur
Jean Beaudry

Origine : Québec [Canada] – année : 2017 – durée : 51 minutes– avec : Benoît Brière, Micheline Lanctôt, Monique Miller, Lorraine Pintal, Gérard Poirier, Guy Thauvette – dist. : Les Productions Flow.

Horaires & Info.
@ Cinémathèque québécoise

Classement
Tout public

Vues d’Afrique

14 avril 2018

Évènement
FESTIVAL

| Élie Castiel |

Préambule

La bonne humeur régnait au cours de la cérémonie d’ouverture de la 34e édition de Vues d’Afrique, rendez-vous annuel incontournable pour (re)découvrir le cinéma de ce continent. L’époque où les films de cette région du monde sortaient en salle à Montréal est depuis longtemps révolue, victime d’une politique de distribution malsaine. L’Afrique culturelle n’intéresse plus personne au-delà de certaines frontières. Du moins, c’est ce que nous sommes en droit de constater ici. Suite

November

23 mars 2018

CRITIQUE
| MINUIT AU PARC |
Anne-Christine Loranger

★★★ ½

FANTASQUE FANTAISIE EN DIRECT DE L’ESTONIE

En Estonie, la nuit de la Toussaint, dans le village païen de Liina et Hans, les morts rejoignent les vivants venus les accueillir, mangent et discutent avec leur famille et révèlent parfois les secrets de trésors cachés. Les jeunes filles s’y transforment par amour en loups-garous, les villageois vendent leur âme pour obtenir l’aide de curieuses créatures de métal baptisé kratts et volent leurs maîtres allemands sans pitié. Dans ce film en noir et blanc tiré de Rehepapp, le fantasque roman de l’Estonien Andrus Kivirähk, le fantasque se mêle au défrichage de la terre, les morts gardent leurs loyautés familiales et le morbide se paie un petit tour de valse avec le sublime.

Un mélange de magie, d’humour noir et d’amour romantique
qui vaut largement la peine d’être vu sur grand écran.

Il y a un peu du Septième sceau de Bergman dans cette superbe adaptation de Rainer Sarnet, qui ne tient pas qu’à la splendeur de la cinématographie en noir et blanc. Ici aussi, le morbide prend un air de noblesse et la question de l’âme est centrale. Quelle force ancienne terrestre ou céleste donnera à celui qui la supplie une âme ? Et que vaut la vie sans cette dernière ?

Les mythologies païennes estoniennes et chrétiennes s’entremêlent dans cette œuvre profondément humaine et presque trop merveilleusement filmée. Un mélange de magie, d’humour noir et d’amour romantique qui vaut largement la peine d’être vu sur grand écran.

Cinéma du Parc

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]

 

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