Dossiers

Raymond Cauchetier

19 septembre 2014

PHOTOGRAPHE DE LA NOUVELLE VAGUE > 1956-1968
Texte : Aurélie Journée

L’expression « Nouvelle Vague » a été utilisée pour la première fois en France en 1957, par Françoise Giroud, dans le magazine L’Express. Il s’agissait alors de qualifier, non pas un mouvement cinématographique, mais une enquête sociologique sur les tendances et les évolutions de mœurs d’une génération. Cet article n’a pas pour but d’analyser un film ou l’approche d’un réalisateur en particulier. Il ne constitue pas davantage une tentative d’interprétation, ou d’exégèse, d’une réalisation de l’époque. Son objet d’étude se focalise davantage sur les « coulisses » de ces productions. Ainsi, l’esthétique nouvelle proposée par ce courant cinématographique a été diffusée au travers de photographies « de films » qui ont pleinement participé de sa renommée. Néanmoins, rares sont ceux pouvant mettre un nom sur les instigateurs de ces clichés. Qui se cache donc derrière les images les plus connues des films de Jean-Luc Godard, de François Truffaut, ou encore de Jacques Demy ? Un homme, resté dans l’ombre, se cache bel et bien derrière les clichés immortalisant cette révolution visuelle et technique : Raymond Cauchetier. Paradoxalement méconnu en France, son nom est célèbre aux Etats-Unis et au Japon notamment.

Suite

Le mystère Clouzot

11 mars 2011

Si le cinéma est un art du mouvement, Henri-Georges Clouzot est indubitablement le poète de l’instable, du vertige et de l’évolution. À l’instar de son maître et ami Picasso, Clouzot échappe à toute classification, à toute école, à toute mode. Pas plus que Picasso ne se résume au cubisme, Clouzot n’est ni réalisateur de films policiers, ni cinéaste « classique », ni même emblème de la Qualité française comme le lui reprochera la Nouvelle Vague.

Texte : Aliénor Ballangé

En fait, Clouzot adapte et s’adapte; il adapte de nombreux romans au cinéma, il adapte le film noir américain, il adapte l’immobilité picturale à l’art cinétique, il adapte, enfin, l’univers psychotique, névrosé et fantasmatique de l’anthropologie sociale en langage cinématographique. Parallèlement, il s’adapte aux différents milieux spatio-sociologiques qu’il pénètre caméra en main, qu’il s’agisse d’un petit village français pendant la Seconde Guerre mondiale, d’une Amérique du Sud gangrénée par l’implantation de capitaux étasuniens, des mouvements de fond des années 1960, voire des métamorphoses esthétiques drainées par la conquête du cinéma français par la Nouvelle Vague. Bref, tenter de percer le mystère Clouzot, c’est avant tout prêter attention à l’étonnante évolution d’une œuvre, influencée par tout et comparable à rien.

Suite

Pier Paolo Pasolini

23 août 2010

CHEMINS DE TRAVERSE

Dans le prochain numéro de la revue Séquences (268), nous vous proposons une toute nouvelle étude de quelques œuvres du légendaire cinéaste italien Pier Paolo Pasolini : Le Décaméron, Les contes de Canterbury, Les Mille et unes nuits, formant la Trilogie de la vie, ainsi que Salo ou les 120 journées de Sodome. L’auteure, Nelly Pla, propose une sémiotique du cinéma pasolinien et, plus spécifiquement, elle examine la relation entre le corps et le social au sein de ces œuvres. Dans le but de poursuivre la réflexion autour de cet auteur phare du cinéma moderne, nous vous offrons, en exclusivité sur notre site Internet, une série d’articles portant sur le cinéaste publiés dans les pages de Séquences au fil des décennies. Ainsi, vous pourrez notamment lire une entrevue avec Pasolini réalisée par Réal La Rochelle, parue en 1965 ou encore découvrir une analyse de Salo brillamment menée par André Giguère, publiée en 1982.

Dominic Bouchard | Textes colligés par Luc Chaput Suite

Propagande et animation

1er juillet 2010

Petits bonhommes et idéologies

Luc Chaput

Le dessin animé, et plus généralement l’animation, a été pendant longtemps considéré comme une partie négligeable du cinéma, car réservée aux enfants. Les Mickey, Tom et Jerry, Félix, et autres Bugs Bunny étaient regardés de haut. Pourtant, depuis les débuts du cinéma, l’animation avait souvent été employée pour divertir ou éduquer les adultes, et ce, même à des fins de propagande.

En 1918, l’Américain Winsor McKay sort The Sinking of the Lusitania sur le torpillage du paquebot qui fut une des causes de l’entrée en guerre des États-Unis aux cotés des Alliés. Durant onze minutes, le film rappelle cet événement par le biais d’un témoin important, le journaliste américain Augustus Beach. L’ampleur de la catastrophe est soulignée à la fois par le nombre de morts et la célébrité de certaines des victimes. En Union soviétique, durant la NEP (Nouvelle Politique économique), Dziga Vertov critique les travers des nouveaux riches dans Sovietskie igrushki (Jouets soviétiques, 1924), où le parti communiste apparaît comme un rempart contre les dérives. L’animation est donc employée là comme le cinéma en général, comme moyen d’endoctrinement. Les États-Unis sont vus par l’État soviétique comme un des ennemis primordiaux et le voyage de Vladimir Maïakovski à Cuba dans les années 30 est source de nombreux écrits, dont un poème, « Noir et Blanc », qu’il illustre de dessins, sur le racisme blanc contre les Noirs dans les plantations américaines de canne à sucre dans cette île des Caraïbes. Les dessins et le poème sont ensuite transformés par Leonid Amalrik et Ivan Ivanov-Vano en un pamphlet très dur sur cet aspect abject de la culture américaine d’alors.

Suite

Jim Jarmusch | Filmer la marginalité

27 février 2010

Pour une éthique de la différence

Il n’y a pas d’exceptions, pas plus qu’il n’y a de compromis chez Jim Jarmusch : son corpus n’a jamais cessé de réfléchir les questions de marginalité et de pluralisme. « L’univers n’a ni frontières ni centre », répèteront plusieurs personnages de The Limits of Control, son tout dernier métrage. Avec cet aphorisme, le cinéaste rappelle sa conception résolument punk du monde et du cinéma. Examen d’une éthique de la différence.

Dominic Bouchard

Issu de la scène new-wave et punk new-yorkaise de la fin des années 1970 et du début des années 1980, Jarmusch est fortement influencé par les courants intellectuels de son époque, celle des post-. Plusieurs l’ont souligné, cette génération accorde une importance croissante aux nouvelles identités sociales ; amorce un révisionnisme culturel intense ; discrédite les métarécits ; brouille les frontières entre la culture de masse et la culture élitiste ; célèbre l’arrivée des idées mineures dans le débat public. Bref, elle se méfie des positions universalisantes qui font abstraction du pluralisme constitutif de toutes sociétés ; pluralisme que les films de Jarmusch ont toujours su défendre.

Suite

2017 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.